jeudi, juin 21, 2007

A un mois des élections


Bon mine de rien, les législatives sont dans un mois. D'un coté, la situation est simple et limpide: l'AKP va gagner, le CHP continuera à être représenté à l'assemblée, les DYP, ANAVATAN, DSP et autres partis classiques faire des petits scores. Le MHP réussira-t-il à se hisser au dessus de la barre des 10%? C'est une réelle possibilité. On aura donc le bonheur de voir MHP et CHP voter ensemble contre toutes les lois de l'AKP. Cela aura le mérite de simplifier les choses. Je vois avec bonheur que Zülfü Livaneli n'est plus CHP mais "indépendant" dans l'assemblée actuelle.

L'inconnue est par contre le score des "indépendants". On parle de plus de 600 indépendants (Bagimsiz) candidats à travers la Turquie, afin de contourner (Ufuk Oras, candidat dans la première circonscription d'Istanbul parle de "creuser un tunnel") la règle des 10% approuvée par la cour européenne des droits de l'homme (qui dit que c'est trop haut mais qu'elle s'en lave les mains.)

Baskin Oran, candidat dans la deuxième circonscription d'Istanbul, soutenu par Ahmet Insel, Yasar Kemal et Adalet Agagolu, aura pour opposant un candidat DTP, Dogan Erbas, ancien avocat d'Öcalan. On s'interroge sur la pertinence de cette opposition, expliquée, pour certains, par le fait que Baskin Oran a déclaré que le PKK était un parti terroriste. Le DTP parvient donc à compromettre les chances d'une des figures intellectuelles turques les plus brillantes d'accéder à l'assemblée. Öcalan aurait il fait une nouvelle crise de la jalousie au fond de son cachot?

Je vous invite, si vous ne l'avez fait, à consulter les éditoriaux de Baskin Oran pour le site Turquie Européenne. C'est tout simplement jouissif.

Le DTP, qui n'a pas l'air au mieux de sa forme, présentera 66 candidats indépendants, et soutiendra d'autres candidats en leur garantissant le "vote kurde". Le DTP a également tenté une alliance avec l'AKP. Froidement éconduite par Erdogan, qui fait de plus campagne au Kurdistan en disant que le vote pour les indépendant est un "gâchis". "Que pourront ils faire pour vous?" demande-t-il dans une belle logique clientéliste, à Agri. Cela démontre surtout une réelle inquiétude de la part de l'AKP, qui commence à se demander si le DTP ne pourrait pas au final constituer un groupe à l'assemblée: le parti pro Kurde espère obtenir 30 députés.

Dans la région d'Hakkari, malgré la popularité du DTP, le système des asiret (tribus) joue à fond. On peut soutenir le DTP, et voter pour le CHP ou l'AKP selon les consignes du chef de tribu (qui bien entendu prend sa décision en son âme et conscience).

Dans le Dersim, deux députés sont pour l'instant CHP. Comment cela va-t-il évoluer? On se souvient qu'en 2004, la mairie de Tunceli avait été enlevée par une femme, sur la liste SHP-DEHAP.

Au total, dans les districts considérés comme ayant une majorité de citoyens turcs d'origine kurde (une périphrase de 11 mots pour dire Kurdistan, record à battre), 80 sièges sont à pourvoir, 70 pour Istanbul.

Difficile encore d'obtenir des sondages pour avoir une idée du rapport des forces. Un sondage de mai 2007 donne des résultats hétéroclites, avec un AKP toujours en tête mais entre 29 et 45 % (!!!) Un CHP occillant entre 14 et 18%, le DYP bien parti pour être représenté, et le MHP flirtant avec le seuil fatidique...

Rappellons la composition actuelle de l'assemblée, forgée au gré des désertions et des ralliements.

AKP 352, CHP 149 ANAP 20, Indep 14 DYP 3 SHP 1 HYP 1 GP 1

Voila tous les candidats validés le 4 juin, ICI.

On remarque (désolé, ce post est totalement décousu, mais j'ai le soutien de mon rédacteur en chef) l'existence d'un Bagimsiz Türkiye Partisi (partie de la turquie indépendante (programme réalisé en 1923) ) présentant des listes dans de nombreuses circonscriptions. Et là on s'interroge, est ce que par hasard ces petits coquinous essayeraient de jouer la confusion avec les autres Bagimsiz (indépendants)? Leur leader, le professeur Haydar Bas, candidat à Trabzon, a un peu une tête de grand méchant loup. De leur page d'accueil, on peut déduire qu'il est plus à gauche et plus grand qu'Atatürk. Bref, je m'égare. Mais je suis sur qu'un parti turc nommé BTP va en faire rigoler plus d'un.

8 commentaires:

paxqwal a dit…

Je corrige: c'est Ufuk Uras.

Jacky a dit…

Je voudrais faire un petit commentaire sur Baskın Oran. Si ce monsieur a un mérite, c’est bien celui d’introduire la notion de minorité dans un pays particulièrement crispé à cet égard. C’est peut-être assez banal dans pas mal de pays européens, mais en Turquie, c’est une petite révolution.

Ceci étant dit, je parle bien de petite révolution car à lire entre les lignes - ou même parfois bien à cheval sur les lignes – on s’aperçoit qu’il reprend exactement la même dialectique kémaliste classique.

- S’il faut que les Kurdes soient reconnus comme minorité avec des droits spécifiques, ce n’est pas parce qu’il ne s’agirait que de leurs droits les plus fondamentaux, non, c’est pour éviter qu’à terme ils ne se séparent de la bienveillante Turquie, du coup, ce sont les « moins softs » qui se voient taxés de séparatistes.
Pirouette, cacahuète.
Je voudrais tout particulièrement attirer l’attention sur cette phrase : «En échange, les Kurdes de Turquie exprimeront d’une façon claire leur attachement à la République et à ses symboles (la langue, le nom de l’Etat, le drapeau, les frontières etc...). Viendraient-ils à ne pas le faire qu’à commencer par votre serviteur, ils nous trouveraient tous face à eux, résolus à les combattre.».
Phrase que l’on peut trouver à cette page. La page qui abritait ses textes originaux a disparu en même temps que son site au profit du site pour sa campagne électorale. Il faut donc passer par le biais d’une traduc.

- Il y a aussi un problème de simplisme manichéen dans son analyse qui voit d’un côté les méchants maquisards extrêmistes et de l’autre les ultra-nationalistes turcs, ce qui laisse penser qu’il y aurait un « juste milieu » salvateur (AKP, d’autres candidats indépendants et lui-même). De ce fait, le maquis qui rejette le système est toujours le fait des extrêmistes. Sans juger le cas turc, on peut se poser la question de la pertinence de cette vision sur les autres cas à travers le monde – après tout Baskın Oran est un professeur de relations internationales – à commencer par toutes les luttes anticoloniales dont le premier pas a toujours consisté à délégitimer le système établi.


- Il a une vision bien particulière de la démocratie : la démocratie s’impose par le haut, mieux la démocratie s’importe depuis l’Occident et pour ce faire, il faut un intellectuel ayant reçu une éducation occidentale (l’interview au complet il s’agit d’une réhabilitation/réinterprétation de Mustafa Kemal, la énième). Déjà, première nouveauté, Atatürk aurait établi la démocratie en Turquie. Moi, je le comprends comme ça. Ensuite, il ne s’agit de rien d’autre qu’une vision très élitiste du pouvoir. Tout pour le peuple, rien par le peuple. On y revient ; que du classique en réalité. La démocratie ne peut pas partir du bas, le bas est trop con et incompétent.

- Baskın Oran prétend représenter les minorités, les exclus, les pauvres. Pour la dernière raison évoquée et aussi parce que je doute fort qu’il fréquente assidûment les gecekondu ou que même les gecekonducu d’İstanbul (ou ceux d’Ankara) soient familiers avec Baskın Oran, je ne peux pas avoir la naïveté de le croire. Baskın Oran représente une frange favorisée et bourgeoise d’une Turquie très oligarchique et très compartimentée en classes sociales.

Enfin, DTP et Oran ne roulent pas du tout pour la même cause. Ils incarnent deux vagues progressistes à leur manière mais ça ne suffit pas à les rapprocher. DTP est effectivement une sorte de « vitrine légale » (même si l’expression est assez calomniatrice à son égard) du PKK comme le dit ton ami Guillaume Perrier dans un de ses derniers articles comme le DEHAP, comme le HADEP l'ont été, comme…
Et il serait stéréotypé de croire que c'est parce que le PKK les oblige par la menace.
La question est donc de savoir si on l’acceptera en Turquie comme cela a l’a été pour le Shinn Féin en Irlande du nord par exemple.

Tom a dit…

Personnellement je ne suis pas d'accord avec l'expression "vitrine légale" pour le DTP. Le DEHAP l'était, le DTP a beaucoup plus tenté de se démarquer du PKK (Baydemir et Türk en tête) mais est toujours dans l'incapacité de dénoncer le PKK comme "terroriste". Quand on a connu l'état d'urgence de 1987 à 2002, la terreur, c'est celle de l'Etat turc. Ca peut se comprendre.

Pour Baskin Oran: je suis bien d'accord avec toi, malgré tout l'immense respect que j'ai pour lui. Cependant il incarne pour moi une idéologie qui serait salvatrice en Turquie. Bien sur qu'il est élitiste, mais tu crois à la révolution par le peuple en Turquie? :D Soyons sérieux.

Sa position vis à vis des Kurdes de Turquie? eh ben quoi, tu veux pas qu'il se déclare en faveur de l'indépendance d'un Etat géré par le PKK. La phrase par contre est singulièrement martiale et ne reflète pas son immense travail pour le respect du droit des minorités (quelles qu'elles soient).

Anonyme a dit…

Une réponse que je voudrais courte mais dont je ne suis pas sûr de respecter la promesse.

- commençons par le commencement, cad par cette remarque de Baskin Oran concernant le PKK : elle peut choquer et je crois que c'est son objectif, se faire entendre de tous les citoyens turcs. Ensuite, et plus fondamentalement, il s'agit d'une question de cohérence : pourquoi combattre le nationalisme des uns par celui des autres ?
C'est aussi simple que cela. Pour quoi libérer un peuple d'une "aliénation", d'une domination pour le jeter dans les bras d'une autre ?
Parce que pour Baskin, oui le nationalisme n'est pas une libération mais une autre forme d'aliénation. Il est ici à cent lieues des discours tiers-mondistes anti coloniaux qui prétendent accéder à la libération des peuples en les enfermant dans des identités fumeuses ( pour écran de fumée...), l'une des plus belles contradictions des luttes de libération "nationales".

- Ce qui rejoint le second point que je voulais aborder : non, Baskin Oran ne défend pas l'intégrité de l'espace national comme un kémaliste. Mauvais procès. Mauvaise lecture. Rien de sacré chez lui dans le tracé de telle ou telle frontière : c'est un pragmatique, c'est un Turc. Mais c'est aussi un professeur de droit international qui sait ce que signifie le mot stabilité politique à l'échelle d'une région.
Ce qu'il propose ? Ne pas gérer la diversité, la multitude par le fractionnement wilsonien mais par l'invention d'un vivre ensemble démocratique à la Habermas. Puisqu'il récuse les illusions homogénéisantes du nationalisme, la cohérence veut qu'il soit en mesure de proposer un système dans lequel on puisse fonder la politique non plus sur l'unité du peuple (autre artefact des Lumières, autre aliénation...) mais sur la diversité de ses composantes, sur l'ensemble de sa diversité interne (voir la notion de multitude chez Negri et Hardt, penseurs de gauche s'il en est). C'est une (petite ?) révolution : il ne croit pas à la transparence des communions identitaires, du style nous sommes Kurdes et nous sommes donc faits pour vivre ensemble, de par nos volontés qui convergent. Non, bien au contraire : il troque la croyance en une identité une et inaliénable, ces autres arrière-mondes, cette nouvelle transcendance, ce nouvel opium contre une pratique, une éthique, qui de proche en proche permet de comprendre et d'envisager ce que peut signifier vivre ensemble démocratiquement.
Voilà pourquoi son avant dernier édito parlait de cohérence et de cette chaîne de responsabilités du Kurde au Turc en passant par les homosexuels etc... Un discours d'une modernité incroyable quand on le compare avec ce qui peut se dire chez nous (le drapeau, l'ordre juste....)

Je rajouterai une petite chose : quand il annonce qu'il prendra les armes contre le nationalisme kurde le plus violent, il me fait penser à Levinas qui écrivait que "même si la gâchette lui brûlait le doigt, il était des circonstances où l'on ne pouvait se dérober au recours à la violence". Pourquoi? Parce que le mal existe et qu'il n'est pas qu'une illusion.
Quand Baskin évoque sa chaîne de responsabilités et la décrivant très simplement comme l'objectif à atteindre, il me fait encore penser à Levinas lorsqu'il parle de la relation déséquilibrée à autrui. Rien n'est centré sur soi, sur une personne ou sur un peuple, sur une unité qui n'existe pas, mais justement l'équilibre ne se retrouve que dans la démarche vers autrui.
Etranges convergences ? Peut-être pas. Il y a une nouvelle gauche en train d'émerger : elle ne sera plus idéologique mais foncièrement pratique, pragmatique, éthique. Il faut juste renouveler nos logiciels de gauche. Et se montrer cohérents.
A chaque jour suffit sa peine.

François

Jacky a dit…

L’ African National Congress, en Afrique du Sud ; le Front National de Libération, en Algérie ; l’Organisation de Libération de la Palestine, dont l’objectif suprême reste la création d’un Etat, objectif national s'il en est, …, …, … La liste est en fait très longue.

L’immense majorité des luttes de libération s’est réalisée via une référence à la « nation ». C’est un fait et non pas un souhait (en tous cas, en ce qui me concerne). Il y a une explication très simple à cela : le rôle de la pensée des Lumières dans ces luttes, y compris dans les luttes d’inspiration marxiste.

Il y a une certaine malhonnêteté à assimiler le désir d’indépendance d’une quelconque forme de tutelle extérieure qui est un droit légitime et reconnu par les traités internationaux – le professeur Oran ne peut pas l’ignorer – et le nationalisme qui vire souvent au fascisme. Même si cette nouvelle entité peut à son tour devenir le foyer d’un nationalisme virulent et fasciste, malheureusement.

Si le nationalisme et le chauvinisme, qui doivent être combattus quels qu’ils soient, étaient inextricablement mêlés au droit à l’autonomie alors ce serait la loi du plus fort. On trouverait normal une Algérie encore française, une Algérie qui dépend d’un centre qui serait Paris. Ce qui est complètement absurde comme déduction à l’heure d’aujourd’hui.

Le Kurdistan irakien est indépendant (dans les faits) depuis plus de 15 ans maintenant. Ira-t-on soutenir les velléités de la Turquie de mettre immédiatement fin à cette gestion locale qui embête beaucoup Ankara afin d’empêcher la montée d’un nationalisme en Irak du nord ?

Pour ma part, j'estime que le passif de la Turquie, de la Russie, de l'Irak Baasiste à l'égard des populations sur lesquelles ils clamaient une forme d'autorité suffit à légitimer le désir d'indépendance.

Enfin, oui, je l’affirme parce que dire le contraire reviendrait à se voiler la face : Baskın Oran fait de la scholastique. Il réhabilite le kémalisme selon le bon vieux discours qui consiste à dire que les « néo-kémalistes » seraient des mauvais interprêtes du véritable kémalisme juste, correct et bienveillant. Par ailleurs, il sonne pléonastique de dire que le kémalisme est un chauvinisme et un nationalisme des plus exacerbés qui soit.
Le but d'Oran n’est pas la consacration des diversités mais le maintien de l’unité par des concessions, ce qui n’est pas du tout pareil.

Merci aussi de ne pas déformer les propos de Baskın Oran, il ne parle pas de « prendre les armes contre le nationalisme kurde le plus violent » pare que ce serait « le mal » mais de s’en prendre aux Kurdes qui n’exprimeraient pas d’une façon claire leur attachement à la République et à ses symboles . L’explication ne doit pas être cherchée de midi à quatorze heure : Baskın Oran a reçu une éducation profondément kémaliste comme beaucoup d’ailleurs et on n’en sort pas indemne facilement. Je comprends qu’on veuille défendre bec et ongles un professeur occidentalisé turc car il est à la mode mais arrive un moment où le grand écart intellectuel touche à ses limites.

Pour répondre au fait de croire ou pas à la démocratie par le bas et/ou à la révolution par le peuple. Certains, comme Deniz Gezmiş y ont cru à une époque et on ne peut pas vraiment les blâmer vu le contexte. Ils se sont méchamment cassé les dents contre le fascisme turc mais ils sont encore un modèle pour de nombreux turcs des classes d’en-bas justement.
Nous ne sommes plus il y a 30 ans, le fascisme turc a fait son sale boulot contre les opposants de gauche : il n’y aura plus/pas de révolution populaire en Turquie dans les prochaines années, c’est clair. Concernant la démocratie par le bas (avec ou sans révolution), je ne sais pas s’il faut y croire, vu qu’elle existe. Il y a des quartiers, ceux qui ont particulièrement bien chauffés lors du 1er mai dernier, où la gestion collective et la lutte contre la drogue sont des réalités par exemple, et qui montrent que les initiatives populaires fonctionnent, aussi parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix, ce n’est pas l’Etat qui va les aider. Je me base par exemple sur un article du journal Nokta – interdit récemment – de la semaine du 2 au 8 novembre 2006 (le lien direct n’y est plus).

La Turquie est aussi un des pays les plus politisés que je connaisse : de la gauche révolutionnaire aux fascistes du MHP. Si on regarde les manifestations, les sittings, les conférences, les concerts, les commémorations, et surtout les répercussions quasi nulles de tout cela, sans pourtant en faire diminuer la vigueur, on peut en déduire que pas mal de Turcs sont conscientisés.
De là, je ne pense pas que beaucoup d’entre eux voient leur salut dans un intellectuel occidentalisé venu importer la démocratie depuis l’ouest et distribuant ses précepts au gré du vent comme à autant de moutons passifs. J’ajoute que sa position sur le libéralisme et l’économie de marché ne sont pas du tout des positions de gauche.

anne a dit…

En proposant un candidat dans la circonscription de Beyoglu avec l'objectif de concurrencer Baskin Oran, le DTP risque surtout de favoriser un candidat CHP (ou AKP).
J'ai un peu de mal à suivre l'intérêt de cette stratégie...

C'est la représentation actuelle au parlement de la circonscription d' Hakkari leur rêve?
(et encore je doute un peu que le candidat CHP de Beyoglu soit de la mouvance d'un Esat Canan - qui a quitté le CHP d'ailleurs.)

Anonyme a dit…

Jacky,
Ne faites pas dire à Baskin Oran ce qu'il n'a pas dit.
Il ne parlait pas de l'Irak du Nord, et ne défend pas de position colonialiste à l'endroit du Kurdistan irakien. Vous allez vite en besogne.
Non, il ne parlait, et je maintiens - c'est moi qui traduis ses textes à la lumière de ses explications - que d'un PKK indépendantiste et violent (qu'il n'oublie d'écorner encore une fois dans son édito cette semaine, en en faisant l'une des branches de ses dichotomies). Et lorsqu'il parle des symboles nationaux à respecter, ce qui peut choquer ceux qui le connaissent, c'est de la même façon que les frontières, comme des conventions nécessaires à la définition d'un espace de liberté commune.

Après question de préférence : une liberté démocratique / fédérale /culturelle à l'intérieur de la Turquie couplée à une alliance de la Turquie et d'un Etat kurde irakien, tous les deux tournés vers l'Europe,
ou bien le grand saut vers la folle indépendance d'Adana à Kars en passant par Mahabad... Imaginez en un peu les suites, politiques, stratégiques etc... C'est tout simplement inimaginable pour l'ensemble de la région. Veut-on régler les problèmes ou en créer de nouveaux ? Le principe du droit des peuples et des nationalités à disposer d'elles-mêmes a-t-il été un progrès sur l'ensemble des anciens espaces ottomans ?

Et faut-il aujourd'hui, alors que manifestement ça ne fonctionne toujours pas en Turquie, morceler encore plus la région pour créer de nouveaux états-nations, lancer de nouveaux processus de "nation building " ?

Enfin, dire de Baskin qu'il est à la mode, c'est assez flatteur, je vous en remercie : souhaitons donc que ses idées le deviennent également.
En attendant, elles sont déjà sujet de discussion. Tant mieux.
Le projet de sa campagne pour les législatives est fondé sur la déconstruction des vieux discours, des vieilles rengaines : je pense qu'il est déjà dedans quand je vois d'où il est attaqué ; à droite parce qu'il serait pro-PKK. En lisant vite, ma foi. A gauche, parce qu'il serait trop kémaliste. En lisant vite ma foi. Par les Arméniens parce qu'il refuse le terme de génocide. Par les nationalos version "Talat Pacha" parce qu'il reconnaît que les Turcs ont commis l'irréparable à l'endroit des Arméniens en 1915...
Dur, dur d'être indépendant.

Bien à vous.
François




François

Jacky a dit…

Bien, bien
On va commencer par rectifier ce qui a été mal compris.

Je n’ai jamais fait dire quoi que ce soit à Baskın Oran concernant le Kurdistan irakien ; je ne remets pas non plus en doute une seule seconde la fiabilité de la traduction bien que j’aurais volontiers pointé l’équivalent sur l’ancien site orange pour partir d’une base.
Si ça avait été le cas, j’aurais ouvert les guillemets ou je l’aurais cité explicitement.

Je poursuivais cette logique qui voulût que l’indépendantisme soit une opinion qui n’aurait pas droit de cité, dans le cas algérien et a fortiori pour l’Irak du nord.

Pourquoi cette différence d’appréciation dès qu’il s’agit de la Turquie ?

En Turquie, le kémalisme est l’idéologie de laquelle on ne peut pas sortir. On a seulement le droit de l’interprêter à toutes les sauces mais on ne peut dire « Atatürk a pensé des conneries, pensons par nous-même pour une fois ».

Si on veut garder ses amis bobos stambouliotes, il apparaît clair qu’il va falloir se manger du kémalisme d’une manière ou d’une autre car, en Turquie, qui dit « indépendantistes » dit « PKK » (donc séparatistes, violents, diabolique, etc…), qui dit « PKK », dit « terrorisme », qui dit « terrorisme » dit « on ne discute pas avec les terroristes » comprendre « cette idée n’a pas le droit d’exister ». Ceci nonobstant la réalité indépendantiste du dit PKK bien entendu.

Il y a un autre problème : l’ay yıldız, symbole national turc par excellence, évoque la terreur, l’oppression et la violence de l’Etat turc au Kurdistan. Beaucoup voit aussi cela comme une humiliation. Dans ces circonstances, cette « convention nécessaire » passera forcément par une imposition non désirée et non choisie des Kurdes qui, en outre, ont déjà leurs symboles à eux. Quant à les combattre s’ils refusent d’opiner de la tête, je crois que ce n’est pas la première fois qu’on leur fait le coup…

J’ai déjà entendu plusieurs fois cette rengaine aussi sur Turquie européenne : nous sommes attaqués par tout le monde, donc nous avons raison. C’est la philosophie du juste milieu couplé à l’idée du neuf qui est meilleur que l’ancien. Difficile à appuyer quand même.

Mon avis importe peu mais, pour l’info, je ne crois pas à l’indépendance du Kurdistan turc. Dans le meilleur des cas, une fédéralisation se développerait (on peut toujours rêver) et si cette entitée fédérée doit aboutir à une indépendance à long terme, rien ne la délégitimerait.