lundi, juillet 04, 2005

Istanbul Hatirasi

Oui alors évidemment si je vous dis "réalisateur turco-allemand primé à Berlin en 2004", vous allez au mieux prendre un air d'intérêt poli, au pire vous mettre à ronfler. Si je vous dis que l'actrice principale de "Gegen die Wand" a derrière elle une brève carrière dans le porno, une lueur lubrique va peut être s'allumer, mais sans rapport avec l'intérêt artistique du film. Il n'empêche que Fatih Akin est un des réalisateurs les plus doués et les plus emballants en activité actuellement, et je ne dis pas ca par chauviniste pro turc: "Istanbul Hatirasi" (souvenir d'Istanbul), "Crossing the bridge" pour l'export, sorti il y a peu est un film-documentaire qui vous plonge en plein Beyoglu, vous immerge dans l'esprit de ce quartier d'Istanbul (ou je vis donc). Le principe est simple, un bassiste Allemand vient essayer de prélever le "son d'Istanbul", armé de son studio d'enregistrement portable et, soyons honnete, d'un carnet d'adresse long comme ma...très long. (Matt Damon, Ocean's eleven)
Notre ami Allemand fait le tour des plus grands musiciens turcs en activité, tape des boeufs avec les plus grands groupes, et trouve ca tout à fait normal. Dans l'ordre Baba Zula (chevelus psychédéliques cocaïnés), en concert spécial sur un bateau remontant le bosphore. Selim Sesler, jovial gitan dégarni, clarinnetiste de génie, a bien le droit à une demi heure rien que pour lui: je connais ce phénomène depuis 2 ans, vu qu'il a fait la réputation des mercredi soir du bar "Bade Hane" (voir post du 1er juin). Pour moi c'était juste un musicien de bistrot. C'est en fait le plus grand musicien gitan de Turquie (et donc probablement du monde), originaire de Thrace, autant à l'aise dans un bistrot louche plein de moustachus au regard ténébreux que empapilloné dans un orchestre de cour Ottoman.
Mercan Dede, DJ Sufi mixant rythmes électros et instruments tradis, en concert dans l'amphithéatre Açik Hava, Duman en répet à Babylon, la "diva" Sezen Aksu (j'aime pas) se succèdent. Découverte traumatisante, les premiers rappeurs turcs, qui squattent les banlieues bourgeoises de la rive asiatique. C'est mieux que le rap analphabète français, mais ca reste assez effrayant. ENORME coup de coeur pour "Aynur" chanteuse kurde, une voix à vous scotcher au fauteuil. J'achète le CD le lendemain, (eh oui, c'est légal) (eh oui, à 40 francs le CD en magasin on a moins envie de télécharger, étonnant non????). La miss est coquette, les photos sont léchées, limites aguichantes. Certains trouvent qu'elle ne fait pas assez militante. Je trouve perso bon signe que les kurdes ne se sentent pas obligés de s'afficher en Pouchi (keffieh) à côté d'une flamme: signe de normalisation!
Une partie du film est consacrée aux musiciens de rue, qui je connais tous de vue, la caméra se ballade dans les ruelles avoisinant l'Istiklal, que je parcoure les yeux fermés...bref un film à voir pour s'imprégner de l'ambiance et du rythme de Beyoglu, et pour comprendre pouquoi je suis bien déterminé à ne pas le quitter de si tôt.

2 commentaires:

Luc a dit…

je voulais justement te demander si tu avais vu le film. La bande annonce était vraiment géniale. ça sort dans une semaine ici.
Tu prends des vacances en août ?

Marie a dit…

Le film est effectivement formidable, les commentaires de M. Akin l´etaient un peu moins, bref son talent de d´orateur est loin d´égaler son talent de cinéaste, lui demande-t-on autre chose me direz vous????
je recommande vivement pour les adeptes de musique et quartiers envoutants