samedi, mars 03, 2007

Résumé des épisodes précédents

L'actualité turque n'est pas toujours drôle, mais le niveau atteint cette semaine pousse à la franche rigolade! A me faire regretter de ne pas avoir plus de temps à consacrer à ce blog.



Dans le désordre: Kenan Evren (le pinochet turc leader du coup d'Etat de 1980) se dit contre une intervention turque en Irak, et surtout pour une Turquie FEDERALE! Hurlements à gauche, crises d'épilepsie à droite! Le leader du DSP Zeki Sezer accuse carrément Evren d'être séparatiste, tandis qu'un leader régional du MHP émet des doutes sur sa santé mentale et propose de lever l'immunité qu'il s'était auto-attribué en 1983 (article 15 de la constitution).



Eh oui, le mot "fédéralisme" en Turquie est un crime passible de poursuite. Rien de moins. En France on en a guillotiné pour moins que ça, et on se contente de traiter la question par quelques pirouettes et un mépris amusé. Mais en Turquie, l'idée incongrue de modifier un système de 81 "districts" directement administrés par Ankara ne passe décidemment pas. Pourtant, "'l'état d'urgence" en vigueur de 1987 à 2002-2003 au Kurdistan n'était il pas un fédéralisme de fait? Des lois pour les régions "OHAL" (nom de l'Etat d'urgence) des lois pour le reste de la Turquie. Des publications kurdes autorisées à Istanbul et interdites à Diyarbakir. Aujourd'hui des "super-gouverneurs" qui appliquent les directives d'Ankara selon leur humeur.



Ahmet Türk, qui n'a pas de raison valable de ne pas être mesquin, étant condamné à 1 an et demi de prison et surement inéligible en octobre, n'a pas manque de persifler "si moi je faisais ce genre de remarque, je finirais au trou"



Bref, je fais encore du mauvais esprit.



Un autre qui est très fort pour ça (oui j'ai la comparaison modeste ces jours ci) c'est Massoud Barzani.



"La Turquie devrait commencer à se faire à l'idée d'un Kurdistan indépendant!" Et boum! Un Toréador agitant un chiffon rouge sous les naseaux d'un Taureau caractériel dopé aux corticoïdes ne ferait pas mieux.



Mehmet Ali Birand prend tout ça à la rigolade, "Espère-t-on de lui qu'il dise "Nous vénérons l'armée turque! Elle devrait envahir l'irak du nord, en commençant par Kirkuk", mais s'égare franchement dans le reste de son article "Le monde entier voit que Barzani utilise le PKK"



Le brave Yasar Pasha (Buyukanit, chef des forces armées) s'oppose carrément à tout dialogue avec le chef Kurde. Ca en devient franchement désobligeant: Voila un voisin direct sans intention hostile, reconnu par la communauté internationale et élu démocratiquement lors d'élections reconnues par la constitution irakienne, et traité comme un vulgaire Taliban!



Réponse d'Erdogan: c'est l'opinion personnelle du général, et je fais ce que je veux. Et d'envoyer un télégramme de prompt rétablissement à Mam Jala (Talabani), victime d'un gros coup de mou la semaine dernière. "Le gouvernement a le dernier mot!". Et toc! Réponse de l'armée "non c'est l'opinion institutionnelle des forces armées" Et vlan! Silence poli du coté du gouvernement.



Coté Kurde de Turquie, prédomine une sale impression de déja vu. Le DTP, sous la direction d'Ahmet Türk, vient d'annoncer vouloir représenter des candidats indépendants aux élections législatives, ce qui permettrait de contourner le très démocratique seuil de 10% et de propulser des députés kurdes élus des kurdes au parlement. Ca n'a l'air de rien et on se demanderait bien pourquoi ils n'y ont pas pensé avant. Tout simplement parce que le cher PKK s'y est toujours opposé, de peur de perdre le contrôle sur les élus. Tuncer Bakirhan, ex président pantin du DEHAP ne s'y est pas trompé, en protestant bruyamment.



Du fond de sa cellule, après avoir fêté le 8eme anniversaire de sa glorieuse capture au Kenya, Abdullah "Apo" Öcalan souffre d'empoisonnement aux métaux lourds. Et ça a l'air sérieux. La bonne nouvelle, c'est qu'il ne se plaint plus d'écoulement du cerveau, mais si "sa santé est notre santé", l'ensemble de la population kurde a un pet de travers en permanence, à commencer par les 20 neuneus qui ont envahi le siège de l'ONU à Genève avant de s'en faire éjecter.



11 commentaires:

Jacky a dit…

Je n'ai pas bien compris la technique affichée de Ahmet Türk. A vrai dire, si le DTP ne s'allie pas avec un autre parti d'envergure, il n'a aucune chance de passer ce fameux seuil destiné à casser le système de proportionnalité du scrutin turc.

Une autre remarque au passage. Le gouvernement d'urgence n'a rien d'une forme de fédéralisme ni de loin, ni de près.

De même que le vice-roi des Indes n'était pas un gouverneur d'une entitée fédérée, de même que l'administration de l'Algérie française ne le fut pas, de même que le gouvernement militaire états-unien à Cuba au tout début du 20ème siècle, de même que... les exemples ne manquent pas, surtout dans les administrations militaro-coloniales.

Il y a deux conditions qui doivent être remplies pour parler de fédéralisme : le principe de subsidiarité qui prive définitivement le niveau fédéral des compétences que l'entité fédérée possède et un principe de décision locale c-à-d une légitimité, tout simplement, des gouvernants, des législateurs, bred des représentants locaux par le biais d'élections démocratiques locales. En Turquie, il n'y a jamais eu cela, ça se saurait.

Sinon, concernant le Pinochet turc, ce serait bien d'avoir une source précise, au moins dans ce cas-ci, pour pouvoir lire la teneur des propos qu'il a tenu.

Intéressant, révélateur et significatif de l'impossibilité de rendre viable un état monolithique.

Tom a dit…

Bonjour Jacky

Je n'ai pas du être clair: la tactique est de contourner ce seuil des 10%, car les indépendants ne sont pas concernés!

Pour le fédéralisme par l'Etat d'urgence: j'étais bien sur totalement ironique, voulant montrer que la Turquie s'est permis d'appliquer différentes lois sur son territoire à une période donnée. Bien évidemment je n'appelle pas ça du fédéralisme!

Pour les sources sur Evren: l'ensemble de la presse turque ces jours ci. J'ai un pb avec blogger, il bugge quand je mets un lien html, je vais régler ça dès que je peux.

anne a dit…

Tom la prochaine fois tu pourrais ajouter : là je rigole, Dikkat! pour tes lecteurs qui ne savent déceler le second degré et l'ironie dans un propos...

Ca donne le tournis ces derniers jours dans le coin.
Côté turc, espérons que l'armée rentrera "à la maison"(enfin dans ses casernes)les élections passées et l'ambiance de campagne électorale finie. Ce duel avec l'AKP se calmera peut-être un peu (inch allah)

Côté kurde, qu'est-ce qui lui prend à Barzani? Les problèmes de santé de Mam et d'Apo ne lui donnent pas des vélléités de se prendre pour le nouveau "soleil des Kurdes" quand même?

A moins que tout ceci ne soit que dramaturgie destinée principalement à plaire au(x) public(s). Quand ils ont auront bien applaudis à ces jeux, place peut -être aux choses sérieuses.

Piling a dit…

Barzani ne fait jamais que dire ce qu'il dit depuis 2004 : que les Kurdes d'Irak auraient le DROIT à l'indépendance mais que le moment n'est pas opportun. Ce qui signifie que dans l'absolu, dès que cela le sera, évidemment que les Kurdes le demanderont.. Après tout avec la décomposition accélérée de l'Irak, il va bien falloir effectivement que les Turcs s'y fassent. De toute façon soit la Turquie sait qu'elle interviendra quand Kirkouk reviendra au GRK, (même si le Kurdistan reste une région fédérale) et dans ce cas il n'y a pas de raison de la ménager d'avance les Kurdes n'ayant plus rien à perdre, soit elle sait qu'elle n'interviendra pas parce qu'elle ne se sent pas capable d'assummer l'occupation, et dans ce cas, Barzani continuera ses "taquineries" ça ne changera rien non plus et le statut du Kurdistan se réglera avec les institutions irakiennes, cad les chiites.

anne a dit…

Tiens ?? j'ai du oublier de signer..je suppose pour me voir attribuer un tel pseudo.

Jacky a dit…

Salut,

Apparemment, l'interview a été donnée à Sabah le 28 février dernier et ensuite le reste de la presse turque s'en est mêlée, à commencer par Milliyet.

Oui, ça fait l'évènement en Turquie vu que les vieux généraux sont très influents.

Lors des négociations du traité de Lausanne qui ont été un véritable succès pour la Turquie pourtant, il y a eu un seul point d'achoppement que İsmet İnönü a rencontré alors qu'il jouait le rôle de ministre plénipotentiaire pour Atatürk : Kirkuk et Mosul.
Il avait en face de lui le célèbre Lord Curzon qui est connu pour avoir été le plus grand dessinateur de frontières au monde (cf : la célèbre ligne curzon qui séparait l'URSS de la Pologne) et donc un grand diviseur de facto.
Il est aussi à l'origine des frontières aux Indes (Pakistan, Afghanistan...), les frontières pour délimiter le royaume perse, etc... C'est aussi Lord Curzon qui a fondé l'étude de la frontière en tant que discipline propre.

A l'époque Kirkuk et Mosul étaient occupées par les Britanniques et Curzon n'a pas cédé d'un pouce. Finalement, les Turcs les ont cédées bien que les négociations du traité de Lausanne aient été compromises à cause de ce point. Plus tard, l'Irak a été construit de toutes pièces.

Naturellement, dans la tête d'un nationaliste écervelé turc, cela signifie que Kirkuk et Mosul doivent revenir in fine à la Turquie, quitte à occuper la zone puisque ce serait un territoire naturellement turc pour lequel les ancètres ont versé leur sang, blablabla. Ils ont toujours l'opportunité d'interpréter cela comme une concession tactique bien que toute frontière soit l'objet de négociations et donc d'une bonne part aléatoire et subjective (le rattachement d'Antioche par exemple).

La quasi indépendance du Kurdistan irakien existe depuis plus de 15 ans, le Kurdistan irakien (son gouvernement) est reconnu par des résolutions internationales de l'ONU mais on aurait pas le droit de dire "Kurdistan indépendant" sous prétexte de froisser les écervelés nationalos de l'autre côté.

Je pense aussi que l'intervention ou la non-intervention turque ou ne sera pas décidée par la liberté de parole de ses voisins mais par le degré de la bétise nationaliste.

Il faut aussi pouvoir dire "merde, allez vous faire foutre" de temps en temps.

à +

Anonyme a dit…

Pour répondre à Piling :
que B. sache que la Turquie soit prête à intervenir - ce qui semble bien improbable aujourd'hui, du moins sans son accord même officieux - et qu'il continue de provoquer Ankara ne paraît guère intelligent : pas le meilleur moyen de s'attirer un maximum de soutien par un politique d'apaisement. Je n'y crois pas.
qu'il sache que la Turquie n'interviendra pas - ce qui semble plus plausible - mais qu'il fasse tout ce qu'il peut pour énerver les mabouls ankariotes ne me paraît pas sérieux : c'est pourtant ce qu'il fait.
La question que je me pose c'est de savoir quels sont les enjeux politiques internes au Kurdistan irakien qui peuvent expliquer de tels comportements. C'est ce qui me paraît intéressant.

Si à terme effectivement le droit des Kurdes à l'indépendance paraît un objectif légitime, Barzanî devrait savoir qu'il ne s'obtiendra pas contre mais avec la Turquie : sinon il n'y aura ni Kurdistan, ni Turquie démocratique et encore moins d'UE pour tout le monde.
Va falloir qu'on se calme de tous les côtés. C'est pour ça que j'aime bien ce txt de Tom : il vaut mieux en rire aujourd'hui pour évacuer la tension nerveuse que certains s'évertuent à faire monter.
François

Tom a dit…

Salut françois

je vois que ça va paraître sur TE? pas d'objection, mais envoie juste un petit mail avant que je sois pas prévenu par le mail automatique ;)

Piling a dit…

Hé je n'ai pas dit que c'était Barzani qui savait si une intervention était prévue ou non dans certaines circonstances, mais la Turquie (enfin l'armée).

Quant aux mouvements internes qui pourraient inciter Barzanî à la surenchère, mmm je vois aps trop en ce moment. Bien sûr il y a une contestation politique et surtout sociale contre l'establishment (plus à Silêmanî qu'à Hewlêr d'ailleurs, même si le mécontentement est général) mais je ne pense pas que Barzanî pour le moment puisse craindre d'être renversé.

Peut-être les "rumeurs" faisant état d'un report du référendum de Kirkouk, que l'on peut lire dans la presse turque et arabe aussi je crois mais que les Kurdes n'ont ni confirmé ni démenti sont peut-être à l'origine de cet énervement, une façon de dire "nous aussi on peut se mêler de vos minorités).

Mais en fait tout dépendra de qui sera élu ou réélu en septembre. Et aussi du maintien de la présence américaine en Irak d'où dépend beaucoup le non-interventionniste turc. A cet égard la politique des US vis à vis de l'Iran sera très importante pour l'avenir du GRK.

anne a dit…

En tous les cas ça ressemble à une sorte de poker menteur des deux côtés, Etat major turc et Barzani semblant vouloir avant tout satisfaire leurs nationalistes respectifs - tout en faisant le jeu de ceux des voisins, par ricochet (alors qu'on peut supposer qu'il ne reste qu'à rendre officiel des relations existantes )

côté kurde, je me pose une question : et Kirkouk? Bon tout le monde est d'accord, les Kurdes vont récupérer la ville. Mais ensuite dans quelle zone d'influence va-t-elle tomber? Talabaniste ? Barzaniste? Mystère et boule de gomme (le pire scénario)?
cette annexion ne risque -t-elle pas de boulverser l'équilibre patiemment acquis? (et encore un peu..jeune).


en tous les cas des deux côtés c'est L'ANNEE des tensions par excellence. M'étonnerait que l'armée turque vole au secours des "frères Turkmènes de Kirkuk"..par contre pour la dramaturgie, on risque d'être servis dans le coin pendant quelques mois.
...quelques bouffées de nationalisme(s) qui montent comme un soufflé au fromage qui sort du four et retomberont inch allah ensuite.

Anonyme a dit…

Merci de ta réponse Piling.
Pour ce qui est de la Turquie, je ne pense pas qu'ils savent grand chose : ou du moins ils ne veulent pas trop s'avouer qu'ils ne peuvent pas faire grand chose.
Le pire qu'ils puissent faire c'est une opé héliportée limitée (très) dans le temps et l'espace (Kandil).
Outre que cela ne servira à rien qu'à exciter encore plus les nationalistes de tout bord, le gouvernement peut tenir : c'est l'AKP qui décidera en dernier recours de l'envoi de troupes à l'étranger. Ou alors ce serait le chantier.
Mais l'AKP est en train de comprendre que son ADN politique n'est pas nationaliste : croisons les doigts pour que ce parti gère bien son printemps. Si Erdogan ne monte pas à Cankaya, tout est envisageable, même le meilleur. S'il choisit le fight, on peut s'attendre aux pires provocations.
Allez Tayyip, un tout petit effort.
François