lundi, octobre 03, 2005

Conférence au palais de Suède

WE très occupé, consacré à une conférence sur le UNHCR et l'aide légale aux réfugiés, organisée par mon ONG. Dur de se lever à 8h un WE, mais ca en valait la peine: bon contacts boulots (un projet intéressant pour moi avec amnesty international dans un futur proche), bonnes rencontres (une troupes de turquettes de l'université de Bogaziçi, de retour d'un voyage en Palestine, et bonne bouffe! Contrairement à la France et à ses joyeux charters, la Suède est un peu plus "open" sur la question des réfugiés, et a financé la conférence (en plus de lui prêter ses locaux), repas compris...si le repas de midi à Güney n'avait rien d'exceptionnel, celui du soir à Sofyali, Meyhane branché de Tünel, restera dans les mémoires. Je ne dis pas ca parce que j'ai finit par chanter en duo en turc avec la représentante du UNHCR, mais quand meme ("Karli Kayin", de Zülfü Livaneli).

lundi, septembre 26, 2005

Her Biji çar Newa

Si j'ai bien compris "Her Biji" veut dire "Bravo"

C'est en tous cas un des rares (nouveaux) mots de Kurde que j'ai capté lors du concert du groupe çar Newa (Tchar Néoua) samedi soir au "Yeni Melek gösteri merkezi" (centre de spectacle du nouvel ange) à Istanbul.
J'avoue que je ne connaissais rien à ce groupe avant de prendre mon billet: je n'ai pas été déçu. Vu l'affiche, je ne m'attendais pas à un pur concert de "Dengbes" (=barde) kurde, et craignais même le groupe de pur rock un peu dénaturé. Que Nenni, Car Newa prend exactement le créneau d'Alan Stivell (période Olympia 72, pas New age zarbi) en Bretagne: Music Trad + Orchestration rock derrière: honnêtement ca passe très bien.

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Car Newa est une machine bien réglée: deux chanteurs, l'un à la voix chaude et profonde à la Sivan Perwer, l'autre au timbre aigre et chevrotant qui lie si bien les Dengbes aux chanteurs de Gwerz... 1 Neyzan, 1 joueur de percu + Davul (mélange entre Dobrom (gaelique) et grosse caisse) , 1 joueur de Baglama (sorte de Saz), 1 violoniste (aux pizzicatos frénétiques) 1 clavier, et derrière 1 guitare éléctrique (pas kurde), 1 batteur (américain?) et 1 bassiste. Honnêtement ca passe excessivement bien, le son est propre et net, et l'équilibre entre rock et tradi parfait. Thomas content en sorte.

J'ai été heureux de reconnaître quelques morceaux, dont un entendu il y a 3 ans au bar "Mavi Café", (éphémère "hot spot" kurde dans une Turquie pas encore decomplexée), notamment grâce à des paroles mémorables : "lalalila, lalalila lalalilalila" (approx). Au moins je pouvais chanter.

L'autre morceau est le sublimissim(issimissimeee) Ahmedo: air traditionnel, balancé au premier plan par le film "Istanbul Hatirasi" de Fatih Akin où il est chanté par Aynur Dogan dans l'obscurité d'un Hammam désaffecté. Ce morceau est peut être devenu ce que "Tri Martolod" ou "Eun Alac'h" sont pour la musique bretonne. En tous cas cas ses premières notes sont saluées par une ovation du public (enfin une ovation un peu plus forte que les 213 qui l'ont précédé!)

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Un mot sur le public, parce que concert kurde dit spectacle dans la salle aussi. J'avais bien sur pris un billet pour une place debout (Ayakta = sur pied!) et me trouvais au milieu des hordes de sauvages dégénérés venus de l'est sauvage: Familles, petits couples, groupes de potes. Ils sont fous! Collées aux barrières, des groupies hurlent à l'arrivée du chanteur et se pâment quand il les salue. Un groupe de 4 lascars brandit un maillot de foot de Dogubeyazit, ville d'origine du chanteur. A chaque morceau ca gueule donc "Her Biji!!", ca hulule et ca saute dans tous les coins en faisant des V de victoire (si une seule chose doit rester du PKK quand il aura disparu, c'est bien ce signe à la con qui semble être inscrit dans le patrimoine génétique des Kurdes de Turquie!).

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Le public est quand même un peu dissipé et parle sans complexe pendant les morceaux un peu lents (mes préférés, donc). Je n'ose quand meme pas engueuler mes voisins...On frôle le drame à chaque morceau dansant. Le temps que la sauce prenne et des groupes de danse s'organise (bon c'est pas dur, pensez à un fest noz où tout le monde aurait pris de l'extazy). Je me fais aggriper une ou deux fois mais parvient à m'extraire: ce n'est pas que je ne veux pas danser, mais les pas de danses sont tout simplement impossible à choper...j'avais déja essayé pourtant, mais suis génétiquement incapable de bouger en rythme. Alors plier les genoux à contre temps...

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Réfugié près des barrières, je me fais allégrement bousculer, et ca tourne vite au pogo! Enorme Ambiance dans la salle, tous les morceaux sont repris en coeur...Evidemment depuis le début je "reste français" (expression turque pour désigner quelqu'un qui ne pige rien!). TOUT se fait en Kurde, du discours d'introduction (long) aux remerciements. Le chanteur fait tout de même un petit speech en turc à l'usage des non kurdophones potentiels (au moins moi!), dans un turc hésitant qui fleure bon son kurde de l'immigration.

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vendredi, septembre 16, 2005

L'immigration arménienne en France cultive le racisme anti-turc paranoïaque, ce n'est pas une nouvelle.

Mais la quand même

"La pièce de 1 nouvelle lire turque: une contrefaçon de la pièce de 2 Euros

Depuis le 1er janvier 2005, la Turquie a une nouvelle monnaie, La "nouvelle lire turque" (Yeni TurkLirasi), qui remplace l'ancienne lirehyperdévaluée, à laquelle on a enlevé pas moins de six zéros. Lorsqu'on regarde la nouvelle pièce de 1 lire, on s'aperçoit aussitôt qu'elle ressemble étrangement à la pièce de 2 euros.

Si on compare ces deux pièces, on constate qu'elles ont exactement la même apparence (un anneau de nickel entourant la partie centrale en cuivre) et exactement la même dimension.De même, le côté face comporte, comme beaucoup d'euros, une tête (il s'agit ici d'Ataturk, comme les Euros nous montrent le roi d'Espagne, le roi des Belges, Dante, etc.).

La seule différence est qu'à la place du 2 de deux euros il y a un 1.

Et encore peut-on remarquer que ce 1 est graphiquement très proche du 1 de la pièce de 1 euro.

Cette pièce d'une lire turque est donc manifestement une contrefaçon de la pièce de deux euros. Or elle vaut 0,4 euro (et en France, en réalité, elle ne vaut rien du tout) Elle permet donc de rendre la monnaie, dans toute la zone euro, en faisant de substantiels bénéfices, et de se servir des automates sans se ruiner. C'est-à-dire de voler les consommateurs et les organismes que l'on paie par automates.

A notre connaissance, personne n'a encore dénoncé cette gigantesque escroquerie, montée par un pays que l'Union européenne veut accueillir en son sein, et qui fabrique déjà sa fausse monnaie européenne.

Pour l'heure, soyez prudents, et vérifiez que lorsqu'on vous rend des pièces de deux euros, il ne s'agit pas de pièces d'une lire turque, car elles ont commencé à circuler. (Veille Media VAN, 15 septembre 2005)"

Très fort! Salauds de turc, ils viennent jusque dans nos bras piquer des canettes de coca dans les distributeurs!

lundi, septembre 12, 2005

Mauvais esprit

Google et son service de "publicité intelligente"! En gros quand on tape une recherche on se voit proposer avec les résultats des annonces publicitaires "sélectionnées", en rapport plus ou moins direct avec le terme entré...
Je n'ai pas un boulot toujours marrant, devant faire souvent des enquêtes sur les parcours personnels des réfugiés: en gros quand un réfugié avance "dans mon village il s'est passé ca, l'armée à fait ca, les gens ont été arrêté telle date" etc, je suis chargé de recouper les informations en consultant un maximum de sources.

Aujourd'hui on me demande de trouver des infos sur les cas d'hommes violés en détention en République Démocratique du Congo. Je tape donc "sévices sexuels RDC"

Google avec un grand sens du tact me propose les services suivants

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Je dis bravo!

Joyeux anniversaiiiire


Aujourd'hui c'est champagne, voilà 25 ans que l'armée reprenait le pouvoir en Turquie. Même si la situation évolue très vite en faveur de la démocratisation du pays depuis 2002, il est bon de rappeller que l'instigateur du coup d'Etat, le général Kenan Evren, coule une retraite paisible sur la côte égéenne. Il paraît qu'il est peintre, et qu'il expose régulièrement ses croûtes....A l'université Bilgi se tiendra une conférence sur la réforme de l'article 15 de la constitution qui prévoit l'amnistie pour tous les crimes commis lors du coup d'Etat. La constitution ayant été écrite par les militaires, on admire le sens pratique! Notons que le colonel Türkes, fondateur du MHP (parti ultra nationaliste) et des "loups gris" (Bozkurt) (paramilitaires néo fascistes en connivence avec l'Etat) a tout de même été brièvement arrêté lors du coup d'Etat: il a eu ce grand trait d'esprit "je ne comprends pas, mes idées sont au pouvoir et je suis en prison"...........

Crimes commis par les putschistes du coup d'état du 12 septembre:

  • La Constitution imposée en 1982 par la junte militaire a aboli les derniers vestiges des libertés reconnues par la Constitution de 1961.
  • Cette constitution nie les droits fondamentaux du peuple kurde et des minorités arménienne, assyrienne et grecque de la Turquie.
  • La domination de l'Armée sur la vie politique, économique et sociale du pays a été rendue intouchable par les privilèges reconnus par cette constitution au Conseil de la sûreté nationale (MGK).
  • En deux ans, plus de 650.000 personnes ont été arrêtées et soumises à la torture.
  • 500 personnes ont perdu la vie durant leur détention.
  • Des milliers de personnes ont été rendues handicapées.
  • 210.000 procès politiques ont été ouverts devant les cours militaires.
  • Un total de 98.404 personnes a été jugé en raison de leurs opinions.
  • 6.353 personnes ont été jugées sous la menace de peine capitale.
  • 21.764 personnes ont été condamnées aux lourdes peines de prison.
  • Cinquante personnes ont été exécutées à l'issu des procès politiques.
  • Des fichiers ont été ouverts sur 1.683.000 personnes.
  • 348.000 personnes se sont vues refusées l'obtention de passeports.
  • Les universités ont été placées sous l'autorité du Conseil suprême de l'Education (YOK), dépendant du pouvoir politique.
  • 15.509 personnes ont été chassées de leurs postes universitaires sous la loi N°1402.
  • 18.000 fonctionnaires, 2.000 juges et procureurs, 4.000 officiers de police, 2.000 officiers de l'Armée et 5.000 enseignants ont été forcés de démissionner.
  • Tous les parties politiques ont été fermés.
  • Les activités des 23.667 associations ont été arrêtées.
  • La presse a été soumise à la censure.
  • 4.509 personnes ont été déportées par les commandants de la loi martiale.
  • Plusieurs condamnés ont perdu la vie en prison en raison de mauvais traitement ou lors de la grève da faim en protestation contre ce mauvais traitement.
  • 113.607 livres ont été brûlés.
  • 39 tonnes de livres, de magasines et de journaux ont été détruites par des usines de papier de l'Etat.
  • 937 films ont été interdits.
  • 2.792 auteurs, traducteurs et journalistes ont été traduits devant les tribunaux.
  • Le total des peines de prison prononcées contre les journalistes et écrivains s'élevaient à 3.315 ans et 3 mois.
source www.info-turk.be

Passage au Nord

Certaines histoires de réfugiés rappellent les plus belles heures de l'union soviétique...Je ne suis pas censé dévoiler d'informations confidentielles, je resterai donc dans le vague.

3 africains reçus depuis 1 semaine me racontent le même parcours: problèmes (horribles) dans leur pays d'origine, orphelins, refuge dans le sport, sélectionnés en équipe nationale d'athlétisme, visa pour la turquie pour les "Universiades" d'Izmir (jeux olympiques universitaires), et disparition dans la nature parce que leur vie est menacée chez eux.

Crevant de faim dans les rues d'Istanbul, les sprinteurs ont des physiques de coureur de 10 000 mètres. Je ne peux que leur dire que notre bureau ne fournit que de l'aide légale, en leur donnant de bons conseils (ai je jamais dû lutter pour survivre!!!) et l'adresse de la "soup kitchen" organisée tous les samedis.. J'avais déja remarqué que l'extrême gauche ici était plus porté sur la "cause palestinienne" (un point commun avec la France) que sur ce qui se passe ou passait au Kurdistan, je découvre effrayé l'état de la société civile turque...la république a supprimé les confréries, sans vraiment les remplacer par des organisations de charité étatiques. Résultat si tout turc peut trouver un job lui assurant un minimum de subsistance, les réfugiés, harcelés par la police, méprisés par le UNHCR, ne parlant pas encore le turc, ne peuvent compter que sur l'hypothétique charité des Stanbouliotes. Pas de "restos du coeur" dans cette ville, par d'organisation de défense des sans-papiers...révélateur: dans le personnel de RLAP (mon ONG), pas un seul turc. (1 Gallois, 1 Irlandaise, 2 Canadiennes, 1 catalane, 1 Française, 1 Breton)


mercredi, septembre 07, 2005

6 / 7 Eylül 1955

Les 6 et 7 septembre 1955, une foule haineuse attaquait à Istanbul les maisons et les magasins des "infidèles", en "représailles" d'un pseudo attentat contre la maison natale d'Atatürk à Salonique. Les évenements s'inscrivaient en fait dans le contexte tendu de la conférence de Londres pour le statut de Chypre. Bilan 15 morts, 4214 magasins, 1004 maisons, 73 églises, 2 monastères, etc détruits par les défenseurs de la mémoire du père des turcs...

Le Tarih Vakfi (fondation pour l'histoire), organisation plutot contestataire organisait pour le 50ème anniversaire de ces évenements une exposition de photos inédites, puisées dans la collection personnelle de l'Amiral Farih Coker qui avait demandé à ce qu'elles ne soient publiées qu'après sa mort...L'exposition ouvrait hier soir, et j'étais bien sur présent à l'heure dite. Mieux vaut dire que ca sentait le souffre. Je ne dis pas ca à cause du détachement de police anti-émeute posté près de l'entrée bien sur.

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L'expo ouvrait à 18h00. A 18h15, alors que je venais d'accéder à la première pièce, un mugissement caractéristique se faisait entendre: "Burasi Türkiye" "Türkiye türk kalacak" (ici c'est la turquie, la turquie restera turque et autres "soit tu l'aimes, soit tu la quittes". Le MHP, parti néo fasciste turc venait de faire son entrée, et arrachait les photos des murs pour les balancer par les fenêtres sur l'Istiklal Caddesi. Une vague "conférence de presse" fit suite à ces hauts faits chevaleresques, au grand bonheur de la meute de journaleux présents dans la salle.

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J'accusai un peu le coup et commencai à pester en français dans mon coin, mais l'attitude franchement rigolarde d'un organisateur me fit réfléchir: "ce n'est qu'une comédie, on savait qu'ils allaient venir, la police le savait aussi, il les ont laissé entrer...". A vrai dire après un raisonnable délai de 10 minutes, au cours desquelles les vaillants loups gris (5 ou 6 crétins aux cheveux ras, costume noir rayé et tête de boeuf, dont un nabot moustachu fielleux) tentèrent d'expulser la foule d'ennemis de la race turque, la police fit son entrée, bastonnant les hordes fascistes avant de les embarquer. Sans vouloir être mauvaise langue je suppose qu'il les ont poliment relaché dans la soirée.

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Bref un non évenement: mauvaise nouvelle, ces gens la existent encore, bonne nouvelle, tout le monde s'en fout, personne n'en a vraiment peur et ils n'étaient qu'un pauvre commando de 5 tondus (c'est le cas de le dire).

BEAUCOUP plus intéressant, l'expo qui a continué sans trop de dommages: les photos de la grande salle sont à terre mais peu abimées, les murs blancs sont maculés de taches d'oeuf, et quelques photos balancées dans la rue remontent l'escalier sans encombre.

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Notons la stupidité de nos amis louveteaux!! Si la connerie bovine est génétique, ils ont probablement maculé leur album de famille, maculant ci grand papa Abdulrahman animé d'un juste couroux dans le bar d'un chien d'infidèle

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, la Tonton Alparslan en train de piller allégrement un restaurant grec...

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et même Tata Fatma, qui jalouse de sa voisine juive profite des évenements pour aller se refaire une garde robe dans son magasin

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Une preuve que la connerie n'a pas de sexe: si la foule, à une écrasante majorité, était masculine, des photos montrent de joyeuses louvettes hurler leur haine en concert avec leurs collègues du sexe fort. On a même arrêté 3 étudiantes qui voulaient mettre le feu à un hopital grec. Leurs faces revulsées par la haine et l'envie rappellent celles de françaises sous l'occupation: je pense à une photo prise à Dieppe ou un détachement de prisonnier canadiens se fait cracher dessus par quelques excitées, ou à d'autres ou les vaillants résistants du 27 août tondent les ennemies de la France à la grande joie des pouffiasses du quartier...les émeutières étaient probablement des cousines éloignées des concierges parisiennes dénonçant les locataires juifs...lire "au bon beurre" de Jean Dutourd pour avoir une idée!

Bref nos amis tondus devraient au contraire être fiers et émus des faits de guerre de leur aïeux, et pourquoi pas déposer une gerbe (de feurs) à l'entrée de l'expo...Bref assez de perfidie.

Aux murs, des témoignages de victimes des émeutes: ici un Grec raconte comment son chauffeur (turc) a sauvé toute en rue à Galata en défiant les pillards, la un autre raconte que le concierge (turc) de l'immeuble (entièrement chrétien) a pendu un drapeau turc sur la facade, clamant "qu'ici il n'a que des turcs"...........pour ensuite aller sans remords piller l'immeuble voisin...C'est très turc ca: eux ce sont "mes chrétiens", donc des bons, mais les autres...

Mitraillant à tout va, je me plais à me concentrer sur les visages...

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... qui je pensent en disent long sur le niveau intellectuel. Soyons miséricordieux: en 1955 tous les hommes de moins de 35 ans n'ont connu qu'une éducation kémaliste, qui, si elle ne pronait pas les massacres de chrétiens, conditionnait tout de même les turcs à réagir un peu vertement en cas d'atteinte à la mémoire du grand chef. Il a suffi qu'un "comité pour un chypre turc"...

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...fasse courir une rumeur pendant plusieurs jours, puis que le journal Istanbul Express donne au soir du 6 septembre le signal que les manifestants groupés à Taksim attendaient.

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Plus inquiétant les témoignages affirmant que les pillages avaient été préparés plusieurs jours à l'avance, les maisons de chrétiens indiquées d'une croix.

Bref le lendemain les chars sont sur l'Istiklal...pour superviser le pillage je suppose, vu qu'ils contineront le 7 septembre.

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mardi, septembre 06, 2005

Les Kurdes et la neige

J’ai vu un certain nombre de films kurdes

« Le temps de l’ivresse des chevaux »

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et « Les tortues aussi peuvent voler » de Bahman Ghobadi


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« Vodka Lemon » d’Hinar Saalem

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« Yol » de Yilmaz Güney

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Des films magnifiques, poignants, à couper le souffle. Un point commun : misère et neige, et pour les deux films de Bahman Ghobadi, orphelins et estropiés. Tous ces films sont filmés en plein hiver, dans la boue, la crasse, le froid, l’humidité qui s’infiltre jusque dans le cinéma, la pénombre permanente. J’ai certes connu ces paysages en mars 2003, mais après une semaine en Irak j’ai aussi vu des paysages verdoyants, entendu des cigales et humé des senteurs de menthe et de résine. Je ne sais si ce sont les cinéastes kurdes qui se complaisent dans le pathos (ça n’aurait rien d’étonnant vu leurs chansons), ou si ce sont les distributeurs qui les sélectionnent ainsi en Europe, mais ce que l’on nous laisse souvent voir du Kurdistan en Europe, c’est souvent des clichés en noir et blanc d’enfants boueux au regard tragique. Comme me l’a dit Roxane après deux heures passées à photographier des gamins hilares et surexcités dans les rues d’Erbil, « c’est pas possible, ils doivent leur taper dessus avant la photo pour qu’ils aient des têtes comme ça ». Désolé, mais toute les petites filles kurdes ne portent pas sur leur visage la misère du monde, elles n’ont pas toute de grand yeux mouillés et n’ont pas toujours l’air de s’être fait tabasser par les armées turques, irakiennes et iraniennes réunies.

Je reconnais plus les Kurdes dans le film d’Hinar Saalem « Vodka Lemon », filé en Arménie : mimiques, blagues, tendresses se rapprochent plus de ce que je connais. Il est vrai que je ne connais rien aux kurdes d’Iran, filmés par Ghobadi, peut être sont ils particulièrement glauques, mais les Kurdes d'Irak et de Turquie m'ont frappé par leur faculté innée à déconner malgré ce qu'ils ont pu subir.


Allez j’avoue, j’aimerais AUSSI voir un bon gros navet kurde. Une bonne comédie bien légère, avec en vrac quelques scènes auxquelles j’ai pu assister :

  • un fier gaillard qui se fait engueuler par sa mégère parce qu’il a oublié le pain et qui repart la tête basse
  • deux graines de guérillero de 25 ans qui se tordent en une séance de chatouilles sur un canapé
  • un groupe de Peshmergas qui, entrant nuitamment dans le bureau du grand chef pour récupérer les sacs des touristes, en ressortent en ayant fait main basse sur le stock de bonbons réservés aux visiteurs.
  • Un guignol fringué comme un Marseillais et pétant une chorégraphie du tonnerre dans le manège « crazy disco » du Dream City de Duhok, Kurdistan-sud.
  • Un gamin qui m’ordonne de le prendre en photo et qui, une fois dans la boîte, me décoche un sourire radieux, un petit signe de la main, et s’en va en bombant le torse
  • Deux peshmergas qui, voyant que je me jette à l’eau avec délice, se déshabillent et en font autant. Par esprit de sacrifice parce qu’ils sont chargé de me protéger ? Mon œil !
  • Un car entier de kurdes se gondolant devant les aventures de Jackie Chan.

J’aimerais que ce film soit tourné en été, ou alors peut être au printemps, il paraît que les montagnes sont pleines de coquelicots, et que l’herbe est bien verte sur la terre ocre, ça doit être choli. En tous cas ça changera de la neige, si il y a un soleil sur le drapeau du Kurdistan, il y a bien une raison!!!

lundi, septembre 05, 2005

Retour à la normale

Après une semaine bien tendue (difficulté après une semaine sur une autre planète à me réadapter à mon train train (trentren?) stambouliote), j'ai finalement trouvé un nouvel appart. Enfin une chambre dans un grand appart. Je colle au plus près à mon fantasme d'aspirant levantin, puisque j'habite maintenant "au pied de la tour", (kuledibi) à Galata. Difficile de faire plus proche, l'immense tour génoise plonge mon impasse dans la pénombre permanente. Ma chambre elle est plutot claire (3 mètres de plafond et murs de briques peint en blanc!) et donne sur la place de la tour. Je ne vois malheureusement pas la tour de ma fenêtre. Mon loueur, Turgay, dit bosser dans le cinéma: il habite à Taksim mais possède le grand loft dans lequel il travaille et loue deux chambres. L'autre locataire est un flamand (francophone quand même) venu pour un projet artistique qu'il m'a vaguement expliqué. Liman de son prénom, il trie son carton (une première à Istanbul probablement), se nourrit exclusivement de Muesli et m'a l'air assez zen...
Au fond du loft, une immense salle de danse sert à la petite amie de Turgay, prof de danse de son état. Günce évidemment se pâme (cinéma + danse + machine à expresso dans la cuisine), moi je m'intéresse surtout à une petite pièce remplie d'instruments de musique divers...quelques flûtes, et une petit Balaban (cousin kurdo-turc du Duduk arménien) sur lequel je m'escrime depuis hier. Cela me fait penser qu'il faut que je m'achète une nouvelle anche (rameesh) de Duduk... Au final je regretterai toujours mon appart de Tepebasi et sa vue sur la corne d'or, mais après avoir craint de me retrouver à Besiktas ou Harbiye, c'est tout de même un moindre mal. Pour ma première nuit, je dors encore une fois sur mes Pushis kurde, le lit étant dépourvu de draps...à la rigueur ca me rappelle Amidya et son hôtel "very clean for Kurdistan" (Ma reol..!)...je suis toujours situé à 5 minutes du bureau, la grande nouvelle c'est que la pente est nettement moins raide! Le quartier est aussi nettement plus touristique, mais rien ne m'oblige à manger dans les restos pour touriste bobo qui pullulent ici depuis deux ans. Je suis à 1 minutes de la Galip Dede Caddesi ("rue des musiciens"), dont la première partie est exclusivement occupée par des magasins d'instruments de musique...

Sur le plan professionel du nouveau: le stage que je devais commencer dans l'ONG de mon ex colloc Manu semble un peu compromis, puisqu'il n'a lui meme pas été payé depuis 2 mois. J'en saurai plus à son retour d'Iran cette semaine, mais si il doit cesser sa collaboration avec eux, je me contenterai de prolonger mon stage à RLAP, où on m'a fait comprendre que ma présence était vivement souhaitée...bah oui c'est bien beau de vouloir tout informatiser, mais du coup ca crée un besoin de "database expert" (oui monsieur!), ma pomme.


samedi, septembre 03, 2005

La grande porte d'Amadya

Je suis mauvaise langue, en cherchant bien on trouve des trucs sur l'architecture kurde

http://mapage.noos.fr/piling/art/art_dragon_art.htm

"Ainsi sur la porte d'Amadiya où figure aussi le taureau et le lion. Cette enceinte a été reconstruite entièrement par l'atabeg turc Zengi (mort en 1146) après qu'il eut repris la ville aux Kurdes hakkari du Sinjar. L'influence des Yézidis, tout pénétrés de traditions avestiques est peut-être prégnante dans cet art local. Celle des Chrétiens et Sabéens de Haute-Mésopotamie aussi peut expliquer l'importance des signes du zodiaques associés à ce bestiaire fabuleux mais nous devons aussi rappeler que les douze figures du zodiaque ont servi aussi à représenter les Douze Imams pour les chiites.."

Cela explique sans doute pourquoi la porte a un faux air de Lego...

Perles immobilières

Ca ne s'arrange pas sur le front de la recherche d'appart...pénurie de logement sur Beyoglu. Je suis tellement accroc à ce quartier que j'écarte les annonces à Besiktas, Sisli ou pire Kadiköy (rive asiatique)...quand on habite à 5 minutes à pattes du boulot, on a du mal à s'imaginer prendre le vapur tout les matins...

Pénurie d'annonces, ou annonces exigeant des collocataires "foreign women only"...Gunce appelle ce numéro dans l'après midi, il y a une chambre libre. Je rappelle dans la soirée, le gars me demande "c'est pour vous même?" "oui" "la chambre est prise". Bravo connard, tu as passé le test de crédibilité.

Encore plus fourbe cette annonce à Besiktas, sans prix indiqué. "Combien pour la chambre?" Réponse "vous êtes d'ou?". Sentant le coup j'avoue quand même "De France..." "C'est 350 euros". Encore une fois très crédible, j'aurais peut etre du dire être Mauritanien pour avoir une ristourne?

J'attend pour 12h demain la réponse pour une petite chambre près de la tour de Galata...je suis 2eme sur la liste et ne me fais aucune illusion...tout ca risque de se finir sous le PONT de Galata!

mercredi, août 31, 2005

Courrier reçu par Kurdistan Blog Union....

Salut à toi l'aventurier du Kurdistan
Ca m´a fait plaisir de lire tes notes de voyage. Je crois ke tu es l´un des rares premiers touristes francais ki va visiter le Kurdistan d´Irak. Mais avant dans les années 80s c´était plus joli à voir en tt cas là où j´habitais (Berwarya), c´était encore la vie traditionnelle des montagnes (costumes, fêtes, music....). Mais après 1988 pratiquement tout a été rasé. Quand les gens sont revenus d´exode, beaucoup sont allés dans les villes. et la-bas c la modernisation, la mondialisation.... Du coup même quand ils sont retournés dans les villages qu´ils ont reconstruit, ce n´était plus la meme structure sociale, le même mode de vie.... Par exemple aujourd´hui les mariages ne sont pas fêtés comme il y a 20 ans de cela, c´etait plus folklorique et plus joyeux.
2 facteurs ont changé la société kurde et cela dans un laps de temps trés court: la modernisation, mondialisation d´une part, et l´islamisation d´autre part (tt cela dans les villes). c allucinant ca fait peur le changement ki s´est produit depuis la fin des 80s. l´islamisation gagne de plus en plus de terrain avec l´argent de l´arabie saoudite. c aussi à cause des autorités kurdes ki sont corrompues et ne se préoccupent pas de la population, ne créent pas un enthousiasme, de réelles perspectives d´avenir. Du coup les gens se tournent vers la religion.
Moi je pense k´il y a eu le Kurdistan et il y a ce k´il en reste.
Mais j´espere k´un nouveau Kurdistan naitra ki allie identité et modernité, tt en étant epargné par l´islamisation ki est synonime d´oppression et de chaos.
à une prochaine sûrement

Shino


mardi, août 30, 2005

Dur retour à Istanbul

Une semaine sans histoire, puis deux emmerdes successives:

1) Je croise mon loueur Onur dans la rue. Il part en vacances sur la côte sud. Quand je lui dis que ma nouvelle colloc arrive la semaine prochaine pour septembre, il me dit que "ce n'est pas sur" que je puisse rester, et qu'on en reparle vendredi (3 septembre). J'apprécie le "ce n'est pas sur" qui me met dans une position délicate...je peux de toutes façons rester au maximum en septembre et doit donc trouver un nouvel appart...ce sera difficile de trouver mieux!

2) Mon chargeur de PC me lâche. Je me dis que ce n'est pas bien grave, avant de découvrir le monde de l'informatique à Istanbul: 3 semaines minimum pour faire venir un p...... de chargeur HP à Istanbul. Il ne semble pas y avoir de boutique de pièces détachées, à part peut être à Mecidyeköy. Tout est fermé aujourd'hui (fête de la victoire), et je squatte le chargeur de Günce. Comme elle ne peut bien sur pas se permettre de me le laisser 3 semaines, je risque de me retrouver sans Ordi pour commencer mon nouveau stage...je serai à la rigueur occupé à chercher un appart en pleine rentrée des classes, donc c'est un moindre mal.

Bon il faudrait que je retourne au Kurdistan, moins de prise de tête la bas (plus facile d'échapper à l'UPK que de trouver un chargeur standard à Istanbul!!!!!!!!!!!)

Elle est longue la route d'Istanbul...

Le passage de la frontière est à nouveau pénible. Nous sommes pris en charge à Ibrahim Qalil par un taxi kurde de Silopi. 1h de queue sur le pont qui sépare les deux pays: nous obtenons un passe droit après que j'aie papoté avec l'officier turc qui dirige les soldats chargés de fouiller les voiture. Celui ci n'est pas franchement hostile: il fait son service militaire et visiblement se contrefout pas mal que nous revenions du Kurdistan. Il autorise notre taxi à se mettre sur la file des camions, nous permettant de gagner une heure précieuse. Nouvelle chorégraphie bien réglée, nous valsons entre les différents bureau: surprise, nous devons jurer à un officier de santé que nous n'avons pas eu de maladie bizarre en Irak du Nord. Celui ci me demande de lui écrire "avez vous eu de problèmes de santé" en français, suspectant peut être un afflux prochain de cars de touristes ;o).
Avant de faire tamponner mon passeport, un abruti s'intéresse à mon vieux Visa d'étudiant datant de de 2002...rien à faire, il l'emporte pour vérification ce qui nous fait bien perdre 30 minutes. Devant un officier de douane, toute explication ou tentative de communication est parfaitement inutile: j'ai beau lui dire "ce truc est dépassé, c'était il y a deux ans", il semble se demander si je suis bien en règle malgré mes beaux tampons datant d'il y à peine une semaine.

Nous fonçons finalement sur Silopi, où nous arrivons à 16h45. Le dernier bus "pour Istanbul" (ah que je suis naïf) part à 17h, j'échappe à une nuit de perdue! Je fais mes adieux à Roxane en partance pour Batman la mort dans l'âme (une journée de perdue par la faute de Sophie...), et qui passera finalement la nuit à la maison des professeurs d'Idil au nord de Cizre, faut de bus à cette heure tardive. Mon bus s'avère en fait aller à Adana. Nous y arrivons à 5h30 du matin après deux contrôles militaires (la route longe la frontière syrienne) minimalistes et détendus. 3h d'attente non prévues à Adana, ou je prend un bus pour Ankara: celui ci est un enfer: chaud, d'une lenteur exaspérante (60 de moyenne), musique de merde en boucle. 8h pour joindre Ankara, à 500 km...Une heure d'attente, et nouveau bus lent pour Istanbul. J'arrive finalement chez moi à 22H30 après 30 heures de voyage...35 depuis Amidya!!!




Amedi, Amidya, Amedye???

Je me suis personellement fixé sur Amidya, mais personne ne semble pouvoir se mettre d'accord. Nous partons d'Erbil à 13h: Khassoul notre chauffeur nous retrouve à l'hôtel à 12h et nous conduit au poste de police: oui, nous devons quand même récupérer les papiers "confisqués" l'avant veille. Au guichet je dois déposer mon appareil photo à côté d'une belle collection de flingues...je me dis qu'au moins il est en sécurité! Malgré un mauvais pressentiment tout ce passe incroyablement vite! Nous sommes dirigés vers un bureau au fond d'une petite cour: je crains le pire quand le préposé nous demandes des photos d'identité, mais devant ma feinte incompréhension (habitude prise en Turquie: quand police demander choses chiantes, moi soudain plus comprendre turc), il laisse tomber et nous rend nos papiers, après avoir calligraphié avec application mon prénom et celui de mon père. Thomas, fils de Pierre, commence à être connu dans toutes les adminitrations!!! Le plus drôle est que j'aurais très bien pu prétendre être fils de Mathurin ou d'Anatole sans craindre de représailles: personne ne m'a demandé d'extrait de livret de famille! Nous prenons donc la route de Mossoul dans la (puissante) voiture de Khassoul. Celui-ci parle un peu anglais mais n'est pas spécialement bavard. Il s'arrête à la demande (nous l'avons exigé au PDK) pour prendre des photos de ponts, payages, rivières. La route pénètre dans le Badinan, coeur du Kurdistan, siège d'un ancien royaume et région d'origine du clan Barzani...nous passons d'ailleurs par Barzan, petite ville qui ne semble pas avoir grand chose à offrir.

Au détour d'une colline, après 2 ou 3 heures de route (note pour la prochaine fois: 1h kurde = 1h30 GMT. 2h=3h, 4h=6. En gros multiplier par 1,5), la ville d'Amidya s'offre à nous: un piton rocheux à 1400 mètres d'altitude, 1km de long sur 500 de large (j'ai au moins trouvé cette info!).
Quelques informations trouvées à grand peine sur le net, et qui me semblent peu dignes de foi...: la ville serait pour la première fois mentionnée sur les tablettes des Assyriens sous le nom d'Amat, au IXeme siècle avant J.C. Elle a été la capitale du royaume kurde du Badinan, du XIIIeme siècle à 1842, date à laquelle l'Empire Ottoman a démantelé les émirats Kurdes...Jusque là tout va bien. Ensuite le site décrit le principal joyau de la ville, une porte du XIII ème siècle comme datant de l'empire Parthe, ce qui paraît plus que douteux.
Toujours est-il qu'arrivant à Amidya, nous demandons à Khassoul de nous conduire à la demeure de "Monseigneur Raban", évêque assyrien du diocèse d'Amediye (et non pas catholique comme l'a prétendu Roxane). Que nenni nous répond Khassoul, il a ordre de nous conduire au bureau du PDK. Nous sommes ici accueilli par un jovial moustachu, Yussuf Ahmed. La communication est d'abord difficile, puisqu'il ne semble pas parler un mot d'anglais: pure timidité, puisque ses souvenirs de lycée lui reviendront à sa grande surprire: le lendemain il bombe le torse en se caressant la moustache en me disant "I understand you" (pause) "and you understand me!!!". Il n'arrive visiblement pas à y croire, mais prend soin de le signaler à ses subalternes, à faire la leçon à son fils de 10 ans, et probablement à en informer sa femme dès son retour à Zakho.
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Soudain une cinquantaine de personnes font irruption dans le bureau: d'abord une vague de femmes pomponnées, ensuite une vague d'hommes sur leur 31. Ils viennent saluer 1 à 1 le chef du PDK (et dirigeant de fait de la ville) avant leur "cours du soir". D'après ce que j'en comprend le PDK organise "l'école du parti", probablement une petite propagande politique des familles: cela ne semble pas bien méchant: quand nous sortons du batiment du PDK les "élèves" sont assis sur des chaises de jardin et font semblant d'écouter un professeur qui leur explique quelque chose sur un tableau blanc. Au passage des touristes, ils ne font même plus semblant d'être attentifs: 50 têtes se tournent et nous suivent du regard! La scène se répète à notre retour une heure plus tard, d'autant que par mauvais esprit nous leur faisons des risettes et des coucou de la main...

Un jeune peshmerga (je me sens vieux au Kurdistan...) en civil nous accompagne pour une ballade dans les rues d'Amedi. Sa mission: nous trouver des vieux monuments: le jeunot a le nez creux, puisqu'il nous emmène directement à une magnifique porte de pierre. Il nous faut bien une heure et de nombreux cris d'extase pour la photographier sous toute les coutures!
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On reconnait ici le symbole du Badinan: deux serpents entrelacés (la ruse et le courage) surmontés d'un oiseau non identifié: cet oiseau est réputé pour s'ouvrir le ventre pour nourrir ses petits en cas de famine. Je sais que ce n'est pas un pélican, je pense pour un Ibis mais toute information est la bienvenue!!!! Quelques recherches plus tard: l'ANKA en culture mésopotamienne semble être le Phoenix...ce qui colle pas mal au gout des Kurdes de s'immoler à la première occasion.

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La route pavée (très très vieille) qui débouche de la porte descend en zigzaguant dans une vallée verdoyante, dans laquelle se trouvent quelques villages assyriens. Portant un panier de figues et de grenades (le fruit!), un homme la monte en soufflant comme un boeuf. Je compatis. Il s'arrête près de nous pour récupérer, et engage la conversation en excellent anglais. Il nous confirme que la porte a été érigée sous le reigne des emirs du Badinan, et nous parle d'un cimetière des princes du Badinan situé quelque part dans la ville. En guise de prince, nous nous contenterons pour l'instant de ce visage....

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...qui met Roxane au bord du pâmoison!! Après les tombes préislamiques de Salaadin, c'est notre principale découverte au Kurdistan.

Des hauteurs nous pouvons voir les ruines d'une très vieille Medrese (école coranique) perdue dans les broussailles, autrefois un centre culturel important.

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Notons également dans la ville une église en ruines, et une autre en activité. Ma fascination pour les chrétiens d'orient est récompensée, et je passe 2 minutes à la porte à écouter les chants liturgiques sans oser entrer. 30 à 35 familles assyriennes vivraient à Amedi, villes entourées de nombreux villages chrétiens.

La Mosquée ne présente que peu d'intéret. Son Minaret du XIIIème siècle nettement plus! Il rappelle trait pour trait celui d'Hassankeyf et une de ses faces (pour peu qu'un cylindre ait des faces) est criblées d'éclats d'obus, souvenir de la guerre Iran-Irak. (photos à traiter et à venir!)

Nous poursuivons notre déplorable habitude de troubler la vie quotidienne de la ville: ici un entraînement de foot au sérieux compromis: les jeunes sportifs viennent de nous repérer pendant leur échauffement, dans 10 secondes, plus personne ne court et tout le monde fait des coucous, même l'entraîneur.

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Pour la soirée, Younes nous convie à un endroit "more good than Amidya", ce qui promet. Deux jours de plus en sa compagnie et j'aurais probablement abandonné le "better" pour ce délicieux "more good". Loin de moi l'idée de faire mon pédant et de corriger sa grammaire, mon minable niveau de Kurmanci ne me le permet pas vraiment. "More good" en Kurde, signife malheureusement "plus moderne". Le village de Sulav situé à la sortie de la ville n'est qu'un groupement de restaurants, de bars, de boutiques de souvenirs et de vendeurs de barbe à papa...surréaliste, mais la région est prospère et les habitants pas spécialement austère! La vile servait de toutes façons de villégiature aux dignitaires du régime Baathiste. Nous avons donc le plaisir de nous régaler de tête de mouton (ce qui vaut bien les couilles de Diyarbakir) aux frais de la princesse. Un pont trop propre pour être honnête rappelle celui de Zakho, mais a probablement été reconstruit, voire récemment construit sur le même modèle.

Seul bémol de notre séjour à Amidya: le couchage. Alors que nous devions dormir dans une petite pièce dans les bureaux du PDK (spartiate mais propre), on nous ammène finalement dans un "hôtel" franchement répugnant, sans draps ni douches. Je dors sur mes deux puchis étalés sur le lit, et ma prochaine douche aura lieu deux jours plus tard à Istanbul!

Le lendemain matin visite de la Medrese en compagnie de deux peshmergas. Communication difficile jusqu'à ce que l'un deux apprenne que je parle turc. C'est tout de suite plus facile, même si son niveau est basique (appris à la télé!).

L'accès à la Medrese est acrobatique: descente à flanc de ruisseau boueux au milieu des ordures (l'écologie et les kurdes...). Roxane et ses vertiges ralentissent la marche. Les deux kurdes eux sautillent allégrement sans craidre de se salir les bottes. D'après mes recherches son nom est Qubad (un émir du Badinan), et elle était célèbre pour sa librairie, une des plus grandes du monde musulman....retour au bureau du PDK après quelques photos de bon goût.

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L'heure du retour a sonné, et nous montons dans une voiture qui nous conduira à la frontière...

(photos copyright www.roxanephoto.com)(qui tout comme moi a des relations nombreuses, haut placées, et armées jusqu'aux dents)

jeudi, août 25, 2005

La citadelle d'Erbil

La matinée est agréablement occupée à arpenter les ruelles de la ville fortifiée.

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Elle est habitée parait il par des familles ayant fui leurs villages rasés par les armées de Saddam.

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Si les ruelles étroites en terre battue sont peu reluisantes, les cours intérieures sont proprettes et garnies de l'indispensable carré de pelouse que chaque Kurde digne de ce nom semble devoir faire pousser. Venus de le but de faire quelques portraits d'enfants, nous sommes rapidement submergés par le nombre: très sourcilleux sur les questions d'équité, les petits kurdes s'estiment lésés si on photographie leur copain et pas eux.

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Vous tirant par la manche d'un air vexé, ils se font un devoir de vous le faire savoir et d'exiger réparation immédiate.

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Certains gamins tentant de se faire immortaliser plusieurs fois, les grands frères viennent faire le ménage à grand coups de taloches, prenant ensuite des poses viriles devant l'objectif. Si les petites filles n'agissent pas différemment de leur collègues, les petites ados ont une attitude toute autre: mines effarouchées, mains sur le visage et "non non non" énergiques de la main. Il serait hatif de le prendre pour de la pudeur: tournez les talons et elles courront se remettre dans le champ, ravissantes dans leurs robes traditionnelles: le premier refus n'est que de pure forme, coquetterie toute persane.

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Les mères de famille n'agissent pas différemment, finissant toujours par empoigner leur dernier rejeton pour poser fièrement devant leur porte, ce qui leur donne un prétexte pour être photographiée tout en respectant les convenances.

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Les hommes eux ne font pas tant de manière, meme si comme les peshmergas ils exigent un délai raisonnable pour rajuster leur coiffe et recoiffeur leur moustache. L'air viril et sonjeur du bon héros kurde semble acquis dès la naissance, même si il manque un peu d'originalité. Par respect, ils empoignent souvent l'ainé de la bande, vieillard superbe ou très décati, pour lui offrir un portrait individuel.

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Rien de particulièrement intéressant au niveau historique. Une petite mosquée au minaret couvert de céramiques et un vieux hamam que 10 gamins survoltés nous font visiter sont les seuls attraits de la citadelle, si on omet bien sur les murailles gigantesques, et une statue récente non identifiée devant la porte principale. Identifiée 2 semaines plus tard! C'est en fait la statue du poète Ahmede Khani.


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Une visite au bazar situé au pied de la colline me permet de me trouver un poushi au couleurs des Barzanis (rouge), plus convenable que mon pushi noir ramené il y a deux ans de Diyarbakir.

(photos 4 et 9 piquées avec la gracieuse autorisation de Roxane et non libres de droit!!! Bon après vous êtes prévenus, vous ne voudriez pas avoir le PDK à vos trousses....)





mardi, août 23, 2005

Erbil / Hawler

A Erbil, on nous dépose à l'hôtel "Sheereen" qui, comme nous l'avons demandé, se trouve à deux pas de la citadelle. Cela devient une habitude: voila deux hôtels que nous visitons à Erbil, et deux Turcomans que nous rencontrons: celà doit être une corporation spécifique, un peu comme les boulangers de la mer noire à Istanbul! Bref inutile de dire que cela facilite grandement la conversation: malgré mes efforts acharnés en Kurmanci, j'ai l'impression de parler anglais quand je peux enfin m'exprimer en turc tant cela parait facile! Je fais nettement moins le malin quand un vieux turcoman s'approche: là je ne pige plus un mot, et pourtant ca sonne bien comme une langue turque avec un fort accent arabe!

Nous sommes comme deux enfants apprenant à marcher: maternés par nos preneurs d'otages nous n'avons pas encore eu à nous débrouiller seuls! Les premiers pas dans Erbil sont grisants, et on réalise peut être pour la première fois que nous sommes deux touristes au Kurdistan Irakien! Un Kebab pas bon pas cher plus tard, nous échangeons nos premières impressions sur la bouffe de rue au Kurdistan: berk. Quelques pas dans le bazar, mais la nuit tombe déja et nous passons le plus gros de la soirée dans un cyber café.

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La forteresse de Saladin

Surprise! Dans la voiture qui nous conduit à Salahadin, nous retrouvons notre ami peshmerga de l'entrée. Il a visiblement décidé de ne pas perdre une miette de l'histoire et de ne pas nous lâcher d'une semelle. Le trajet est plaisant (débarassés de nos parasites nous sommes franchement joviaux), disco kurde à fond les ballons, blagues avec les deux soldats. Ceux-ci, visiblement choqués que JE leur offre des cigarettes (bah oui, on m'offre des paquets faut bien que ca fasse des heureux) font une pause ravitaillement sur le bord de la route et me fourrent d'autorité un pepsi glacé dans les mains. Petite réclamation aux kurdes d'ailleurs: pas de coca light dans ce beau pays c'est un vrai scandale.

Nous arrivons à Salahadin dans le bureau d'Ibrahim Hassan. Un petit peu plus classe que l'UPK à Mossoul, avouons le. Le secrétaire parle anglais, un employé parle français (avec l'accent suisse). Ibrahim Hassan, que, si vous avez suivi, j'ai appelé le matin même en catastrophe, nous reçoit dans son grand bureau. Je suis surpris par son air imperturbable, étant resté sur une bonne impression après son éclat de rire au téléphone. Son air important et officiel ne résiste pas au récit détaillé de nos aventures, et il ne peut pas s'empêcher de hoqueter quand je lui dit qu'Ahmed a menacé le chauffeur de taxi. Que l'UPK se mèle de faire la loi dans SA zone, ca lui paraît un peu fort...
On nous fournit un chauffeur pour nous conduire à la forteresse de Saladin, située à 20 km au nord à vol d'oiseau, bien 50 en suivant les routes de montagne. Il fait 50°, nous sommes à 2000 mètres d'altitude. Le cadre est sublime et Roxane fait arrêter la voiture toutes les 5 minutes pour prendre des photos. Il ne reste pas grand chose de la forteresse elle même, 5 tours sur un piton rocheux et quelques traces de murs...impossible de trouver la moindre doc sur internet donc désolé pour le manque d'infos historiques.


Au pied de la forteresse, un trésor archéologique: un cimetière kurde, visiblement pré islamique.
Les tombes sont à couper le souffle, et leur importance historique me fait monter les larmes aux yeux. Qui ne s'est jamais rêvé en Indiana Jones? Zone de guerre depuis les années 20 le Kurdistan Irakien n'a jamais du attirer beaucoup de touristes: plus encore que le kurdistan turc il doit regorger de trésors méconnus et non répertoriés...ces tombes couvertes de symboles païens et de sabres sont en parfait état dans un cadre préservé et inviolable.
Inutile de dire que nous photographions le site dans ses moindres détails (pour ceux qui se demandent pourquoi je n'ai pas publié de photos des jours précédents: elles sont sur le disque dur de Roxane et j'attend qu'elle rentre à Istanbul pour les récupérer...celles ci étaient sur ma clé USB!). Comme à Hassankeyf on frôle le malaise malgré les 4 litres d'eau emportés en prévision. Le chauffeur, qui n'a pas l'air de souffrir de la chaleur se paie le luxe de refuser la bouteille que je lui tends. En 3 h de ballade en plein soleil il n'acceptera qu'une gorgée d'eau: ces Kurdes sont des fous furieux!!

Le chemin du retour est idyllique. Si les montagnes sont arides, les vallées sont verdoyantes, et cultivées, véritables oasis dans le désert:

Un paysage de carte postale, à peine gâché par une persistante odeur de chèvre!



J'en ai des tonnes des comme ca, il suffit de tourner la tête pour pousser des cris d'extase à chaque instant. Pas difficile de comprendre pourquoi les kurdes se sont battus comme des lions pour ce pays!! De retour à Salahaddin nous récupérons nos sacs ainsi qu'un laisser passer du PDK sensé nous éviter tout problème éventuel...en route pour Erbil, dont nous n'avons encore rien vu par la faute de l'UPK. L'hôtel a été réservé, et un chauffeur nous attend à 12h le lendemain pour nous emmener à Amedi. Différence notable avec les méthodes UPK: maitenant on paie. On nous aide, on nous arrange tout, mais fin de l'aventure tout frais payés. Normal quoi. Oh j'oubliais un détail. Ibrahim Hassan hilare nous accueille à notre retour: "vos amis sont passés 1h après votre départ" nous dit-il. Stupeur! Je ne sais si c'est Sophie qui leur a vendu la mêche, ou si ils avaient chopé le nom au vol quand nous essayons de convaincre le taxi de démarrer...Bref Mr Hassan est ravi de nous apprendre que les UPKistes se sont débarassés du "paquet" et on même "exigé un reçu pour la livraison". Il nous confie ensuite qu'il a été glacial avec la grande envoyée spéciââle du Monde et qu'il lui a dit qu'elle "venait trop tard"...fin définitive de l'épisode. Le plus rigolo est d'imaginer Laurel et Hardy de retour à Mossoul en train d'expliquer comment ils se sont fait doubler par deux français en plein Kurdistan et que ceux ci se sont réfugiés au PDK :o)!!! D'après Roxane, vu l'incapicité génétique des Kurdes à reconnaître leurs torts, ils ne vont surement pas se dire que nous sommes partis par leur faute. La coupable pour eux est donc toute désignée..suivez mon regard!
Allez en route pour Erbil