lundi, juillet 30, 2007

Les raisons du vote AKP au Kurdistan

Le grand vainqueur des élections au Kurdistan turc est sans le moindre doute l'AKP. Avec 130000 voix gagnées à Diyarbakir, (de 60000 à 190000), le parti d'Erdogan ramène le DTP au rang de faire valoir dans la plupart des provinces kurdes, à l'exception des zones frontalières d'Hakkari et de Sirnak, traditionnellement proches du PKK.

Mustafa Akyol, en reportage à Diyarbakir, semblé démentir les allégations de certains supporters du DTP, pour qui les Kurdes se sont vendus pour un sac de charbon. C'est en fait tout un effort de développement du Kurdistan qui aurait été mené par le gouvernement AKP. Relogement des habitants des bidonvilles dans des nouveaux immeubles, construction d'écoles, livres gratuits. Le tableau est un peu trop idyllique et mérite d'être examiné avec précautions. Mais le fait est là: pendant que le DTP se perd dans ses querelles idéologiques, l'AKP, sournoisement, parvient à se positionner comme le parti le plus à même de sortir le Kurdistan de son marasme économique. Les raisons qui ont poussé 46% des turcs à voter pour ce parti sont les mêmes.

Pour Mehmet Ali Birand, le vote AKP a progressé dans les régions qui ont bénéficié depuis 2002 d'un effort d'investissement, de programmes sociaux, de constructions d'infra-structures. Ce sont les provinces les plus pauvres (Hakkari, Sirnak, Mus) qui ont au contraire vu le vote DTP augmenter.

Cet effort économique est encore loin de combler l'immense gouffre entre la région côtière de la Turquie et son sud-est kurde. Il n'aurait de plus pas suffit à faire le succès de l'AKP, sans les réformes menées par l'AKP depuis 2002. Le discours de 2005 de Tayip Erdogan à Diyarbakir, reconnaissant le "problème kurde" et les erreurs de la Turquie n'a pas été suivi d'effets remarquables, mais a marqué les esprits: l'AKP est vu comme progressiste sur le plan de la reconnaissance des droits des kurdes, et ses difficultés sont mises sur le dos des militaires, des bureaucrates, de "l'establishement". Quand le gouvernement fait passer des lois sur le "retour au village", permettant aux déplacés de la guerre de rentrer chez eux, c'est le commandant militaire de la province qui refuse l'accès au village. La loi d'Ankara n'est pas toujours valable au Kurdistan: La Turquie, pays obsédé par le centralisme et et l'unitarisme, s'accomode bien de lois différentes pour un Stanbouliote et pour un Vanli...


4 commentaires:

Jacky a dit…

Cela dit, quelques critiques sur l'article de Mustafa Akyol, pourtant l'un des journalistes les plus progressistes de la presse turque à grand tirage.

"Les gardiens de village" ne sont pas ces Kurdes attachés à l'Etat turc parce qu'il fallait combattre "le terrorisme" ou parce qu'ils seraient islamistes.

Il y a une certaine forme de corruption de l'information à ce niveau-là.

De même. Les "cours de langue kurde" et la "diffusion télévisée en langue kurde" tant mis en avant ne méritent pas l'appelation de "réformes" pour ceux qui savent ce que c'est.

Pour un gardien de village, il y a 10 personnes dépossédées peut-être. Et c'est tout à fait lié.

On peut le résumer aussi comme cela : divide ut regnes.

Tom a dit…

Mustafa Akyol est progressiste, mais peut etre un peu trop pro-AKP béat?

D'accord pour les "gardiens de village", qui ne sont ni des gentils patriotes, ni d'infâmes traîtres au peuple kurde. le problème est qu'à chaque fois qu'un Etat a donné des armes à des villageois pour lutter contre une guérilla, les mêmes dérives ont été observées... En attendant, 50 000 gardiens de villages et 200 000 soldats dans le sud est ne viennent pas à bout du PKK..

Jacky a dit…

Oui, mais l'armée n'a pas fait que distribuer des armes à ces "villageois".

Elle leur a surtout redistribué les terres et d'autres biens dont ont été privés les fameux "déplacés" qui vivent aujourd'hui dans les gecekondu.

Aujourd'hui, ces familles se sont enrichies de cette manière et doivent tout à l'armée turque. On peut dire que l'armée a créé des mafias locales en s'appuyant sur l'esprit de clan comme on le voit dans ce reportage d'il y 2 ou 3 ans (à p. de min. 10:50) avec cet İskender Ertuş qui n'est autre que l'un des très nombreux gardiens de village. "Gardiens de village" n'est qu'un euphémisme pour mafia. C'est aussi "un gardien de village" que l'on a retrouvé à Susurluk pour rappel.

Et lorsque les quelques décisions de Justice autorisent le retour et la restitution, leur application n'est pas possible car ces mafieux ne voient évidemment pas d'un bon oeil qu'on vienne toucher à "leur" bien.

Tom a dit…

Tout à fait

ça mériterait d'ailleurs que je m'y intéresse un peu plus...il y a eu qq reportages sur ces gars récemment