vendredi, juin 09, 2006

La non-évolution de la question kurde en Turquie

A lire ce genre de délire je me rends compte que c'est le titre que j'aurais du donner à mon mémoire.

Rethinking The Kurdish Question in Turkey 6/7/2006 Turkish Press - By Fikret Bila

The Kurdish question has been around since the mid-1980s and will also remain in the coming years. This question has many dimensions. Turkey has won the armed struggle against terrorism. However, the times spent for the fight against terrorism haven’t helped a recovery in the fields of culture, the economy, politics and social life. The Kurdish question will have an important place in Turkey’s future. If Kurdish and Turkish nationalism are fomented against each other and the problem is spread to the social structure, then Turkey will have to make efforts on this question. This process can also bring irreversible results.

Our young people should do research on this issue and develop solutions for this problem. Mustafa Akyol, a young researcher, gave an example of this. In his book ’Rethinking the Kurdish Question: What Went Wrong and Where Will It Go?’ he treated the Kurdish question in a multidimensional way. His research is quite scholarly. The work, which makes use of national and international resources, handles the question in its regional framework.

Akyol bases his study on scientific resources and analyzed his findings from a liberal point of view. Akyol reaches the conclusion that approaches such as autonomy, a federation or independence can’t be seen as workable, permanent solutions. As a young researcher, Akyol sees the solution in integration. He gives advice on how to improve this. He sees democracy and Islam as a common point in solving this problem (in this respect, I think secularism should be highlighted more). Akyol suggests that Turkish identity should be seen as an upper identity and that a democratic, economic integration in a unitary structure would bring a solution. It is of great value that researchers, scholars and the young population are thinking about this problem.


Voila donc un "jeune chercheur" prometteur qui nous resert la même soupe qui mijote depuis 1980... comment régler la question kurde: en les intégrant. Limpide. Maintenant il faut rappeller que le mot intégration a le même sens en Turquie qu'en France: il est simplement synonyme d'assimilation forcée, de déni de la réalité, de refus de considérer le bilinguisme comme autre chose qu'une menace, une double identité comme autre chose qu'un séparatisme en puissance: intégrer les Kurdes à la Turquie, c'est en faire des Turcs, point.

Si l'on se refuse à envisager une autonomie ou une fédération, on envisage un même Etat unitaire et ultra-centralisé pour deux peuples sensiblement différents et séparés par un fossé d'incompréhension, de propagande et de préjugés tenaces. J'ai souvent pensé que si les Bretons s'étaient laissés assimiler aussi facilement (en l'espace d'une ou deux générations), c'est parce que la république offrait réellement un statut d'égalité et de progression sociale à ceux qui acceptaient de se considérer comme français et d'oublier leur identité première. En Turquie, tout renvoie le Kurde à sa condition, le lieu de naissance sur la carte d'identité est la garantie d'un contrôle policier plus que tendu, la couleur de peau est un stigmate difficilement effacable. Les Kurdes de Turquie sont les Arabes ou les Noirs de France: sensément égaux, mais discriminés dans les faits, qu'ils aient ou non un désir d'intégration. Tout les renvoie à leur statut de "citoyen de seconde zone", malgré les dénégations farouches des aveugles qui répètent comme une obssession "tous les citoyens sont égaux".

Un ami d'origine africaine s'est vu mettre à la porte d'une boîte d'intérim parce qu'il avait inscrit sur son CV qu'il faisait Science Po: "menteur". Özgür Un ami Kurde de la fac de Galatasaray s'est fait arrêter chez lui, convoyé en avion jusqu'à Diyarbakir, interrogé pendant deux jours (sans violences) et renvoyé à Istanbul. Un vague cousin s'était engagé dans la guérilla. Comment se considérer comme un citoyen comme les autres?

Le tissu social kurde a été en grande partie détruit par la république turque, dès sa fondation: des massacres et des déportations du Dersim dans les années 30 aux milliers de villages évacués à partir de 1987 (instauration de l'Etat d'Urgence), la société traditionnelle a été détruite, les ruraux forcés de coloniser les faubourgs des grandes villes, l'agriculture a été rendue impossible pendant près de 15 ans...la reconstruction du Kurdistan Turc n'a pas eu lieu, malgré 5 ans de paix relative entre 1999 et 2004: le "retour aux villages", programme officiel de l'Etat a été interdit de fait par des commandants militaires locaux ou des préfets récalcitrants, l'investissement de l'Etat n'a pas progressé

Highest investments:

1. Istanbul YTL 5.1 billion
2. Antalya YTL 2.2 billion
3. Tekirdag YTL 1.2 billion
4. Ankara YTL 1.1 billion
5. Izmir YTL 1 billion
6. Bursa YTL 826 million
7. Kahramanmaraş YTL 807 million
8. Gaziantep YTL 781 million
9. Kocaeli YTL 715 million
10. Kütahya YTL 603 million.
11. Konya YTL 527 million.
12. Muğla YTL 406 million
13. Balıkesir YTL 396 million
14. Manisa YTL 84 million
15. Düzce YTL 349 million
16. Eskişehir YTL 317 million
17. Adana YTL 301 million
18. Osmaniye YTL 293 million
19. Sakarya YTL 273 million
20. Zonguldak YTL 262 million
21. Afyon YTL 246 million
22. Hatay YTL 240 million

Lowest amount share in investments (in %)

(K) pour "Province à majorité kurde"

Bayburt and Iğdır [K](0.001 %)
Ardahan and Sinop (0.002 %)
Karabük, Bitlis (K), Muş [K]and Bingöl [K] (0.003 %)
Dersim [K] (0.004 %)
Ağrı [K]and Kilis (0.005 %)
Batman [K] (0.006 %)

(chiffres donnés par "The New Anatolian" pour 2005, cités par Vladimir)

Les fonds versé par l'UE pour le développement régional servent principalement aux provinces de l'Ouest de la Turquie, qui connaissent déja une prospérité sans commune mesure avec la "tiers mondisation" du Sud-Est Kurde...

C'est dans ce contexte que Mustafa Akyol parle d'intégration économique et démocratique... un discours que évolue peu par rapport au thème ultra rebattu "il n'y pas de question kurde, juste un problème de développement économique" sur lequel ont brodé tous les gouvernements de 1980 à 2002...la reconnaissance de l'existence d'une "question kurde" est aujourd'hui établie mais elle n'a permis aucun progrès signifcatif. La responsabilité du PKK est certaine, mais c'est l'appareil d'Etat qui a permis à cette organisation de regagner de l'influence, par une attitude autiste et bornée...


7 commentaires:

Piling a dit…

"Özgür Un ami Kurde de la fac de Galatasaray s'est fait arrêter chez lui"
Avec un prénom pareil aussi, il cherche les ennuis ! et pourquoi pas Devrim ? :)

Tom a dit…

Ouais ca vaut bien "Deniz" en hommage à Deniz Geçmis, "Heval" (camarade en kurde), "Welat" (patrie)...

Ismail a dit…

Je suis assez d'accord avec toi Tom mais j'ai deux remarques qui risquent de choquer, mais bon :

1/ Pour la comparaison avec les immigrés africains en France et leurs descendants, c'est vrai que comme tu l'avais fait remarquer, ce sont ds population "allogenes", mais dans le meme temps, pour les kurdes de Turquie, le choix de l'assimilation-integration est plus facile a faire (c'est un simple constat pas une recommendation).

Vois le nombre de ministres, d'hommes d'affaires (a l'ouest) et de haut fonctionnaires kurdes, ça n'a rien a voir a la situation en France ou on demande a ces populations de s'integrer culturellement SANS CONTREPARTİE ECONOMIQUE (a part le RMI)

Je veux pas continuer la comparaison, les arabes et les noirs sont pas en France depuis 3000ans etc ... c'était juste une remarque

2/ Les chiffres des investissement sont intéressant mais compare les avec une carte physique de la Turquie (qui comme ailleurs correspond souvent a la carte économique).
Les investissement sont réalisés sur (ou pres de) les grands axes de communication du commerce mondial, c'est a dire en comme partout dans le monde, avec un acces facile sur les ports de commerce (en l'occurence ici Istanbul, Mersin et Izmir).

En France aussi les investissement a Brive et a Mende doivent etre sensiblement differents que ceux fait a Nantes ou a Montpellier, mais on peut pas comparer vraiment vu la qualité des instructures et le PIB/PNB du pays. Le département de l'Ardeche a quand meme perdu la moitié de sa population dans la 2eme moitié du XXe siecle !

Imagine toi industriel a Van, le temps et le cout pour acheminer les marchandises depuis tes fournisseurs et reexpédier tes produit finis vers tes clients sont multipliés par 2,3 ou 4 !

Meme avec des aides et des primes du gouvernement ou de l'UE (qui existent), un industriel prefere etre taxé a Adapazarı que non-taxé a Bitlis ! au final il est toujours gagnant.

C'est comme avec les zones Franches en France. Le gars il vient en zone franche, il paye pas d'impot, mais vu qu'il se fait cambrioler 3-4 fois par an il est gagnant a s'installer ailleurs meme en payant des impots !

Les industriels kurdes EUX-MEMES n'effectuent aucun investissement dans l'Est, ils sont tous peinards a Istanbul et a Bursa ! Ah si, pour investir dans l'immobilier et relouer des apparts au prix du SMIC si la ils sont tres forts !

La Turquie est une économie de marché, je vois pas comment on va pouvoir résoudre le probleme. En l'absence de secteur privé, la majorité des salariés dans l'Est est employée par l'Etat, tout en compatissant a cette situation, je vois pas ce qu'ils peuvent faire de plus (si ce n'est moins de corruption,de gaspillage et de désorganisation, mais meme ça suffira pas a résoudre l'ensemble du probleme)

huanbo a dit…

"(K) pour "Province à majorité kurde"

Bayburt and Iğdır [K](0.001 %)"

Je ne peux rien affirmer pour la province.. mais concernant la ville, le maire d'Igdir est membre du MHP...

Tom a dit…

la province est kurde...après certaines tribues kurdes sont MHP! va comprendre...j'ai un pote Alevi de la province de Gümushane (sud ouest de Trabzon) qui me dit que la ville est AKP tendance dure tandis qu'il n'y a pas une mosquée dans les villages alentours... :)

huanbo a dit…

la province est kurde...

Je suis 99% convaincu que non. La province est très certainement majoritairement peuplé d'Azéri (ce qui explique, au passage, leur nationalisme).. Les habitants du coin on peur d'aller à Van, c'est pour te dire.

Tom a dit…

Oh ok...je te crois sur parole sur le coup (bon peut etre pas sur les 99%) et ca explique pas mal le vote MHP en effet... la province de Mus a également un fort vote MHP...ainsi que le centre d'Erzurum...