mercredi, octobre 31, 2007

Au pays des aveugles...


Comment d'un côté refuser toute reconnaissance au Kurdistan Irakien, traîter son président démocratiquement élu de "chef tribal", bombarder les montagnes au pifomètre et exercer un demi-blocus sur son économie fragile, et de l'autre demander aux dirigeants kurdes d'agir?

Il faut au moins être Turc pour ça. "A nos yeux vous n'existez pas, mais vous devez faire ce qu'on vous dit", c'est assez logique en fait dans un pays ou les Kurdes n'existaient pas mais étaient quand même des voleurs qui faisaient trop d'enfants.

Soufflant le chaud et le froid, Massoud Barzani appelle la Turquie à négocier directement avec lui. Qui peut lui donner tort? Négocier avec Bagdad pour régler un problème du Kurdistan, c'est un peu comme négocier avec Tbilissi pour l'Abkhazie, avec Chisinau pour la Transdnistrie, avec Israël pour Gaza. Mais Erdogan l'accuse d'aider et de soutenir le terrorisme, et refuse de le considérer comme un interlocuteur valable.

La plupart des commentateurs turcs ayant conservé un brin de jugeotte appellent la Turquie à collaborer avec la Gouvernement Régional Kurde. Mais avec un entêtement à se fourvoyer dans les pires impasses devenu une marque de fabrique, Ankara refuse. Baskin Oran met sur le même plan l'impossibilité de négocier avec les Kurdes, le refus de reconnaissance du Génocide arménien, et l'occupation de Chypre: dans les trois cas, la solution adoptée a été de ne pas chercher de solution et de refuser tout déblocage. Aujourd'hui, la candidature de la Turquie à l'UE, et plus largement sa stabilité et sa démocratisation achopent sur ces points.

Pas de négociation avec les terroristes, ni avec les frères ou les cousins des terroristes. Et tant pis si tout la zone frontalière étouffe du ralentissement des échanges avec le Kurdistan Irakien, si les camionneurs qui alimentent la Turquie en pétrole menacent de faire grève si on les forces à passer par Mossoul, si les entreprises turques se retirent d'Irak en faisant perdre des marchés à la Turquie. L'important, c'est que la Turquie refuse bravement de parler aux chefs tribaux dont elle attend la collaboration la plus étroite:

"Tirez sur vos frères pour nous, mais n'attendez rien de nous en échange": qui pourrait refuser une telle offre?

9 commentaires:

pierre a dit…

excdellent article tom

Jacky a dit…

Je ne comprends pas ce que signifie "agir" dans "demander aux dirigeants kurdes d'agir". Du coup, je ne comprends pas la "solution" qui s'en dégagerait si la Turquie traitait directement avec eux.

Tom a dit…

Au sens de la Turquie, agir c'est expulser le PKK du Kandil, ce qui n'est pas gagné de toutes façons, mais je pense qu'un Barzani obtenant des garanties de la Turquie serait plus disposé à prendre des mesures contre le PKK... il s'est battu contre le PKK auparavant, il n'a pas de scrupules "pan kurdes"

Jacky a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Jacky a dit…

Donc, la "solution" serait que le PDK se batte aussi dans le Qandil et pas la Turquie seule ?

Anonyme a dit…

"Donc, la "solution" serait que le PDK se batte aussi dans le Qandil et pas la Turquie seule "

--> Visiblement le proprio du blog ne veut pas répondre ...
:-)
Hamadan

Tom a dit…

le proprio du blog ne passe pas non plus la journée ici :D

Je ne pense pas que ça serait une solution, les positions du PKK étant à peu près imprenables... et une guerre PDK/PKK serait injustifiable aux yeux de l'opinion kurde.

La solution doit venir de la Turquie qui devrait accepter qu'elle ne peut pas résoudre le pb militairement... il faudrait une amnistie partielle, mais quel "plan de paix" pourrait être accepté par le PKK, qui exigerait de ttes façons la libération d'öcalan...

barzani a raison en appelant le PKK a déposer les armes et à quitter l'irak: la solution serait donc que le PKK accepte le fait que sa guerre ne regarde pas le kurdistan sud et retourne jouer dans les montagnes turques...afin de ne pas donner des prétextes aux turcs...

Haydar a dit…

Et donc partir à nouveau vers une séparation des différentes régions kurdes?

Demander au PKK de sortir du Kurdistan "du sud" est illégitime puisque le PKK est sur la terre des kurdes, peuple pour qui il se bat...

De toute façon, Talabani et Barzani ne pourra pas déloger le PKK :)

Ah oui, et pour Talabani... le PKK est en cessez-le-feu...

Anonyme a dit…

Bonjour,

tombée par hasard sur votre blog, je voulais vous féliciter pour votre travail, c'est très intéressant et je trouve cela bien de s'intéresser à d'autres cultures...

Moi qui suit Assyro-Chaldéenne (descendant des peuples de la Mésopotamie, actuel Irak, parlant l'araméen), mais qui est née dans le sud est de la turquie et ayant vécu 8 ans en BRETAGNE(précisément à Morlaix dans le Finistère), j'aimerais bien que vous parliez un peu de ma communauté, car il ne faut pas oublier (malgré que nous ayons presque tous quités le pays depuis les années 80) qu'en turquie il n'y a pas que des turcs ni que des kurdes mais dans le sud est il y avait une très ancienne communauté chrétienne "les Assyro chaldéens"..si vous avez visité le Tur Abdin, le Hakkari ou le Bothan, vous avez dû remarquer qu'il y avait encore une petite présence chrétienne...


Voila juste pour préciser...

Bonne journée