UMP, MHP, même combat?
Splendide article de Martin Winckler dans Libération, rubrique "rebonds", réaction à une déclaration révélatrice de Sarkozy sur la régularisation des sans-papiers et de leurs enfants... D'après Sarkozy, un "gage d'intégration" c'est le fait de "n'avoir aucun lien avec le pays d'origine" et donc ne parlent plus leur langue maternelle...
Une problématique "intégration = assimilation" dans la grande tradition jacobine française: on ne peut être français en ayant une autre langue maternelle...arracher un enfant à sa culture, c'est en faire un français. Comment comprendre l'opposition de Sarkozy à la Turquie républicaine??? Ce modèle autiste, négationniste et délétère pour la "diversité culturelle" (concept signifiant en France qu'il faut que le français et non l'anglais domine le monde, et non une idée archaïque de défense des langues minoritaires vecteur du fascisme identitaire)
Car tout enfant d'immigrant entend ses parents parler leur langue d'origine, la comprend, et la parle lui aussi. Même s'il apprend à l'école la langue du pays d'accueil. Il ne peut pas en être autrement à moins d'interdire aux parents de parler leur langue maternelle devant leurs enfants, et de ne s'adresser à eux que dans une langue d'accueil qu'ils maîtrisent le plus souvent très mal. Et ce serait d'autant plus stupide de le faire que les enfants sont souvent en eux-mêmes le principal vecteur d'intégration des parents : parlant les deux langues ils deviennent «les interprètes» de leurs parents.
Question : si un citoyen venu d'un pays anglophone demandait l'asile politique en France en raison de persécutions exercées sur lui par le gouvernement Bush, préciserait-on comme condition que ses enfants ne parlent jamais l'anglais ? Leur interdirait-on de prendre l'anglais comme première langue dans un collège ou un lycée républicain ? Et si un enfant de réfugié chinois né en France décide d'étudier le chinois au lycée, va-t-on l'empêcher de le faire ? Jusqu'à quel âge ces enfants seront-ils privés de tout contact avec leur pays ou leur culture d'origine ? Et dans la mesure où leur premier lien avec cette culture, cette langue, ce pays est représenté par leurs parents, Monsieur Sarkozy veut-il dire que les enfants pourraient être gardés en France, mais que, pour bien faire, les parents en seraient, eux, expulsés ?
Interdire à quelqu'un de parler sa langue ou la langue de ses parents, c'est cruel et c'est barbare. Faire de l'ignorance (ou du mensonge) une condition d'intégration, c'est pervers et monstrueux. Et, en pratique, ce n'est pas seulement monstrueux, barbare et pervers. C'est aussi très, très con. Il est impossible qu'un enfant ignore ses origines culturelles la langue d'origine en est non seulement le coeur mais aussi le vecteur. Et on peut se demander si Nicolas Sarkozy, qui n'hésite jamais à rappeler qu'il est lui-même issu d'une famille d'immigrés, ignore tout de la langue de ses ancêtres. En tout cas, le langage politique du ministre de l'Intérieur n'a rien de maternel. Ce n'est pas un langage, d'ailleurs. Un langage, c'est un outil de communication, d'échange, de partage, d'intelligence.
Quatre mots totalement... «étrangers» à Nicolas Sarkozy.
Bref, je bois du petit lait dès le petit-dèj...:o)











