jeudi, novembre 30, 2006

Ca m'aurait étonné



Alors quand Tayip Bey est là on est tout gentil et on souhaite l'intégration de la Turquie, mais dès qu'on est peinard on retourne aux racines chrétiennes. On y aura cru 5 minutes à la nouvelle ouverture d'esprit de Yusuf Hoca, dit Benoit XVI... On ne peut pas lui reprocher d'insister sur le manque de liberté religieuse en Turquie: comme en France, la laïcité est matinée de "religion nationale", et les Chrétiens, mais surtout les Alevis, un poil plus nombreux, sont à peine reconnus, les Alevis n'apparaissant jamais dans les statistiques du pays aux "99% de sunnites"...



Mais ce retour aux racines chrétiennes fondamentales m'effraie au plus haut point "renouveler la conscience de l'Europe en ses
racines, ses traditions et ses valeurs chrétiennes, et à leur redonner
une nouvelle vitalité"
qu'il-dit..



.



Ce qui fait plaisir c'est cette belle communion de pensée entre Benoit et Bartholomée, inquiets du "rejet de la foi chrétienne" sur le continent Européen...peut-on "revengéliser"? Bon courage!





powered by performancing firefox

Nouvelles en vrac...

15 jours d'absence, ou "c'est quand même vachement plus facile de blogger quand on a rien d'autre à faire". Eh oui, nouveau boulot, nouvelles activité, et nouvelle version de blogger qui débloque...

Pas d'inspiration, déprime devant l'actualité et les têtes de mules turco-européennes engagées dans un jeu de "je te tiens tu me tiens par la barbichette" à Chypre. "Si tu débloques, je débloque, non toi, non toi d'abord". Difficile de prendre partie, rappelons tout de même que depuis le rejet du plan Annan par les GRECS en 2004 (à la différence des chypriotes turcs), on comprend qu'Erdogan attende un geste du camp d'en face. Négociations "ralenties" donc, et pas "gelées", malgré une ambiance de plus en plus glaciale.

Rendons grâce à Yousouf Hoca (Joseph Ratzzinger) pour son virage à 180°: il arrive à faire de son voyage en Turquie si menacé un succès relatif, grâce, il faut le dire, à la bonne volonté du gouvernement turc. Les excités du Saadet Parti m'ont bien fait rire, en une du "Métro" belge (oui bon, je prends le train le matin, je fais ce que je peux) : "Jésus n'est pas chrétien, c'est un prophète de l'Islam". Et vlan, encore un qui était surement Turc sans le savoir.

En souhaitant ouvertement l'adhésion de la Turquie, il renvoie à leurs études les "Avrupa Hristiyandir Hristiyan kalacak" (l'europe est chrétienne et le restera) de Vendée et du Béarn. J'ai quand même peur que cela aie du mal à passer et qu'il aurait préféré avaler un de ses petits chaussons dorés, mais j'applaudis.

Le dinosaure Sezer a quant à lui la même tolérance que le "petit père Combes" en France il y a 100 ans. Il en est encore à refuser aux minuscules minorités chrétiennes de Turquie (Arméniens, Grecs, Assyriens, Protestants) une amélioration de leur droit à la propriété et surtout la retrocession des biens saisis en 1974. Symbole de ces vétos répétés de ce gardien autiste d'une fause laïcité, l'orphelinat grec de l'île de Büyükada continue de pourrir sur pied.

Sur le front kurde, avouons que le cessez le feu est respecté par le PKK, moins par l'armée turque qui continuer de pourchasser des grappes de guerilleros dans les montagnes.

Voila pour un résumé superficiel des "dossiers du moment", promis, je m'y remets avec un peu plus d'application!


mardi, novembre 14, 2006

Qui a dit....

"(il ya eu" beaucoup de souffrances et à côté il y a des hommes et des femmes quelles que soient leurs origines qui ont également été victimes de cette injustice. Il n'y a pas de douleurs que d'un seul côté, mais des deux côtés" (...) "On ne peut pas demander aux fils de s'excuser des fautes de leurs pères".

Nicolas Sarkozy, en visite en Algérie. Amusant, ce serait presque mot pour mot l'argumentation de certains Turcs face aux demandes de reconnaissance du génocide arménien.

vendredi, novembre 10, 2006

Téhéran-Istanbul-Paris

Le cheminement d'une artiste iranienne, Roshanak Ostad qui devrait bientôt faire parler d'elle... elle se consacre actuellement, entre autres activités, aux illustrations de livre pour enfant...


J'avoue ma fascination pour "Mademoiselle Lune", qui bien que destiné aux enfants me fait totalement fondre!


(tous droits réservés!!)


(tous droits réservés)

Bon, je ne vais pas m'essayer à la critique artistique, parce qu'à part "wah, que c'est beau", je ne sais pas bien quoi dire!

Allez faire un tour sur ses différents sites...

http://www.roshangar.fr


http://roshangar.canalblog.com/

http://roshanname.canalblog.com/

et n'hésitez pas à la contacter!


Groove alla turca

Concilier deux de mes amours musicaux, funk et musique turque? C'est possible, grâce à MONSIEUR Burhan Öcal, et à son album "groove alla turca"... en toute objectivité, la performance surpasse celle de Mercan Dede qui pourtant n'est pas n'importe qui. Mais ici la fusion jazz-funk et musique rom d'Istanbul est parfaite. Le trompettiste Ilhan Ersahin s'y était essayé, aboutissant à une très plaisante fusion jazz-électro-orientale, sans plus.

La collaboration Laço Tayfa et Brooklink Funk Essentials était déja plus intéressante, avec notamment une reprise du mythique "Üsküdara Gideriken"....

Burhan Öcal, en touche-à-tout génial, met la barre un peu plus haut avec ce morceau "Nihavend longa", mon favori dans un album comportant d'autres bijoux comme "Kismet" et "Saz Caz"...



Plus kémaliste que Kemal, qui est Kemal Kerinçsiz ?

Publié sur le site Turquie Européenne, une petite retouche de mes différents articles sur le fielleux Kemal Kerinçsiz


Le prix Nobel attribué à Orhan Pamuk a permis de faire connaître en France les méfaits de l’article 301 du code pénal turc, qui condamne toute atteinte à "l’identité de la Turquie" (Türktür Türk kalacak (la Turquie est turque et restera Turque, slogan ultranationaliste), l’armée, la justice, le gouvernement. Cet article, dénoncé par tous les intellectuels turcs progressistes et par les observateurs européens, doit sa célébrité à un homme courageux et intègre, Kemal Kerinçsiz, président de la "Büyük Hukukçular Birligi" (grande union des avocats), "ONG" ultranationaliste qui se donne pour mission d’intenter un procès à tout intellectuel, journaliste, écrivain qui ose porter atteinte à l’évangile selon Alparslan Türkes (fondateur du MHP).

Avide de célébrité, il peut être rassuré, il rentrera dans l’histoire aux cotés du ministre de l’information de Saddam Hussein, Mohammed Saeed al Sahaf, celui qui annonçait la défaite pitoyable des armées américaines alors qu’elles entraient dans Bagdad. Tant d’abnégation, de coeur à l’ouvrage, de mépris du ridicule international méritent en effet tout notre respect. Kemal Kerinçsiz est un grand homme, qui se bat pour ses idées, jusqu’au bout. Quelques jours après le prix Nobel de Pamuk il allait attaquer L’ACADEMIE ROYALE SUEDOISE. Il avoue cependant devoir étudier le système légal suédois. Comme il le dit si bien,"notre pays est sous occupation culturelle et économique... l’impérialisme occidental a choisi sa nouvelle princesse (Elif Safak) pour soutenir les minorités ethniques, les partisans des USA, et de l’union européenne"

Il ajoute par ailleurs que les travaux de Pamuk "ne valent rien", et sont dignes d’un « auteur de troisième classe ». Il n’a d’ailleurs pu finir que "Neige" (Kar), et n’a pas réussi à lire plus de 50 pages des autres. On le croit sans peine ! Comment imaginer ce nabot moustachu fielleux et mégalomaniaque se délecter devant les savantes digressions de Pamuk sur les miniatures de l’école de Tabriz dans "Mon nom et rouge", les errances dans l’Istanbul crépusculaire du « Livre Noir », la description méticuleuse de l’« Hüzün » (spleen) stambouliote dans « Souvenirs d’Istanbul ».. Le pauvre homme avait l’impression de "perdre son temps !", et quand on voit la noble tâche qu’il a devant lui, on le comprend sans peine...

D’autres partis ultranationalistes, syndicats de profs ronchons et journaux illuminés crachent leur venin sur le pauvre Pamuk. C’est probablement la première fois qu’un prix Nobel provoque la "honte" d’une partie (ridicule) de son propre pays... Ce prix Nobel pose un problème de taille aux nationalistes turcs : comment concilier paranoïa au dernier degré ("tout le monde hait la Turquie") et reconnaissance internationale de la littérature turque ? Facile ! Si on a accordé le prix Nobel à Pamuk, et s’il a tant de succès à l’étranger, c’est UNIQUEMENT parce qu’il dit du mal de la Turquie.

D’ailleurs, ce vieux Kemal Kerinçsiz l’a bien compris : "le prix donné à Pamuk n’est donné ni à un Turc, ni à la nation Turque". Il ajoute même "le peuple turc ne pardonnera à Pamuk que si il REND LE PRIX et s’il fait des excuses publiques". Pamuk est "parfaitement au courant qu’on ne lui a remis ce prix que parce qu’il a dit que 1000000 d’arméniens et 30000 kurdes avaient été tués dans ce pays"...

Eh oui, si on est démocrate et apprécié à l’étranger, c’est parce que tout le monde en veut à la Turquie... de même, la reconnaissance internationale de Nazim Hikmet, déchu de sa nationalité turque et mort en exil, ou de Yilmaz Güney, mort en exil, n’est qu’une des stratégies perverses de l’anti-Turquie judéo-arménienne internationale...

Ce courageux guignol se voit systématiquement ridiculisé par des juges qui l’écoutent d’une oreille distraite et acquittent illico les agents de l’impérialisme. Baskin Oran avait proprement terrassé le procureur auteur de l’acte d’accusation consécutif à une plainte de Kerinçsiz en démontant point par point son brûlot, avec un mépris jouissif...

"L’"existence d’une minorité" est un fait sociologique. Il n’est pas du pouvoir de l’Etat de l’accepter ou de le nier. Si dans un pays, il y a un groupe non-dominant qui diffère de la majorité par différents aspects, et qui considère que ces différences sont une partie indissociable de son identité, alors les critères internationaux s’accordent sur le fait qu’il existe une minorité dans ce pays. Et à partir de là, ce qu’affirme l’Etat est sans importance." (trad sandrine alexie) "Ah, ces procureurs que nous voyons aujourd’hui, qui ont tenté de sauver le pays ! Il y a eu un Procureur militaire en 1980, qui disait dans son acte d’accusation : “Dans l’Est s’il neige, alors il gèle ; et quand on marche dessus, cette neige produit les sons khart-khurt. Le nom Kurde est dérivé de cela, donc il n’y a pas de groupe appelé kurde”. Bon, c’était lors du coup d’Etat militaire, alors nous pouvons comprendre. Nous nous disons : “Ce procureur n’a jamais entendu parler de la blague sur Hayri le canard”. Il y en a un autre, qui dans les années 1970, nous explique dans son acte d’accusation : “Les mots Turc (Türk) et Kurde (Kürt) sont une valeur commune combinée, composée de l’assemblage des mêmes lettres ". Il nous apprit ainsi que les lettres T, Ü, R et K sont les mêmes, alignées différemment et donc que les Kurdes sont en fait des Turcs. Et comme si ça ne suffisait pas, le même procureur militaire a pu dire, dans son acte d’accusation, que je vais lire verbatim, tellement c’est dur à croire : “Le nationalisme turc n’est jamais raciste, en accord avec notre Constitution. Au contraire, au lieu d’une vue raciste abstraite, il accepte un racisme national idéaliste, progressiste, unificateur basé sur l’unité d’une même culture et d’une même destinée.”Mais bon, c’était le coup d’Etat militaire, alors que ça nous plaise ou non, nous disons d’accord, nous comprenons." Mais en 2006, nous ne comprenons plus du tout. Dieu merci, il n’y a plus de dictature militaire maintenant, mais une Turquie qui s’avance sur le chemin démocratique qui mène à l’UE.

La suite est en ligne, et est du même tonneau ! Un vrai bonheur... Je ne résiste pas à citer ce morceau de bon sens

"Par exemple, l’article 39/2 de Lausanne se lit comme suit : “Tous les habitants de la Turquie, sans distinction de religion, sont égaux devant la loi.” Maintenant je souhaite pouvoir repérer celui qui interpréterait ça comme un “droit des minorités” puisqu’il ne parle même pas de “majorité”. Il n’est même pas fait mention de “nationaux” mais des droits de “tous ceux qui habitent en Turquie”, étrangers ou nationaux. Saviez-vous que cet article 39/2 était la proposition de la Délégation du gouvernement d’Ankara à la conférence de Lausanne ? Avez-vous jamais songé que si l’art. 39/2 avait été appliqué, c’est-à-dire que si l’Etat ne l’avait pas violé constamment jusqu’à nos jours, nous n’aurions pas ce problème stupide concernant les émissions de radio ou télévision en des “langues autres que le turc” ? N’avez-vous jamais pensé que sans de tels problèmes, le nationalisme kurde n’aurait jamais gagné en force ?"

Ca tombe sous le sens, mais ça reste d’une élévation de pensée totalement inaccessible à l’establishment turc ! Il est CLAIR, que si un enfant est éduqué dans sa langue maternelle, il voudra prendre les armes contre son pays. Le fait qu’après 80 ans de république négationniste les Kurdes soient toujours là et posent toujours problème n’effleure pas les courageux croisés : la seule solution est la répression, le fusil dans le dos de chaque citoyen.

Pour en revenir à Kerinçsiz, il est également responsable des procès contre Hrant Dink le journaliste turc arménien, de l’interdiction de la conférence arménienne prévue à l’université de bogaziçi, d’une tentative d’interdiction de la conférence sur la question kurde, et du procès de 5 journalistes ayant critique la décision d’interdiction de la conférence arménienne susdite. Il s’est aussi distingué en tentant de faire interdire la venue du Katolikos arménien en juin... C’est en le voyant en photo que j’ai réalisé que j’avais même touché de mes mains le grand homme, le repoussant (contrairement à ses séides au poil ras, il est tout petit et pas franchement impressionant) alors qu’il tentait de m’éjecter avec d’autres d’une exposition sur les émeutes de septembre 1955 en septembre 2005 !

Selon un article du journal Yeni Safak, Kerinçsiz a des fréquentations édifiantes dans les milieux négationnistes et l’Etat profond. Il a notamment participé en avril 2006 à une cérémonie visant à réhabiliter un fonctionnaire ottoman responsable de massacres d’arménien et pendu par le gouvernement provisoire de Mustafa Kemal. La filiation idéologique de ce triste cuistre n’est donc même pas "ultra kémaliste", elle remonte directement au comité union et progrès, aux fondement du nationalisme turc de la fin du XIXème siècle, aux inspirateurs de la "turquification", des émeutes anti-chrétiennes de septembre 1955, des massacres de 1895 et de 1915, aboutissant aujourd’hui aux caciques de l’Etat profond, du MHP, en passant par l’idéologue du MHP Atsiz, qui parvenait dans ses écrits à prouver dans ses écrits que les kurdes n’existaient pas mais qu’ils étaient quand même inférieurs, au colonel Türkes arrêté après la seconde guerre mondiale pour avoir tenté de pousser la Turquie dans le camp Nazi...

La suppression de l’article 301 permettrait à la Turquie de s’économiser une publicité négative dont elle n’a que trop peu besoin, et de mettre hors d’état de nuire des gens comme Kerinçsiz...

Le gouvernement AKP, soutenu en cela par le CHP (membre de l’internationale socialiste, rappelons le), se refuse, malgré les appels répétés de l’UE et des progressistes turcs, à retirer cet article, sous le prétexte que cet article ne constitue pas une entrave à la liberté d’expression et protège la république. On rappelle que la constitution militaire issue du coup d’état du 12 septembre 1980 affirmait protéger la liberté d’expression "SOUS RESERVE DE" (s’ensuivait une liste interminable de cas particulier rendant dans les faits impossible la moindre critique). La Turquie, citadelle assiégée, sous les menaces des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur, ne peut se permettre de laisser ses citoyens attaquer les fondements de la république…

vendredi, novembre 03, 2006

Le MP3 de la semaine

Aujourd'hui, je vous propose d'apprendre les "tics" nécessaires à toute conversation turque, grâce à cet excellent morceau des moustachus de Baba Zula: les paroles se composent exclusivement de ces parasites verbaux qui parsèment la conversation des jeunes turcs et turques "iste" "ya" "ondan sonra" et autre "yani" équivalents de nos chers "beeenh" "euuuh" et horripilant "'..'fin". Loin de moi l'idée de critiquer, je les emploie moi même à foison... en Turc!


jeudi, novembre 02, 2006

Réponse à Ara Toranian

Rebond gonflé de mauvaise foi dans Libération, signé par Ara Toranian, rédacteur en chef du magazine « nouvelles d’Arménie ». Inutile de revenir sur son passé d’activiste au sein de l’ASALA, je préfère me concentrer sur ses propos les plus récents. Après tout, comme le dit Patrick Devedjian à propos de son escapade au sein du mouvement « Occident », tout le monde peut faire des erreurs de jeunesse.

Ara Toranian met les protestations internationales qui ont suivi le vote par un parlement désertique de la loi sur la pénalisation de la négation du génocide arménien sur le compte du néo-jacobinisme et du refus de l’altérité. Rien de moins. On apprend donc que l’ensemble de la classe politique européenne et des intellectuels progressistes turcs et arméniens de Turquie sont des néo-jacobins. Il m’avait jusque là semblé qu’ils se battaient justement au contraire contre les jacobins turcs qui ont adopté à la fondation de la république le jacobinisme français en le poussant jusqu’à l’absurde. Mea Culpa.

Que cela plaise ou non à M. Toranian, les Arméniens de Turquie, de Hrant Dink au Katolikos Karenine II ont condamné cette loi liberticide. Hrant Dink, rédacteur en chef du quotidien arménien Agos a même déclaré qu’il viendrait en France se faire condamner pour que « ces deux mentalités irrationnelles se rejoignent pour me mettre en prison" .Cette initiative révèle pour lui "à quel point ceux qui nuisent à la liberté d'expression en Turquie et ceux qui cherchent à lui nuire en France ont la même mentalité". Il est rejoint en cela par son confrère Etyen Mahçupyan, journaliste arménien du quotidien Zaman, "Les actions dans le style de celle menée au Parlement français sont maladroites. Elles rapprochent la population turque de l'Etat, qui peut d'autant plus facilement la manipuler". Le rédacteur en chef d'un petit journal arménien appelle lui la diaspora a sortir de son rôle de victime et à arrêter de regarder vers le passé, glissant une petite pique sur le nécessaire développement de l'Arménie, peut être un peu plus important...

Mais tout cela avait été dit et redit il y a plus de deux semaines lors du vote de cette loi. Ara Toranian tente de réchauffer un débat qui, semble-t-il, s’était soldé par un embarras diplomatique pour la France, une énième poussée de nationalisme en Turquie, un boycott vite avorté des produits français, et un accord général en France pour dire que cette loi ne serait jamais entériné par le Sénat et tomberait des les poubelles de l’histoire. Selon M. Toranian, les 106 députés qui ont voté cette loi « connaissent bien le problème pour avoir dans leur circonscription des rescapés du «pays de l'épouvante» ». On apprend donc qu’être élu d’une circonscription donne des compétences d’historien. M Strauss Kahn, élu de Sarcelles, devient donc par la grâce de Dieu un expert des massacres d’Assyrien à la même époque. Les députés qui avaient fait voté la loi sur le rôle positif de la colonisation ont donc injustement été brocardés : étant les élus de circonscriptions abritant de nombreux Pieds-noirs, ils étaient très bien placés pour parler. Mieux encore, les députés ont « défendu l’honneur et la noblesse du Parlement ». Une loi votée dans un hémicycle désert par des députés en quête de réélection devient donc un acte chevaleresque, protégeant la république contre les méchants historiens « promoteurs d'un libéralisme sauvage de la connaissance historique ». La formule est splendide et mérite qu’on s’y arrête : certaines recherches sont légitimes, d’autres ne le sont pas, le parlement devrait tenir le rôle d’une haute chambre validant ou invalidant ce qu’il est possible de dire. On verra bientôt M. Toranian militer pour l’imposition en France d’un article 301 alafranca, qui lui permettra de devenir le pendant de l’inquiétant avocat ultranationaliste turc Kemal Kerinçsiz, sautant à la gorge de tout imprudent se permettant de dire du bien de la Turquie. M. Toranian réclamait en avril 2005 dans une interview donnée à l’Express le droit pour l’Arménie, menacée par 70 millions de Turcs et 10 millions d’Azeris, le droit d’exister. Faudrait-il attaquer M. Toranian en justice parce qu’il nie le fait que 15% du territoire Azeri, vidé de sa population musulmane, est actuellement occupé par l’Arménie, fait reconnu et condamné par la communauté internationale ? S’ériger en grand inquisiteur de l’histoire nécessite peut être un minimum de bonne foi et l’abandon d’un esprit partisan…

Mais le plus navrant dans ce texte reste l’impression que pour M. Toranian, cette loi n’est qu’un problème franco-français. Les réactions courroucées de la commission européenne, du prix nobel de littérature Orhan Pamuk, des intellectuels qui avaient luttés pour organiser la conférence arménienne d’Istanbul il y a un an ne l’atteignent pas. A l’en croire, la communauté arménienne de France est assaillie de toutes part par des hordes de Turcs assoiffés de sang, le négationnisme tient le haut du pavé, les agents de la Turquie sont partout. Le problème, c’est que cette loi n’empêchera pas les nationalistes Turcs en France de continuer à prétendre que l’Empire Ottoman n’a jamais massacré les Arméniens, mais qu’au contraire les arméniens ont génocidé les Turcs. Cette loi n’interdira pas à des « Comité Talat Pasa » de défiler en Allemagne. Elle donnera par contre des armes à ces mêmes nationalistes pour étouffer dans l’œuf le début de « dégel » entrevu en Turquie ces dernières années. Quand un pays au passé aussi chargé que la France se permet de donner des leçons, les loups gris ont beau jeu de hurler au complot international quand Hrant Dink, Baskin Oran, Murat Belge, Orhan Pamuk ou Elif Safak tentent dans leur pays de faire tomber les tabous.

Le vrai enjeu aujourd’hui, c’est le progrès de la démocratisation en Turquie, pas la tranquillité d’esprit de la diaspora arménienne en France. Mais une Turquie réellement démocratique, débarrassée de ses carcans idéologiques, en paix avec sa conscience, voilà qui enlèverait le pain de la bouche à M. Toranian. Il a raison quand il dit que la république turque s’est construite sur le cadavre d’un peuple. Mais il oublie de préciser que le fondement de l’identité et de l’unité de la diaspora, c’est le génocide et une vision du Turc qui est restée figée en 1915…

mercredi, novembre 01, 2006

Le Kurdistan sous les eaux

Des inondations exceptionnelles ont déja fait 20 morts au Kurdistan turc, dont 14 mortes dans un Dolmus circulant entre Diyarbakir et Mardin. Elles touchent notamment Diyarbakir et Silopi (ville frontière avec l'Irak), mais aussi à Batman, Urfa, Van et Sirnak. Difficile à croire quand on a vu ces villes en été sous la sécheresse...



Le village de çinar (source Firat)

Des centaines d'habitations sont sous les eaux à Diyarbakir, métropole où se sont agglutinées dans des bidonvilles les villageois chassés par les opérations de l'armée dans les années 1990. Ces inondations sont considérées par l'agence Firat comme la pire catastrophe naturelle dans la région depuis 50 ans.

lundi, octobre 30, 2006

Sarkozy et la Turquie

Exercice difficile : tenter de déterminer la position de Nicolas Sarkozy vis à vis de l’adhésion de la Turquie à l’Europe. Au delà de "Si la Turquie était en Europe ca se saurait" et "à l’école, j’ai appris que la Turquie est un pays qui fait partie du continent asiatique", ou "comment mettre la géopolitique au niveau de mon Labrador ?", quelle est la position du potentiel "Fransiz Halkin Önderi" ? (chef du peuple français, en paraphrasant un peu Öcalan, lui-même chef du Parti des Travailleurs du Kurdistan)

M. Sarkozy parle à son électorat, de préférence avec des mots pas trop compliqués. "Si la Turquie adhère, pourquoi pas le Maroc", reste dans la ligne traditionnelle de la droite. On remarque que Roselyne Bachelot était allée beaucoup plus loin avec un "pourquoi pas l’Afghanistan ?" qui en disait long sur sa perception de ce qui se situe à l’ouest de la Loire. Amalgamer la Turquie au reste du monde musulman, c’est caresser l’électeur dans le sens du poil, celui qui avait dans les années 1980 peur de l’adhésion des “métèques” Espagnols ou Portugais, plus récemment des hordes de plombiers venus d’outre-rideau-de-fer.

La peur est l’une des armes préférées de Sarkozy. Ce qui marche (pour lui) dans les banlieues marchera bien avec la Turquie : "on aura fait du problème kurde un problème européen. Formidable ! Il restera à faire du Hamas et du Hezbollah des problèmes européens, parce que si (l’on) considère que la Turquie est européenne, il faut tout de suite penser au Liban, sans oublier Israël, parce qu’Israël est plus européen que la Turquie". Capable de faire apparaître en France des attaques de bus au cocktail molotov dignes du TAK (groupe terroriste des Faucons de la Liberté du Kurdistan ayant revendiqué plusieurs attentats depuis plus d’un an en Turquie) à Istanbul le printemps dernier, M. Sarkozy s’inquiète de la question kurde.

Notons également le "toujours plus", le "si la Turquie adhère bientôt ce sera le Turkménistan, après tout ils sont Turcs" qui ne mange pas de pain et fait gagner des voix. Comme le disait Goebbels, "plus c’est gros plus ça marche", l’essentiel est de le répéter souvent : "si la Turquie rentre, le Liban Israël, l’Algérie, le Maroc" suivront. On vous ment, protégeons l’Europe chrétienne.

Pas encore utilisé par M. Sarkozy, l’argument de la solidarité turcophone. C’est Philippe de Villiers qui avait cru bon d’informer le bon peuple que la Turquie, dès son adhésion, ouvrirait les vannes aux hordes turcophones d’Asie centrale, parachevant ainsi le travail de Tamerlan. Remarquablement informé sur le droit de l’immigration turc, il affirmait sans rougir que tous les citoyens des républiques turcophones peuvent rentrer en Turquie sans Visa, et seront donc de fait intégrés à Schengen. Car "100 millions de Turcs en 2020", à tout prendre, ça n’effraie pas assez. Allons y pour 150, et en plus ceux-là sont vraiment bridés.

La question de la frontière est également parfaite pour effrayer les bonnes gens. "UNE FRONTIERE AVEC l’IRAK !", bouh ! L’Europe s’est construite avec le rideau de fer en frontière orientale et avec les missiles russes à portée sans jamais que ça ne pose un problème, l’Europe a une frontière avec le Surinam, le Brésil, la Biélorussie, la Chine du temps que Hong Kong était Britannique et Macao Portugais, l’Europe a laissé le conflit ougoslave se dérouler à sa porte sans être fichue d’intervenir et sans en être déstabilisée autrement que moralement. Et surtout ne pas dire que de l’autre côté de la frontière turque, c’est plus calme et plus sûr qu’aux Tarterets, cela serait un mauvais coup de pub.

La question du "partenariat privilégié" brandi à tout bout de champ est une autre manière de tabler sur l’ignorance des bonnes gens. En tant qu’Etat officiellement candidat, la Turquie est DEJA un partenaire privilégié, bénéficie d’aides européennes, subit une Union Douanière depuis 1994 (et Balladur, donc on peut supposer que M. Sarkozy est au courant), et intègre l’acquis européen à grandes lampées malgré les diverses oppositions nationales. En fait c’est une façon de s’en tirer à moindre frais en disant "mais attendez je n’ai rien contre ce grand pays" ! Cela sonne un peu comme le "que proposer à notre amie la Turquie" du site Non à la Turquie...

OPA sur la religion

Un autre aspect fascinant, et très diffusé à droite (VGE, Bayrou , De Villiers), c’est l’introduction dans notre beau pays laïque de la religion dans le débat politique. La laïcité française a de grandes similitudes avec le modèle turc : neutralité envers les religions, mais bâtons dans les roues des religions autre que la religion "d’État". Pas d’églises en Turquie, pas de mosquées en France. Parce que bon quand même, ce sont nos "racines". Amusant, la langue bretonne c’était "le piquet auquel est attaché la chèvre", l’empêchant d’aller voir plus loin que son champ, mais l’Identité Chrétienne, c’est la base, le socle commun, ce qui fait qu’un Roumain, en toute logique, est plus proche d’un Finlandais que d’un Turc, un Serbe d’un Portugais que d’un Bosniaque.

On se demande pourquoi les analogies ne valent que dans certains cas. Il y a des racines inacceptables (repli identitaire communautaristo-fascsite) et des racines inattaquables (défense de l’identité chrétienne contre la "dilution").Comment se positionner quand on est athée et Breton ? Vous devez accepter d’être Chrétien même si vous ne l’êtes pas, oubliez d’être Breton même si vous l’êtes. On se charge de défendre votre identité, même si vous ne pensez pas qu’elle soit la vôtre. Quant à la vôtre, elle est indéfendable. Je m’y perds. Et je m’égare. Reprenons.

La laïcité c’est un très joli mot, ça peut servir à interdire plein de choses gênantes, mais quand un Etat "musulman à 98%" (pauvres Alévis) pointe son nez, on se souvient soudain que nous sommes "qu’on le veuille ou non" (non !) un pays chrétien, et l’Europe une civilisation chrétienne. Je n’ai jamais compris que personne ne relève cette contradiction apparente entre "protégeons nos racines chrétiennes" et le centenaire de la séparation de l’église et de l’état. Il est vrai que je viens d’un "pays de Chouans", alors je suis mal placé pour parler. Ou peut être faut il accepter de bientôt voir, grâce aux caméras de M. Villepin, nos ministres plongés dans une prière collective avant l’ouverture de la séance ? Gageons qu’Azouz Begag se fera tout petit sur son tapis, pour ne pas heurter la laïcité de ses collègues.

Je n’attends qu’une chose : l’invocation de la menace chiite à nos portes en parlant des Alévis. Après tout, ils sont inlassablement présentés comme "Chiites hétérodoxes" dans des ouvrages très sérieux. De la à faire des Cemevis (lieux de culte alévis) des cellules dormantes du Hezbollah et des bases avancées de l’Iran, il n’y a qu’un pas, qui sera, j’en suis sûr, franchi très prochainement.

Yeni Ufuklar...

Difficile d'être assidu sur ce blog, mais promis ca va bientot se normaliser. Nouveau boulot, et nouvel engagement: je vais maintenant collaborer avec l'association Turquie européenne, notamment en écrivant pour leur site internet... tout en continuant à écrire ici, dans un style plus "relâché"... En liens, sous les archives du blog, le fil info de Turquie Européenne qui propose des liens vers les derniers articles, actualisé automatiquement...

Rendez vous chez eux !


jeudi, octobre 26, 2006

Le MP3 de la semaine

En raison de problèmes techniques indépendants de ma volonté, autant avouer qu'il est dur de trouver tous les jours un MP3 à publier! Patience, je récupère bientôt toute ma "mp3thèque"...

Aujourd'hui, un grand classique turc, qui malgré un fond résolument gauchiste est à peu près consensuel en Turquie (en tous cas je l'ai vu chanté à la TRT, donc bon). Yigdim Aslanim (mon brave lion) a été écrite et grandement popularisée par Zülfü Livaneli après la mort du révolutionnaire Deniz Gezmis, à la carrière aussi intense que brève, puisque après avoir fondé "l'armée populaire de libération de la Turquie" (THKO: Türkiye Halk Kurulus Örgütü) en 1970, il est arrêté en 1971, torturé, et exécuté le 6 mai 1972.

Il est considéré comme une icône par la gauche en Turquie, et le CHP, dont fait partie le chanteur Zülfü Livaneli, qu chante sur le morceau que je vous présente ici (vous voyez, c'est cohérent hein?), a présenté le 6 mai 2006 une loi pour la réhabilitation de Deniz Gezmis et de deux de ses camarades exécutés avec lui.


Le prénom "Deniz" (mer) a acquis une connotation "de gauche" bien marquée. Le TKP (parti communiste turc) avait pour coutume de choisir un deuxième prénom pour les enfants de ses militants, et les Deniz, masculins ou féminims, figuraient en très bonne place au palmarès. Vaut mieux ça que de s'appeller Alparslan. J'ai longtemps cru qu'une autre chanson de Zülfü Livaneli "Hosçakal Kardesim Deniz" (au revoir mon frère Deniz) était un autre hommage. Mea Culpa, c'est en fait un poème de Nazim Hikmet, "au revoir, mer, ma soeur". N'empêche, il doit y avoir un double sens.

Yigidim Aslanim donc, dont le refrain est "Yigdim Aslanim, burda yatiyor" (mon brave lion repose ici).


Négocier avec les terroristes

Le chef de l'Etat Major de l'armée turque, Yasar Büyükyanit, a récemment rappelé la position de l'armée turque quant à la manière de régler le conflit avec le PKK: on ne négocie pas, et on les zigouillera jusqu'au dernier. Une stratégie qui a fait ses preuves depuis 1984, avec le refus répété de tenir compte des "cessez le feu" unilateraux proclamés par Öcalan. Il est faux de dire que le PKK les proclame systématiquement en position de faiblesse. Du fait de l'expérience militaire incontestable de ses combattants, de leur "talent" indéniable pour la guérilla, de leur extrême connaissance du terrain et de leur capacité à jouer avec les frontières, les combattants du PKK seront toujours en mesure de porter des coups à l'armée turque. Rien de décisif, il est impensable qu'ils parviennent jamais à tenir durablement un hectare de terre du Kurdistan nord. Mais tuer des conscrits, faire exploser des véhicules militaires, "produire" du "martyr" quotidiennement, justifier le pouvoir des militaires en Turquie, ça ils le peuvent.

"On ne négocie pas avec les terroristes", un adage régulièrement infirmé par l'histoire. En effet on ne négocie pas avec un Ben Laden, qui n'a pas de revendication réelle, avec un Zarkaoui qui ne visait que le chaos. Mais la France a négocié avec le FLN, malgré les cris d'orfraie des militaires, la Grande Bretagne a négocié avec l'IRA en 1923, les Russes négociaient avec les tchétchènes avant que Poutine ne s'en mêle. Ces pays étaient toujours en position d'écraser la rebellion. Evidemment, naturellement, un Etat structuré a toujours les moyens d'anhiler militairement un mouvement séparatiste. La France aurait pu, après le succès militaire de l'opération Challe, continuer à tenir l'Algérie en y maintenant quelques centaines de milliers de conscrits.

Ankara était toute fière récemment de citer l'exemple espagnol, en disant que Madrid ne négociait pas avec l'ETA. C'était vrai du temps du semi-franquiste Aznar, celui qui tenait absolumnent à attribuer aux basque les attentats de Madrid de mars 2003. Seulement voila, Zapatero négocie avec l'ETA, laquelle a proclamé un "cesse le feu permanent" en mars. La droite proteste, mais Zapatero est appuyé par l'ONU, et par un vote du parlement européen hier. L'Espagne, serait donc peut être en mesure de mettre fin à 40 ans de guerilla urbaine, assassinats politiques, racket, mais aussi répression féroce sous Franco et dans les années 80, grâce aux sinistres "GAL" qui poursuivaient jusqu'en France avec la complicité de Mitterand les indépendantistes basques, violents ou non. Beaucoup d'entre eux étaient cachés en Bretagne... Malgré les ultras irlandais et les fanatiques "loyalistes", le conflit nord-irlandais est en voie de résolution. Dans ces deux cas, les organisations indépendantistes ont pris les devants en affirmant renoncer à la violence.

Bien sur le PKK est un interlocuteur peu fiable, et les Turcs ont beau jeu de citer jusqu'à la nausée l'exemple de 1993, quand un commandant du PKK opposé au cessez le feu avait procédé au massacre d'une trentaine de conscrits désarmés. 13 ans plus tard, cet assassinant justifie encore pour Ankara le refus absolu de négocier. En 1993, la mort mystérieuse de Turgut Özal, partisan d'une solution négociée, avait mis fin aux espoirs de paix, pour le plus grand bonheur des militaires.

Il reste que depuis la proclamation du cessez le feu, les combats ont sensiblement diminué: les accrochages sont de l'initiative de l'armée. Le PKK, comme annoncé, ne fait que se défendre. Mais il se défendrait encore mieux en retirant toutes ses troupes du Kurdistan Nord, comme il l'avait fait, à l'appel d'Öcalan qui craignait la corde, en 1999.

La Turquie n'est pas le dos au mur. Personne ne lui demande de donner l'indépendance au Kurde, malgré les gémissement des nationalistes qui accusent l'Europe de vouloir "enlever un morceau de Turquie". Droits culturels, investissements, intégration sans assimilation, c'est ce que la France n'avait pas voulu faire en Algérie, et avait commencé à faire quand il était déja trop tard.

mercredi, octobre 25, 2006

Les affinités électives

Une fois n'est pas coutume, faisons un petit tour en Europe de l'Est. Avoir vécu quelque mois en Hongrie ne me donne aucune expertise sur la question, mais j'aimerais quand même dire un mot de ce qui s'y passe depuis près d'un mois, notamment pour réagir à cet article du Figaro d'hier. D'après le journaliste Stéphane Kovacs, à priori d'origine hongroise, la police à violemment réprimée une manifestation pacifique de retraités, de femmes et d'enfants protestant contre un méchant gouvernement de gauche menteur. Il met entre guillement les déclarations de la police affirmant que de nombreux manifestants possédaient "des objets dangereux". Pourtant d'après la presse hongroise, de nombreuses personnes arrêtées possédaient des couteaux ou des barres de fer.


Là où on croit rèver, c'est quand le mot "extrême droite" n'est pas une seule fois prononcé. Rendons grâce à Libé et le Monde qui ont systématiquement dénoncé ces manifestants comme fascistes et ont donné la parole à des intellectuels hongrois écoeurés par la tendance toujours plus dure du FIDESZ. Or c'est bien de celà qui s'agit: une tentative de groupuscules fascisants et de hooligans de prendre Budapest en otage et de faire tomber un gouvernement démocratiquement élu par la force. Le parti FIDESZ deViktor Orban a fait sa campagne en Avril 2006 sur des thématiques populistes et nationalistes. Des amis juifs du Budapest s'inquiétaient de relents d'antisémitisme. Hier, un groupe de "motards nationalistes" défilaient: sur leur dos, l'inscription "Motard Goy" (non juif). Charmant. La magnifique Synaguogue de la rue Dohany a été caillassée par des Skinheads. Ces manifestants injustement réprimés par la police brandissent des drapeaux à rayure rouge et blanches, ceux du régime nazi hongrois, interdits par la loi. Ils sont partisans de la "grande hongrie" avec des vues sur la Roumanie, la Slovaquie, la Serbie et la Croatie.

Ces manifestants, qui se sont déja signalés en occupant la place du parlement et en envahissant la télévision publique (les personnes arrêtées sont déja considérées comme "prisonniers politiques"), sont tout sauf "pacifiques" et "démocratiques", et constituent un danger pour la démocratie hongroise. La minable "solidarité" de droite montrée par le président du Parti Populaire Européen Wilfried Mertens, qui a encouragé les manifestants, et par le président de la commission européenne Barroso, qui a reçu le sinistre Viktor Orban, est tout simplement affligeante. Comme si toute protestation de droit était bonne à prendre. J'espère simplement qu'il s'agit d'un manque d'information. Rappelons tout de même que le PS français a soutenu Laurent Gbagbo, nominalement socialiste, pendant des années, la connerie et la mauvaise foi n'ont pas de camp.

La tentative de coup de force des fascistes et populistes hongrois est une mauvaise caricature des "révolutions" qui ont secoué la Serbie, la Georgie et l'Ukraine. Les Skinheads qui ont envahi la télévision publique arguent de leur "droits démocratiques" à le faire, la droite hurle quand des femmes et des retraités sont touchés par les gazs lacrymogènes, sans relever le fait que manifester avec des Skins comporte quelques risques assez prévisibles. La position d'Orban serait presque touchante du puérilité: il demande la démission d'un gouvernement élu il y a 6 mois, sans préciser ce qu'il souhaite: le pouvoir, même sans majorité à la chambre. Il n'accepte toujours pas d'avoir été battu en 2002 et en 2006, comme si la démocratie ne fonctionnait que quand elle lui donne raison.

Image Hosted by ImageShack.us

En Bulgarie un parti fasciste, Akala, fait campagne sur l'interdiction du parti de la minorité turque, l'interdiction des langues minoritaires. En Pologne des jumeaux antisémites et homophobes dirigent le pays, en Slovaquie l'extrême droite rentre au gouvernement, en Russie...pas la peine d'en parler. En France, rien ne pousse à l'optimisme, vu le profil de plus en plus inquiétant de notre Hongrois à nous.


samedi, octobre 21, 2006

"Il a pris six mois fermes en interro d'histoire"

Excellent papier dans "rebonds" de libération...rien à redire!

"Puisqu'il s'agirait de pédagogie, imaginons ce que donneraient ces lois appliquées dès l'école. Interrogé en classe, un élève devrait prendre la précaution de répondre : «Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat.» Et si jamais il répond quand même, sa phrase introductive devrait être: «Je jure de dire l'Histoire, toute l'Histoire, rien que l'Histoire.» C'est une manière radicale de restaurer l'autorité et la discipline à l'école. La distribution des prix aura lieu au tribunal. On imagine des parents aller chercher leur enfant à la sortie de l'école et s'inquiéter de ne pas l'y trouver jusqu'à ce qu'un professeur les informe : «Il a pris six mois ferme en interro d'histoire.» «Maman, je suis tombé sur la Turquie, dira le pauvre enfant. J'avais fait l'impasse, mais, sur le Rwanda, je savais tout.» Quand on copiera sur un voisin qui s'est trompé, on risquera d'être inculpé de complicité. Sans compter les malentendus, comme l'enfant qui dira «J'avais pas révisé, je croyais que c'était interdit», parce que le sens du mot «révisionnisme» lui aura échappé. Comme nul n'est censé ignorer la loi, nul ne sera censé ignorer l'Histoire. Espérons que cette rigueur ne s'appliquera pas aux autres matières, l'orthographe, les mathématiques, la chimie. Sinon, les jours d'interrogation écrite de physique quantique, la liberté ne sera plus qu'un souvenir pour la majorité d'entre nous. Le seul avantage, ce sera pour la réinsertion : un mois avec sursis et soixante-dix heures de cours d'histoire."

Mathieu Lindon

vendredi, octobre 20, 2006

Erasmus au Kurdistan

Non bon, je plaisante, ca n'existe pas encore. Mais selon un article de Firat News, les universités du Kurdistan sud ont reçu 1230 candidatures d'étudiants étrangers, dont 524 de Turquie, 415 de Syrie, et 219 d'Iran. Le compte est presque bon: les candidats viennent probablement tous des régions kurdes de ces pays. 300 d'entre eux seront, après examen, admis à s'inscrire.



La principale université du Kurdistan, celle de Salahaddin, accueille déja 18 000 étudiants dans des locaux flambants neufs. Les deux autres grandes villes du Kurdistan, Duhok et Suleymanye ont également leur université.



Campus à l'américaine, mixité totale, et site web aguicheur illustré par des photos de jeunes filles kurdes "à l'occidentale". L'admission d'étudiants kurdes de l'étranger est une excellent nouvelle pour les rapports transfrontaliers entre Kurdes. On peut de plus supposer que les étudiants qui auront fait le choix de poursuivre leur cursus au Kurdistan sud y resteront...

mardi, octobre 17, 2006

le MP3 du jour

Petit changement de décor, on passe du rock kurde de l'immigration au classicisme le plus pur...



"Di xwe de" (en rêve), chanté par le kurde syrien Mihmed Shexo (1948-1989) est une histoire d'amour , chantée dans le style élégiaque du Stranbej...comme dans le "uzun hava" anatolien (turc, kurde, alevi), les cordes se contentent de souligner la voix (exceptionnelle) du barde... on s'éloigne ici beaucoup du style kurde de Turquie, avec une voix profonde, des notes soutenues jusqu'à la rupture, et des nuances et variations tout à fait différentes...assez déroutant.

Au risque de me fâcher avec la personne qui m'a transmis ce morceau, je dois avouer préférer le style anatolien...le débat est ouvert!


lundi, octobre 16, 2006

Kemal Kerinçsiz est un GENIE


Je retire tout ce que j'ai dit sur le président de l'union des avocats nationalistes: ce type est GIGANTESQUE. Il rentrera dans l'histoire aux cotés du ministre de l'information de Saddam Hussein, Mohammed Saeed al Sahaf, celui qui annonçant la défaite pitoyable des armées américaines alors qu'elles entraient dans Bagdad. Tant d'abnégation, de coeur à l'ouvrage, de mépris du ridicule international méritent en effet tout notre respect.


Kemal Kerinçsiz est un grand homme, qui se bat pour ses idées, jusqu'au bout. Il vient d'annoner qu'il allait attaquer L'ACADEMIE ROYALE SUEDOISE pour avoir osé descerner le prix nobel de littérature à Orhan Pamuk. Il avoue cependant devoir étudier le système légal suédois.

Il ajoute par ailleurs que les travaux de Pamuk "ne valent rien", et sont dignes d'un auteur de troisième classe. Il n'a d'ailleurs pu finir que "Neige", et n'a pas réussi à lire plus de 50 pages des autres. On le croit sans peine! Comment imaginer ce nabot moustache fielleux et mégalomaniaque se délécter devant les savantes digressions de Pamuk sur les miniatures de l'école de Tabriz dans "Mon nom et rouge"... Le pauvre homme avait l'impression de "perdre son temps!", et quand on voit la noble tâche qu'il a devant lui, on le comprend sans peine...

D'autres partis ultranationalistes, syndicats de profs ronchons et journaux illuminés crachent leur venin sur le pauvre Pamuk. C'est probablement la première fois qu'un prix nobel provoque la "honte" d'une partie (ridicule) de son propre pays...




Liberté Egalité Stupidité


C'est la une "hürriyet" ce matin. Ce quotidien est plutot nationaliste et est parfois mal placé pour donner des leçons de stupidité, mais avouons que le titre est bien trouvé... la bonne nouvelle c'est que les journaux turcs (certains) se font honneur de répéter que les historiens, journalistes et de nombreux politiques français condamnent cette loi, qui ne représente au final que 106 députés sur 600, issus de circonscriptions comptant d'importantes communautés arméniennes... on ne peut qu'applaudir les efforts de rapprochement des diplomaties françaises et turques...

samedi, octobre 14, 2006

Le prix de Pamuk diversement apprécié

Le prix nobel de littérature remis à Orhan Pamuk est une bénédiction pour les démocrates turcs, et un beau pied de nez aux politicards français, à ceux qui ont voté comme à ceux qui se sont abstenus pour éviter les ennuis.

Mais il pose un problème de taille aux nationalistes turcs: comment concilier paranoïa au dernier degré ("tout le monde hait la Turquie") et reconnaissance internationale de la littérature turque?

Facile! Si on a accordé le prix nobel à Pamuk, et s'il a tant de succès à l'étranger, c'est UNIQUEMENT parce qu'il dit du mal de la Turquie.

D'ailleurs, ce vieux Kemal Kerinçsiz (président de l'union des avocats nationalistes) l'a bien compris: "le prix donné à Pamuk n'est donné ni à un Turc, ni à la nation Turque". Il a même ajouté (et j'en glousse) "le peuple turc ne pardonnera à Pamuk que si il REND LE PRIX et s'il fait des excuses publiques". Pamuk est "parfaitement au courant qu'on ne lui a remis ce prix que parce qu'il a dit que 1000000 d'arméniens et 30000 kurdes avaient été tués dans ce pays"...

Eh oui, si on est démocrate et apprécié à l'étranger, c'est parce que tout le monde en veut à la Turquie... de même, la reconnaissance internationale de Nazim Hikmet, déchu de sa nationalité turque et mort en exil, ou de Yilmaz Güney, mort en exil, n'est qu'une des stratégies perverses de l'anti-turquie internationale...

D'autres, comme Bulent Arinç (doyen du parlement) le félicitent, tout en lui demandant de se positionner vis à vis de la loi française sur le génocide...

Piège évité, Pamuk, comme TOUS les démocrates turcs, est CONTRE cette loi...Franchement la liste de ceux qui condamnent cette loi va finir par être plus longue que celle des produits français à boycotter en Turquie...