lundi, février 26, 2007

Le degré zéro du journalisme

Extrait d'une dépêche AFP titrée "les minorités irakiennes menacées de disparition" et reprise dans "Le Monde"

Ces minorités (chrétiens arméniens et chaldo-assyriens, Baha'is,
Failis, Juifs, Mandéens, Palestiniens, Shabaks, Turkmènes et Yezidis)
représentent 10 % de la population du pays. Certaines sont installées
depuis plus de deux mille ans en Irak et sont visées par les
communautés chiites, sunnites et kurdes dans la montée en puissance de
la bataille pour le pouvoir et les terres.

On atteint le sommet! Je sais je sais, il faut respecter des règles absurdes avec un nombre de "signes" sacré par page, et surtout, surtout ne pas fatiguer le lecteur. Avec trop d'informations.



Que retient on de ce résumé terrifiant? L'Irak est un énorme merdier du Nord au SUD, avec un massacre général des minorités par les méchants Arabes sunnites et chiites et par les Kurdes.



Alors bon, si on rentre dans les détails, il est hautement improbable que les Kurdes massacrent des Yezedis. Eh oui, ils sont kurdes, mais ca serait trop finasser. La situation des Assyro-chaldéens n'est pas la même à Bagdad et à Amedi ou Duhok, et de nombreuses familles chrétiennes émigrent d'abord au nord, où certes tout n'est pas rose, mais où la probabilité de se faire déchiqueter par une bombe humaine est faible, et où leurs droits sont reconnus et protégés avec plus ou moins d'efficacité. Pas d'attentat contre les églises au Kurdistan, pas de bombes sur les marchés, pas de décapitations de groupe, d'enlèvements et de prises d'otages.

La situation n'est pas la même pour les Türkmènes à Erbil, paisible, qu'à Kirkuk, où les forces Kurdes ne sont pas irréprochables, et où les djihadistes et les chiites infiltrés ciblent méthodiquement Kurdes, Turkmènes et Chrétiens.

Bref, quel intérêt de pulbier ce genre de dépêches, qui à force de concision et de raccourcis n'apprennent rien sur rien et faussent la vision...affligeant.

Sur le reste et sur le fond, on ne peut qu'être d'accord. L'Irak se vide, et pour avoir travaillé avec les réfugiés en Turquie, j'ai pu voir que les chrétiens formaient le gros des troupes...

Je cède le clavier (par commentaire interposé) à Piling

Continuons dans le décorticage mode "emmerdeurs" :

Déjà en Irak, à part les Turkmènes et les Arméniens, il y a pas mal de monde qui peut prétendre être là depuis au moins 2000 ans, quelles que soient leur religion et leur langue, c'est commes ces journalistes qui croient que les Coptes sont une population forcément plus ancienne que les musulmans égyptiens...

Les Faylis sont des Kurdes chiites. Quasimment anéantis par des déportations et tueries de masse sous Saddam, dès les années 80. A l'époque ça avait peu ému les journalistes.

Les Mandéens : jolie religion gnostique mi héllénisante mi babylonienne ; considéré comme kakirs par les Takfiris et autres allumés, cet été 150.000 d'entre eux qui vivaient à Bagdad avaient annoncé leur intention de se réfugier... chez les méchants Kurdes du nord.

Les Palestiniens : intéressante "minorité" toute neuve en Irak que Saddam avait chouchouté en se servant d'eux comme militiens, en général détestée par les Irakiens et peu aimée des Kurdes (oui parce que l'ancien régime les utilisait aussi pour réarabiser le Kurdistan confisqué par les méchants Kurdes aux Arabes); récemment le GRK a essuyé une volée de bois vert de sa population au sujet de ces réfugiés palestiniens que Barzani aurait peut-être accepté d'accueillir au Kurdistan avant de démentir. Il est à noter qu'aucun de ces Palestiniens ne semble pouvoir (ou vouloir ?) vivre dans une autre nation arabe "soeur".

Les Shabaks (secte religieuse assez ressemblante aux Alévis), les Turkmènes (chiites), les Yézidis vivant en dehors du GRK, soit au nord de Mossoul ou à Kirkouk doivent se prononcer par référendum s'ils veulent rester dans l'Irak actuel ou le Kurdistan. Les Shabaks et les Yézidis sont particulièrement visés par les Takfiris en tant que kafirs et ils envoient leurs gosses étudier à Arbil de préférence à Mossoul on se demande pourquoi.

Sinon au Kurdistan tout le monde cherche à s'installer, même les Arabes sunnites qui arrivent du sud, et les prix des logements flambent. Mais c'est sûrement parce qu'ils sont masochistes. ..

vendredi, février 16, 2007

Etat des troupes

Les relations Turco-Kurdes sont pourtant très simple: la ligne de fracture est la même que celle observée sur tous les grands débats en Turquie.



Contre toutes relations diplomatiques avec le GRK (gouvernement régional kurde) et pour une intervention militaire:



  • Le président Sezer
  • Le CHP, le MHP, le BBP, etc
  • Yasar Büyükanit
  • Le Front Türkmène Irakien
  • Le PKK

Pour des bonnes relations:



  • Le gouvernement Kurde
  • Le gouvernement AKP, plus ou moins (certains députés sont un peu à la masse)
  • Les américains
  • Les Türkmènes du Kurdistan
  • Les démocrates turcs
  • Les entreprises turques
  • L'Union Européenne
Le plus amusant, c'est peut être de voir le PKK être cité comme une terrible menace pour la sécurité turque. Le fait qu'il soit à peu près silencieux depuis son cessez le feu d'Octobre et qu'il vienne d'être décapité dans sa structure européenne n'a pas l'air de changer la donne. On en revient à l'éternelle constatation: une certaine classe du pouvoir en Turquie a BESOIN d'ennemis...



Le gouvernement kurde a interdit au PKK d'organiser une manifestation à Erbil pour demander la libération d'Öcalan (comme tous les ans à la même époque). Cela devrait être considéré comme un signe de bonne volonté par Ankara, tout comme la fermeture de bureaux du PKK à Erbil et Kirkuk. Et c'est bien ce que fait Erdogan... De bonnes relations avec la Turquie sont vitales pour le Kurdistan, et les Kurdes du Sud le savent. De bonnes relations seront aussi profitables pour les kurdes du nord, mais on considère encore dans les cercles nationalistes qu'un Kurdistan reconnu agira comme une incitation séparatiste au Kurdistan Turc. "Big news" comme dirait l'autre, les Kurdes de Turquie n'ont pas attendu 2003 pour être tentés par le séparatisme...



Erdogan joue gros en cette année d'élections. Il peut choisir de parier sur le désir de normalisation et de démocratisation, ou tomber dans la facilité du nationalisme cocardier en essayant de voler des voix au CHP et au MHP. Il semble pencher pour la première solution, mais ne fait pas l'unanimité dans son propre parti (dans lequel se trouvent d'ancien membres d'autres partis), et a une grande partie de l'establishement contre lui....





A qui se fier...

Le représentant des Turkmènes irakiens au parlement kurde est probablement un traitre à sa race qui ferait mieux de Sev un peu plus si il ne veut pas terket vite fait. Toujours est il que contrairement aux pleurnicheries du Front Turkmène Irakien, auto-proclamé leader du peuple Turkmène (de 300 à 800 000 personnes selon la police, de 2 à 5 millions selon eux, plus si la discussion s'enflamme), M. Altiparmak (six doigts!) appelle Ankara à cesser de dire des c... et à ouvrir une représentation dans la région kurde irakienne.



Or pour Ankara, ouvrir une représentation officielle à Erbil (comme l'Iran par exemple), celà équivaudrait à reconnaître que la région du Kurdistan Irakien existe. Inacceptable. Officiellement il y a un Iraq du Nord, des nord-irakiens, dont la population, manipulée par le PKK, refuse la protection bienveillante du grand frère turc. Ce qui, depuis environ 3 ans, devrait changer incessamment sous peu.



Altiparmak, lui, reconnaît l'existence du Kurdistan, et ose dire que le fédéralisme ce n'est pas la division. Il appelle Ankara à arrêter de gesticuler et à établir de bons rapports avec l'administration kurde. Disons le tout net, il serait en cela soutenu par les entreprises turques qui investissent la bas, les kurdes de Turquie qui commercent et trafiquent avec leurs frères du sud, bref un peu tout le monde, sauf les excités qui continuent à croire à une intervention militaire turque.



The Shiites have no
intention of giving anyone any rights. They won't give any rights to
their brothers the Sunni Arabs or anyone else. We saw how we were
treated by the Sunnis and the Shiite Arabs. There are only the Kurds we
can live with. Only they have a positive approach towards the Turkmens.
They give Turkmens their rights. We have two Turkmens in the Kurdistan
regional government and four deputies in the regional parliament. If
Kirkuk becomes a part of the Kurdistan region then the Turkmen
population of the region will increase and we will be the largest
minority in northern Iraq. With the help of our Kurdish brother, we could
enhance our representation in the Baghdad government and the Iraqi
parliament."




C'est parler pour l'intérêt des Turkmènes (il est même en faveur du referendum de Kirkuk!), mais pas dans celui de certains cercles à Ankara...



Des Turcs qui disent qu'ils sont tous Arméniens, des Turkmènes qui font ami-ami avec les Kurdes... il va en alloir des Ozgun Samast pour recadrer tout ça...







mardi, février 13, 2007

Mise au point!

Je n'ai pas bien compris pourquoi mais apparemment certains ont cru que j'arrêtais ce blog pour de bon

Que nenni, je continue, mais moins qu'avant, pour cause de boulot par dessus la tête! Quand aux messages inadmissibles en turc... boarf, j'efface!

dimanche, février 04, 2007

Commentaire

Mustafa Akyol, dans l'article ci-dessous résume parfaitement mon sentiment, et me rassure: quand vous émettez ces hypothèses en tant qu'étranger, on vous réplique que vous ne pouvez pas parler, n'étant pas turc. Or là c'est un Turc qui le dit. Probablement pourri d'idéologies étrangères subversives visant à l'éclatement de la république, comme Pamuk, Safak ou Orhan, mais Turc quand même.



La confusion Nation/République/Idéologie/Etat/Armée en Turquie rend difficile toute discussion rationnelle. Critiquer l'Etat, c'est critiquer le pays. Dire "la république est corrompue" c'est critiquer tous les Turcs, dire "l'armée a commis des crimes", c'est vouloir l'effondrement de l'Etat. On peut remercier Mustafa Akyol pour rappeller la phrase de Mussolini "Tout pour l'Etat, rien hors de l'Etat, rien contre l'Etat"



J'ai toujours été frappé par le degré d'endoctrinement du turc moyen, qui n'a jamais remis en cause ce qui lui a été inculqué à l'école à coup de poèmes à la gloire du surhomme, histoire réécrite, défilés paramilitaires, slogans douteux et hymne national obligatoire tous les matins. Abreuvé du sang des martyrs, élevé dans le culte du fondateur, l'adoration de la république "déifiée", la haine du traître et rangé sous le drapeau et derrière une armée "victorieuse", qui à part quelques grecs chypriotes et quelques coréens n'a servi depuis 1924 qu'à massacrer des citoyens turcs, l'écolier turc, s'il n'a pas la chance d'entendre chez lui un autre son de cloche (un autre ezan), n'aura aucune raison de douter.



Un étudiant en levis, fan de reggae, philosophe à ses heures, justifiera l'oeil fixe et les mains tremblantes les villages vidés de leur population et les crimes de guerre au Kurdistan: "ils veulent la fin de la république, il faut la défendre".



L'impossibilité de remettre l'armée et la république en question aboutit aux délires observés actuellement : ce sont les arméniens qui ont tué Hrant Dink. Impossible de croire à un complot ultra-nationaliste pourtant on ne peut plus avéré.



La vidéo, pas si effarante, des gendarmes posant fièrement aux côtés de l'assassin de Hrant Dink, explique pourquoi les partis ultranationalistes comme le MHP et le BBP peuvent agir impunément, et comme le MHP a pu assassiner en toute impunité des dizaines de journalistes, étudiants, syndicalistes, hommes politiques kurdes et de gauche depuis les années 70: ils ne sont pas réprimés.



La loi turque punit les appels à la haine raciale. "Paix dans le sud-est!", c'est un appel à la haine raciale, puisque c'est proposer une solution négociée à un problème de terrorisme séparatiste. "YA SEV YA TERKET" (soit tu l'aimes soit tu la quitte), ce n'est pas un appel à la haine raciale. Dire "Fraternité entre turcs et kurdes", c'est de la haine raciale. Dire "on a massacré les arméniens, on massacrera bien les kurdes", ce n'est pas de la haine raciale. Les "lois anti-haine" de la Turquie sont faites pour protéger la république de la subversion, par pour protéger les minorités ou la liberté de culte.



Sur le blog de Guillaume Perrier, quelques commentateurs s'élèvent contre la notion d'"islamo-nationalisme", apparemment une invention d'européens qui n'y connaissent rien. Pourtant BBP et MHP haïssent les Kurdes, Grecs, Juifs, Arméniens, Alevis turcs et kurdes dans distinction de religion. Ils ne sont pas purement nationalistes, parce qu'ils haïssent les alevis, ethniquement turcs pour beaucoup, pas purement islamistes parce qu'ils haïssent les Kurdes, sunnites comme eux. Ce qu'ils haïssent, ce qu'ils veulent éradiquer du territoire turc, ce sont les non turcs-sunnites. C'est un couple indissociable, et c'est pour celà que les turcs convertis au protestantisme vivent un enfer. La nation turque dans leur esprit, et dans l'esprit des putchistes de 1980, des Jeunes-turcs de 1915, des assassins de Dink, est une entité turque et sunnite. D'où la nécessité de nier la différence tant qu'il l'a été possible sans se couvrir de ridicule, d'où la nécessité de faire taire aujourd'hui ceux qui revendiquent cette différence.



Le problème semble insoluble. La mentalité générale ne permettra pas l'élection d'un parti désireux de réformer l'idéologie d'Etat. Aucun des partis actuel n'ose réellement briser les tabous. Erdogan, par conviction ou par calcul, a reconnu le problème kurde et a parlé pour la première fois de l'Etat Profond (Derin Devlet). Il risque gros. Au CHP, au DSP, au DYP, l'appareil est tenu par des dinosaures au discours surréalistes pour des partis se disant "de gauche". La "gauche" turque est composée de groupuscules qui additionnés doivent totaliser 3% de l'électorat, des stalinistes du TKP aux maoïsto-nationalistes du Isçi Partisi, en passant par l'ÖDP, parti libertaire sympathique mais impuissant... la sociale-démocratie est représentée par des intellectuels courageux, une élite qui tente de faire crouler les murs mais qui est menacée aujourd'hui physiquement.



L'immense mouvement populaire d'Istanbul et d'Ankara pour condamner le meutre de Dink représente la Turquie que j'aime. Celle qui me dégoute est celle qui aboie aujourd'hui dans les "courriers des lecteurs": "Nasil ya Hepimiz Ermeniyiz?? TÜRKÜM BEN" (comment ça "nous sommes tous arméniens", MOI JE SUIS TURC"), celle qui de fait condamne les centaines de millers de manifestants comme des "traîtres" et des "ennemis de l'intérieur". Dire que la société est coupée en deux serait optimiste. Mais de fait un mouvement de démocratisation, d'ouverture des esprits et des espaces de débat s'est enclenché. La question est de savoir s'il peut être anéanti.

samedi, février 03, 2007

L'ennemi de l'intérieur

Article de Mustafa Akyol publié par The Turkish Daily News:

Il est simplement dramatique et répugnant de voir des personnages éminents en Turquie incriminer avec insistance d’hypothétiques " ennemis extérieurs". Hélas, trop c’est trop, et il est temps d’être honnête. Nous sommes confrontés à un ennemi interne. Et qui mérite d’être nommé " fascisme Turc"

Hrant Dink, guide de la conscience et de la liberté, a été abattu le 19 janvier. Depuis ce Vendredi noir, de nombreux Turcs ont démontré leur volonté de condamner ce crime haineux et ont appelé à honnorer la mémoire de cet homme noble. Pourtant, quelques uns de nos leaders d’opinion ont aussi imaginé derrière ce meurtre public un complot contre la nation Turque. Ils se sont empressés de conclure à une manoeuvre des pouvoirs étrangers et de leurs services secrets déterminés à mettre la Turquie dans une position difficile sur la scène internationale.

Mais voilà que la police Turque a attrapé l’assassin, et il s’est avéré qu’il n’était, ni agent de la CIA, ni du Mossad, ni de M16, ni de Mukhabarat, ni d’une armée populaire de libération d’une Turquie occupée quelque part. Il n’est ni Arménien, ni Kurde. Il est, comme sa famille l’a fièrement précisé, de pure souche Turque. De plus, comme lui-même l’a précisé, il est un nationaliste Turc pur et dur, qui a tué Dink par zèle pour le sang Turc. Il en ressort également que le jeune apparatchik de 17 ans était manipulé à Trabzon par ses frères, qui ont un lourd passé de violence nationaliste. La ville est, aprés tout, un bastion de l’ultra-nationalisme : c’est là, qu’il y a un an, le prêtre Catholique, le Père Andrea Santoro a également été abattu par un militant de 16 ans, dont le profil est similaire à celui de son camarade assassin de Dink.

Face à tout celà, il est simplement dramatique et répugnant de voir des personnages éminents incriminer avec insistance d’hypothétiques "ennemis extérieurs". Hélàs, trop c’est trop, et il est temps d’être honnête. Nous sommes confrontés à un ennemi interne. Et qui mérite d’être nommé " fascisme Turc".

Mesurer le crâne Turc


Le terme n’implique pas un lien organique entre les Turcs et l’idéologie fasciste. Cette dernière est une maladie moderne qui a influencé de nombreuses nations à travers le 20 ème siècle. Les Allemands et les Italiens en sont les exemples les plus évidents, mais il en existe de nombreux autres. Même les Anglo-Saxons libéraux par essence ont expérimenté le monstre. ( Se souvenir du Ku Klux Klan et de l’Union Britannique des fascistes.)

En Turquie, l’histoire du fascisme est des plus ironiques, parce que, bien que nos fascistes contemporains soient fanatiquement anti-occidentaux, l’idéologie est une importation de l’Ouest
dans des terres traditionnellement multiculturelles du Grand Empire Ottoman. Tout a commencé avec le Darwinisme social que quelques jeunes intellectuels Turcs, tels que Yussuf Akçura, ont acquis dans les capitales Européennes au tournant du siècle. Leur vision d’un état entièrement turquisé s’est avérée dans les années 1920, avec la création de la République Turque. La vision d’Ataturk de ce nouvel état n’était pas raciste, bien au contraire il a défini la Turquitude en termes de culture et de citoyenneté, mais les choses ont commencé à changer dans les années 30. L’ Italie fasciste et l’ Allemagne nazie faisaient l’admiration de Recep Peker, le secrétaire général de longue date du CHP ( le parti qui est aujoud’hui présidé par son descendant spirituel, Deniz Baykal.) La Turquie des années 30 a également imité le corporatisme, modèle économique de l’Italie fasciste, et de la devise internationalisée de Mussolini : "Tout pour l’Etat, rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat."

A la même période, la Turquitude a également acquis un sens ethnique. Lors d’un congrès scientifique tenu à Ankara en 1932, et officiellement sanctionné, ont été auréolés les traits évolués du crâne Turc, et des Turcs ont fièrement été déclarés Aryens. Durant la même période, on a exigé des candidats aux postes des bureaux du gouvernement d’être de souche Turque. Tevfik Rüstü Aras, le ministre des affaires étrangères, a affirmé, les Kurdes seront battus par les Turcs dans la lutte pour la vie. Et Mahmut Esat Bozkurt, ministre de la justice, a notoirement
annoncé : En Turquie, les non-turcs sont les domestiques et les esclaves des turcs.

Pendant les années de guerre, la Turquie instaure aussi l’impopulaire impôt sur les grandes fortunes, qui a été concu pour confisquer les propriétés de ses citoyens Chrétiens et Juifs. En 1942, le premier et seul camp de travail Juif a été établi dans Askale, un district d’Erzurum. Si le troisième reich avait gagné la guerre, la Turquie n’aurait eu aucune difficulté à s’insérer dans son ordre nouveau.

L’hystérie à propos des ennemis internes

Bien sûr la Turquie n’est jamais devenue entièrement fasciste, mais de toute évidence , elle a été profondément influencée par cette idéologie monstrueuse, et il lui a hélàs été difficile de s’en libérer totalement. L’Allemagne, l’Italie, et le Japon d’après-guerre ont fait table rase du passé, mais la Turquie n’a eu qu’une transition partielle à la démocratie. En 1950, le Parti Démocrate (PD) est parvenu au pouvoir au cours des premières élections libres et justes depuis le début de la République , avec pour devise : " Assez, la nation a la parole ! " Mais avec le coup d’état militaire de 1960, le PD était écrasé par les despotes en uniforme, qui n’ont pas hésité à exécuter le Premier Ministre Adnan Menderes et deux de ses ministres, après un simulacre de procès.

Depuis , le fascisme a survécu en Turquie, non comme un système, mais comme un état d’esprit. La description de toutes les autres nations comme ennemies de la Turquie, le culte de la personnalité construit autour du fondateur du pays, et la déification de l’état, sont autant d’éléments de cet état d’esprit. Ces dernières années, en réaction à l’incitation de l’ UE pour plus de démocratie et de liberté, la rhétorique fasciste a progressé. Quelques éléments parmi les médias, mais aussi des bandits, bureaucrates et politiciens, répandent systématiquement la peur que la Turquie fait face à des menaces existencielles. Les Kurdes, Arméniens, Juifs , Grecs, missionnaires, Muslumans non-nationalistes - quiconque ne rentre pas dans le cadre de la définition étroite du bon Turc - sont tous considérés comme ennemis internes, et mis dans le même panier que les ennemis extérieurs - les Européens, Américains, Kurdes Irakiens, et en fait le monde entier.

Le militant qui a tué Dink est le fruit de cette hystérie populaire. A moins d’accepter ce constat amer, et commencer à penser sérieusement à notre fascisme interne, il est tout à fait probable que la Turquie en produise davantage. Le nationalisme est le dernier refuge des vauriens, a dit Samuel Johnson, Nous ne devrions pas tolérer devenir une nation de vauriens.

Mustafa Akyol

mardi, janvier 23, 2007

Hepimiz Hrant Dink'iz


Des dizaines de milliers de personnes ont accompagné le cercueil de Hrant Dink dans une marche silencieuse de 8 km jusqu'au cimetière arménien de Balikli. Aux obsèques, la France était représentée par, tenez vous bien, une vague conseillère du président de la république et l'assistant du président du parlement. "Les gars, on a un voyage gratuit pour Istanbul mais il faut se farcir un enterrement, ça vous dit??" "je prends". Qu'attendre de plus à l'international d'un pays potentiellement dirigé par Marie-Ségo?



La femme et les filles de Hrant Dink


Images CNN TÜRK

Enfin une chanson que j'aurais aimé ne plus jamais être de circonstance




Ne bir haram yedi ne cana kıydı
Ekmek kadar temiz su gibi aydın
Hiç kimse duymadan hükümler giydi
Yiğidim aslanım burda yatıyor

Il n'avait commis aucun crime, aucune faute
Il était propre comme le pain, pur comme l'eau
Sans que personne n'entende, il a été condamné
Mon brave lion repose ici




Le très compromis Monsieur Petit

Si la police annonce ne pas encore avoir trouvé d'origine politique au meurtre de Hrant Dink, les théories s'ébauchent librement dans la presse turque.



Inutile de s'arrêter sur celles de partis comme le BBP, qui voient dans le meutre de Hrant Dink une "provocation arménienne", examinons plutôt les pistes qui mènent au général à la retraite Veli Küçük (petit).



Le commanditaire direct du meutre est, selon se propre aveu,Yasin Hayal, proche du MHP et de groupes islamistes, entraîné en Azerbaïjan. Il a avoué sans remords avoir fourni le revolver et 200 YTL (120 euros) à Ogun Samsat, l'assassin. Selon lui il avait d'abord ordonné à un certain Zeynel Abidin Yavuz de tuer le journaliste, mais celui-ci avait refusé. Yasin Hayal semble avoir endoctriné un petit groupe de jeunes dans la haine des "traîtres à la nation" et l'idée qu'il fallait les "punir".



L'avocat de Hrant Dink avait rappelé le jour de sa mort qu'il avait été menacé directement par un général de la gendarmerie à la retraite, Veli Küçuk. Celui-ci semble avoir des fréquentations douteuses, puisqu'il a été photographié avec Alparslan Arslan, avocat nationaliste et islamiste qui avait tué un juge et blessé quatre autres en mai dernier au conseil d'Etat à Ankara. Interrogé à l'époque, Veli Küçük avait affirmé ne pas connaître le meutrier, ce qu'une photo publiée récemment et prise lors d'un congrès Azeri à Stockholm semble contredire!



Selon l'agence Firat (pro-pkk) qui a publié la photo, Küçük aurait de plus pris part à l'organisation de réseaux azeris spécialisés dans le meutre d'arméniens, et l'entraînement de commandos MHP en Azerbaïjan. Evidemment, tout ça peut sonner un peu "Metal Firtina", mais rappellons que le PKK est supposé bien connaître le sujet, lui qui observait un statut-quo avec les loups gris au Nakitchevan, plaque tournante du trafic d'héroïne, et y connait un rayon en assassinat politique.



Si on ajoute que le nom de Küçük est souvent revenu dans l'enquête sur le scandale de Susurluk en 1996, on voit de quel genre de personnage il s'agit.















dimanche, janvier 21, 2007

Sans surprise

L'assassin a été arrêté à Samsun.


Il s'appelle Özgun Samsast et a 17 ans... Il a été dénoncé par son père, qui l'a reconnu sur les images télévisées. Originaire de Trabzon, ville décidemment très productive en assassins et lyncheurs, il est membre des Alperen Olackalari (foyers nationalistes et islamistes).

Il aurait fait 5 fois le voyage entre Trabzon et Istanbul, en avion. Pour un fils de famille ouvrière, c'est un luxe qui peut suprendre, et il serait intéressant de savoir qui lui a payé ces billets...

D'après ses parents, il est instable psychologiquement et drogué.

Je rappelle ce que j'ai dit 10 minutes après avoir appris la nouvelle:

L'enquête revelera (ou pas) si comme on peut le penser il s'agit d'un énième post-pubère fanatisé, proche des "foyers idéalistes" qui ont fourni la crème des tueurs d'extrême-droite en Turquie.

Pas tellement envie de rigoler... mais avouez que c'est lassant quand tout est prévisible...

vendredi, janvier 19, 2007

colère


J'ai pleuré en découvrant l'assassinat de Hrank Dink.
C'est la Turquie que j'aime qu'on tente d'assassiner en frappant un de ses hommes libres. Ceux qui ont le courage de refuser de se taire mais refusent aussi la voie de la haine.
Ma colère est immense contre la bêtise de tous ceux qui appelaient à la haine et contre la bêtise bien pensante et la lâcheté des députés français. C'est la Bêtise qui tenu la main haineuse qui a tiré.

Anne

Et merci à vous, messieurs les députés!

Le principal argument contre la stupide loi anti-négation du génocide arménien votée à la sauvette dans un hémicycle désert en octobre dernier? Un coup porté aux démocrates de Turquie, dont Hrant Dink.

Résultat un peu plus de trois mois plus tard. Dire que nos abrutis de députés franchouillards ont du sang sur les mains est il un raccourci? Et bien je le fais.

Hrant Dink, rédacteur en chef du quotidien arménien Agos a même déclaré qu’il viendrait en France se faire condamner pour que « ces deux mentalités irrationnelles se rejoignent pour me mettre en prison"

Il aurait peut être été bien inspiré de le faire... au final ces "deux mentalités" ont préféré le condamner à mort.

Un crime contre la Turquie


L'assassinat de Hrant Dink ne ramène pas la Turquie à son niveau des années 90. Quand les gouvernements de l'époque se seraient félicités à mots couverts de l'élimination d'un "traître" parmi une longue liste, le gouvernement actuel, pourtant 100 fois coupable de la remontée du chauvinisme hystérique visible depuis 2004, n'a pas de mots assez forts pour condamner l'acte.

Comme pour le prêtre italien assassiné à Trabzon, il semble que ce meutre soit imputable à un adolescent de 18 ans, celui-ci "vêtu d'un pull rouge avec un chapeau blanc" (on admire le sens du symbole)...L'enquête revelera (ou pas) si comme on peut le penser il s'agit d'un énième post-pubère fanatisé, proche des "foyers idéalistes" qui ont fourni la crème des tueurs d'extrême-droite en Turquie.

L'assassinat de Hrant Dink serait passé inaperçu aux heures les plus sombres des années 90, quand les intellectuels de gauche, politiciens kurdes et syndicalistes tombaient sous les balles de "groupes non identifiés" notoirement liés à l'Etat. Il fait aujourd'hui l'effet d'un coup de couteau dans le dos pour la démocratie turque vacillante. Cengiz Aktar rappelle à juste titre que "le crime représente un avertissement à l'ensemble des intellectuels et démocrates du pays".

Le message est en effet clair: "ne croyez pas que les temps ont changé. Nous sommes toujours là. Notre Turquie est indivisible, monolithique, turco-turque et sunnite, doit répéter d'une seule voix des slogans octogénaires, doit prétendre que le blanc est noir et qu'un rond et un carré sont parfaitement semblables, doit marcher en rang derrière le "ay yildiz" humecté-du-sang-de-nos-martyrs et se purger des traitres"

L'enjeu maintenant est de prouver qu'il est trop tard. Qu'il n'y pas de retour en arrière possible dans cette libération des esprits et de la parole. Que les vannes sont ouvertes et que la mue de la Turquie est inéluctable. Des boutonneux sanguinaires fanatisés ne représentent pas la Turquie, et l'assassinat de Hrant Dink n'est certainement pas un crime d'Etat. Mais la Turquie doit avoir le courage de rompre avec la facilité du nationalisme béat, du chauvinisme électoral. Elle doit faire le ménage dans ses groupes d'extrême-droite, frapper fort dans les forums internet où se murissent ce genre d'abomination, dans les partis de bovins qui appellent quotidiennement au meurtre des "ceux qui pensent différemment" sans pour autant se voir accusés "d'appel à la haine" comme les démocrates kurdes ou turcs.

Elle doit aussi tirer les conséquences pour la première fois mortelle de l'article 301. Hrant Dink avait été condamné pour "insulte à l'identité turque". Pour certains, cette insulte est un condamnation à mort, comme cela est démontré aujourd'hui.

A Ankara et à Taksim des manifestants déposent des gerbes de "karanfil" (fleur de deuil) et crient "nous sommes tous Kurdes, nous sommes tous Arméniens", "vive l'amitié entre les peuples", "Hrant Dink est immortel" en descendant l'Istiklal.

C'est cette Turquie qui doit rentrer dans l'Europe, en essayant de laisser à la porte ceux qui voudraient la contraindre à rester "droite dans ses bottes"...




lundi, janvier 15, 2007

Gooooooong.....c'est parti!

Nicolas Sarkozy fait trop d'honneur à la Turquie! Une place de choix dans son discours d'investiture à la candidature, à grands coups de "la Turquie, qui n'a pas de place au sein de l'Union Européenne".



Pour citer Guillaume Perrier, Nicolas Sarkozy a appris à l'école que la Turquie était en Asie Mineure: il a d'ailleurs redoublé sa sixième et raté le concours de Science po, mais ça, il a retenu.



Comment le lui reprocher? Si chaque "Non à la Turquie prononcé" lui fait gagner 0,000001% en prédiction consolidée d'intentions de votes sur un échantillon représentatif, le jeu en vaut largement la chandelle. Ensuite les promesses tenues, les enjeux stratégiques, économiques, démocratiques...pfff, on verra une fois installé à l'Elysée!



JUBILATOIRE: le site "rayez la Turquie", que je découvre, et qui propose de rayer le petit bout de péninsule anatolienne qui dépasse sur les billets euros!







La mention "vos euros restent valables" est assez cocasse... un seul regret, impossible de déterminer l'origine de cette courageuse initiative...









mercredi, janvier 10, 2007

Toi con ou toi faire exprès?

Mais depuis le temps qu'on vous le répète!



Interrogé sur la minorité kurde, le très décevant (élu comme laïque, démocrate et progressiste, il constitue en fait un point de bloquage pour la plupart des réformes) président de la république Ahmet Necdet Sezer a répondu



"Il n'y a rien de tel qu'une minorité Kurde en Turquie, car les citoyens turcs d'origine kurde constitute une partie de la majorité de la nation Turque"



Puisqu'on vous dit qu'il n'y a pas de problème de droits des minorités, il n'y a pas de minorité...



C'est affligeant d'être buté à ce point, mais l'exemple vient de Paris, qui émet des réserves à tous les traités internationaux parlant des droits des minorités: la France ne voit pas le besoin de signer, car elle ne compte pas de minorité sur son sol. De plus si elle signe, "certains" pourraient se croire autorisé à invoquer ces traités (certains étant les minorités non reconnus puisqu'il n'y a pas de minorités, vous suivez?)









lundi, janvier 08, 2007

Violence contre les femmes et Islam?

A en croire beaucoup, la violence contre les femmes et plus largement le machisme est intimement liée à l'Islam. C'est faire peu de cas des statistiques espagnoles annuelles de femmes tuées par leur compagnon. C'est surtout ignorer allégrement ce qui se passe dans certains pays plus lointaints.



Ici dans la très chrétienne et rarement critiquée Arménie, un article trouvé de le cadre de mon boulot... (Mais j'aurais pu citer le sud de la Georgie et son adorable tradition de rapt de jeunes filles)

“I remember my grandfather saying that a man, when choosing a wife for
himself, should beat her first, and if she cowered in the corner, that
meant she would make a good wife, and if she ran away, then she
wouldn’t.



Des extraits pour la bonne bouche



"Armen Ashotian, a member of parliament from the governing Republican
Party, said, “Domestic violence is not a feature of our families. I
think that people who want to raise this problem are really not
bothered by the issue but just want to get new grants. They are
lowering the image of Armenia for the sake of their own pockets."



"If couples divorced because of beatings and abuse, there would be no
families left in Armenia,” said accountant Satik Kintoian, 78.




“I remember my grandfather saying that a man, when choosing a wife for
himself, should beat her first, and if she cowered in the corner, that
meant she would make a good wife, and if she ran away, then she
wouldn’t."



Turcs sans le savoir

Le couple infernal de la politique française se retrouve plus ou moins dans une hostilité à la Turquie guidée par les sondages. Et pourtant, que de points communs entre Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et les hommes politiques Turcs!



Que dit en substance Nicolas Sarkozy aux immigrés? "La France, soit tu l'aimes, soit tu la quittes". On apprécie le dessin de Charb mettant en scène Sarko montrant du doigt la sortie à une petite fille Africaine "Tu l'aimes la France? Eh ben tu vas la quitter quand même".



Un observateur dilettante de la vie politique turque ou même un simple badaud stanbouliote un tant soit peu turcophone aura noté la similitude troublante avec le slogan favori des boeufs des très respectables MHP ou du BBP, joyeux louveteaux défenseurs de l'identité turque, la vraie, sunnite et issue en droite ligne des Sibériens des origines: TÜRKIYE, YA SEV YA TERKET. La Turquie, soit tu l'aimes, soit tu dégages... "Tu" étant Kurde, Alevi, de gauche, Grec, Arménien, Juif, Assyrien, etc...



On croyait Ségolène à l'abri du telle faute de goût, elle qui s'abstient religieusement d'avoir une opinion sur quelque sujet que ce soit. Son slogan "L'Ordre Juste" peut sonner un peu vichyste, un peu second empire, mais à tout prendre ne mange pas de pain. Mais un esprit aux aguets de l'équipe de Turquie Européenne a trouvé son précédent turc (ce qui confortera les partisans de la théorie de la "langue du soleil" pour lesquels tout est issu du turc et des Turcs).



Que était le slogan du parti Refah (prospérité) de Necmettin Erbakan dans les années 90? (parti chassé du pouvoir en 1997 par le dernier coup d'Etat militaire en date?)



ADIL DÜZEN! Ce qui veut dire... Ordre Juste.



On attend avec impatience les prochains mots d'ordre subtils concoctés par les autres candidats à la présidentielle, en espérant qu'ils aient, comme les deux favoris, la bonne idée l'aller piocher dans le fond certainement inépuisable des bons mots de la bonne cinquantaine de partis turcs actuels!





vendredi, janvier 05, 2007

les prédictions de Günes Hanim (madame soleil)

Allez une petite prédiction, parce que ça fait longtemps que je n'en ai pas fait:



Je vois, je vois....une opération militaire turque contre le PKK avant les élections... je vois une riposte indignée du PKK et une reprise des attentats du TAK... je vois une montée subséquente de l'extrême droite et une défaite de l'AKP...



Voilà, c'est fait! Bonne année!







Le maire de Sur frappe encore!

Abdullah Demirbas est un homme têtu que j'aimerais fort rencontrer!



Il est en effet à la pointe du combat pour la langue kurde en Turquie, faisant de sa municipalité (DTP), sise dans le district de Diyarbakir, une ville pionnière du bilinguisme en Turquie. La dernière décision de son conseil municipal est d'offrir aux administrés des services administratifs dans les deux langues. Il avait auparavant fait éditer des livres pour enfant,



C'est contraire à la constitution, mais pas au bon sens puisque de nombreux (et surtout nombreuses) Kurdes doivent recourir à un tiers parlant turc pour les formalités administratives. Abdullah Demirbas justifie sa décision en disant que la Turquie, monolingue dans les textes, est multilingue dans les faits et que l'administration est au service des citoyens... une étude réalisée à sa demande dans sa ville montre que 72 % des habitants utilisent le kurde comme langue véhiculaire quotidienne...



Il avait auparavant annoncer qu'il allait faire suivre aux employés de mairie des cours de lange Kurde, Turque, Anglaise...Assyrienne et Arménienne! (tout en reconnaissant que peu de personnes parlaient ces deux langues!)



Abdullah Demirbas espère maintenant que le parlement turc suivra l'exemple en inscrivant le multilinguisme de la Turquie dans les textes...



En cette année d'élection? Güldürme beni! (ne me fais pas rigoler!)



Que retenir? Les Kurdes s'enhardissent, et la répression n'est plus ce qu'elle était. Le combat n'a plus lieu d'être dans les montagnes: une telle décision fait plus pour la culture kurde que 100 mines radiocommandées explosant sur les routes de montagne. Prendre de fait ce que la loi ne donne, c'est ce qu'avaient commencé à faire les Bretons à partir des années 60... la différence, c'est que les familles kurdes n'ont jamais cessé d'apprendre le kurde à leurs enfants, intériorisant le mépris et la peur de l'Etat pour leur culture.





jeudi, janvier 04, 2007

Nursun en Arménie

Le journal "the New anatolian", un des deux quotidiens anglophones de Turquie (avec le très mauvais turkish daily news), laisse la place à des opinions très diverses, de la pensée unique la plus pure à des articles pertinents et parfois provocateurs. La journaliste Nursun Erel réalise régulièrement des "interviews" remarquées sur les sujets sensibles, du PKK aux Arméniens.



Je viens de découvrir qu'elle a, au cours du mois de décembre, effectué sur l'invitation de l'ONG Caucasus Center un voyage d'une dizaine de jours en Arménie, écrivant une série de sept articles et interviews.



Si on frémit toujours en lisant l'interview d'un charmant membre du Dashnak parlant de réannexer l'Arménie Occidentale, mais qui n'a pas pris la nationalité arménienne parce qu'il veut garder son passeport canadien, on rit beaucoup quand la journaliste tente, preuves à l'appui, de convaincre ses hôtes que l'église d'Akhtamar, au milieu du lac de Van, a été intégralement restaurée, dotée d'une plaque attestant de son identité arménienne et d'une croix à son sommet. Impossible de convaincre des gens qu'on a persuadé que tout le patrimoine arménien a été rasé en Turquie (ce qui est en partie vrai.)



Ces articles, datés du 4 au 18 décembre, sont disponibles ici

Hips!

Histoire de commencer l'année sur une note ethylique, je vous livre une perle dénichée par Baskin Oran dans Hürriyet du 15 décembre dernier.



Le professeur de théologie de l’Université de Selçuk, H. Tekin déclare que “tant
que l’on n’a pas perdu tout contrôle de soi-même dans l’ivresse, il est
tout à fait possible de se livrer à la prière rituelle après avoir bu.
” (Hürriyet, le 15-12-2006)



Naturellement, l'islam peut faire peur, mais à la sauce turque (sachant que les islamistes radicaux en Turquie sont plus arabes qu'ottomans dans les moeurs!), ca reste assez tolérable...









Serefe!