samedi, mars 31, 2007

Ne rougis pas non, ne rougis pas....

"La France n'a pas à rougir de son histoire, la France n'a pas commis de génocide. Elle n'a pas inventé la solution finale (...) Je suis convaincu que pour un Français, haïr la France, c'est se haïr lui-même", a-t-il dit.

Dans une région où les rapatriés d'Afrique du Nord sont nombreux, Nicolas Sarkozy a rappelé le rôle important des colons et des harkis : "tous les colons n'étaient pas des exploiteurs; il y avait parmi eux beaucoup de gens courageux (...) Ils ont tout perdu, je veux qu'on les respecte".

Qui parle de rougir? Je serais franchement blême si cela m'étonnait. Mais il a raison, pourquoi laisser le vote Harki et Pied-noir à Le Pen... La France devrait pourtant rougir de ce qu'elle a fait aux Harkis cela dit. Je n'aurais jamais cru le dire "Heureusement qu'on a eu Chirac", parce qu'avec notre futur leader du peuple français, la reconnaissance du rôle de Vichy on pouvait s'asseoir dessus.

Pour la colonisation par contre, on va pouvoir attendre quelques dizaines d'années, le temps que son mandat de président à vie prenne fin...

vendredi, mars 30, 2007

Kahrolsun qui déja?

La vidéo du jour, trouvée sur youtube...

Sur fond de discours d'hitler, les tête encasquetées de Buyukanit, Baykal, Bahçeli, Kerinçsiz, bref la crème de la Turquie rancie, violente et haineuse.

A l'origine de ce montage, une petite association "Ben hala umudum var" (j'ai encore de l'espoir) et un slogan "Türkiye'de siyaset sivilleşebilir" (En Turquie la politique peut être rendue aux civils). Cette initiative est née après le meutre de Hrant Dink, et tente de se faire entendre à Istanbul et Ankara



Petite interview par msn d'un des responsables stambouliotes: cette initiative vient d'une prise de conscience que le racisme et le militarisme allaient encore augmenter après le meutre de Hrant Dink et un désir de "mobiliser les forces démocratiques de Turquie pour une alliance contre le fascisme" devant l'inaction de ce qu'il reste de la gauche turque. Il sent une grande inquiétude devant le durcissement et les préparatifs militaires contre les Kurdes d'Irak. Ce mouvement est indépendant de tout parti, mais ses membres sont sympathisants de l'ÖDP, du SDP, de l'EMEP et du DTP (regroupant ce qu'on va appeller la gauche "libertaire" et progressiste, sous représentée éléctoralement).

La nouvelle vient de Suisse

Un article du "Temps" hier, un mail dans ma boîte ce matin envoyé par la rédaction du "Courrier" (que je remercie!). C'est confirmé, le barrage d'Ilisu sera construit et le village d'Hassankeyf sera noyé. Pourquoi la Suisse? Parce ce que ce sont des entreprises suisses, allemandes et autrichiennes qui construiront le barrage.

Les entreprises suisses pourront participer à la construction du barrage d’Ilisu sur le Tigre, aux confins de la Turquie. Le Conseil fédéral leur a octroyé mercredi une garantie contre les risques à l’exportation. Pour Alstom, Colenco, Maggia et Sucky, le marché pèse 225 millions de francs.

On est content pour eux, vraiment. Apparemment ces pays souhaitaient mettre des conditions à leur participation, mais la Turquie a menacé d'aller voir ailleurs, ce qui a poussé la Suisse à accepter, alors que seules 23 condition sur 150 étaient remplies.

Il vous reste encore un peu de temps pour voir ce joyau du Kurdistan...Après la meilleure solution sera de cliquer ici ou bien ... ou de suivre une formation accélérée en photographie sous-marine.




mercredi, mars 28, 2007

Rions un peu avec la justice turque

Eloignons nous un peu de la douce Rance, et délectons nous du dernier coup d'éclat des promoteurs du ridicule international de la Turquie. Un procureur d'Ankara a décidé de mener une enquête contre Recep Tayip Erdogan, suite à une dizaine de plaintes, certaines venant, ô suprise, du parti républicain du peuple, le CHP. Le crime de Tayip Bey? Il aurait, il y a 7 ans, employé le terme "SAYIN" en parlant d'Öcalan, sayin voulant dire monsieur avec une marque de respect.

Le plus farouche détracteur d'Erdogan est certainement Zekis Sezer du DSP, qui trouve inconcevable qu'un homme qui utilise le terme monsieur pour désigner un chef terroriste puisse être candidat à la présidence. Je ne suis pas sûr qu'il ait été aussi scandalisé quand le chef terroriste Alparslan Türkes a eu le droit à des obsèques nationales en 1997...

Ou quand Tansi Ciller, Ministre des affaires étrangères, parlait ainsi d'Abdullah Catli, instigateur probable de l'attentat contre Jean Paul II et responsable des escadrons de la mort armés par l'Etat contre les Kurdes aux heures les plus noires des années 90

" Je ne sais pas s’il est coupable ou non, mais je me souviendrai toujours avec respect de ceux qui ont fait feu ou ont été blessés, au nom de ce peuple, de cette nation et de cet Etat " (le monde diplo, mars 1997, après l'affaire de Susurluk)

On peut donc poser avec un drapeau turc auprès d'un assassin de journaliste, se rendre aux obsèques d'un putchiste ultra-nationaliste, parler avec respect et émotion d'un mafieux trafiquant de drogue et responsable de dizaines d'assassinant, mais lâcher un "sayin" malencontrueux il y a 7 ans, non, on ne peut pas.

Tiens, mes petites recherches sur Türkes (je cherchais sa date de mort) m'ont fait tomber sur ce petit joyau: une photo de l'idéologue de l'ultranationalisme turc, Nihat Atsiz, dont j'avais lu un texte brillant expliquant pourquoi les Kurdes n'existaient pas mais étaient quand même inférieurs à la race turque supérieure.


Ben tout de suite on comprend mieux la filiation non ??? :)




vendredi, mars 23, 2007

Ya-sa-sin Fran-sa Ya sev ya terket!

J'ai la chance d'observer la campagne présidentielle française dans le confort de l'expatriation volontaire, à la fois de Bretagne et de france. Cela me permet de relativiser, en me disant égoïstement qu'après tout, le résultat ne changera à rien à ma condition ni à mon avenir.


Relativiser permet de bien rigoler quotidiennement, et chaque jour apporte un trésor, une déclaration fracassante, une idée géniale.

J'avais déja noté la délicieuse tendance des anti-turcs français à reprendre mot pour mot les slogans de partis turcs douteux. Nicolas "Soitulaimesoitulaquittes" Sarkozy n'a pas encore été contacté par le MHP pour les droits d'auteur de ce charmant mot d'ordre, Ségolène Royal échappe encore aux poursuites de Necemettin Erbakan pour "l'ordre juste" (adil düzen).

La police parisienne gaze, tabasse et rafle dans Belleville avec un entrain qui laisserait admiratif (une directrice d'école maternelle en garde à vue pour "outrage et dégradation de bien public en réunion, avouez que c'est savoureux) une amicale des vétérans des özel tim des années 90 au Kurdistan Turc. Evidemment, on est encore loin des hauts faits du 16 juillet 1942 ou du 17 octobre 1961. Mais on sent que la motivation est là, que les vocations vont naitre.


Cette incompréhension des hommes politiques français envers la Turquie... Comment deux républiques unes et indivisibles ayant tenté avec plus ou moins de succès et des méthodes différentes d'assimiler leurs minorités (mais il n'y en a pas), cultivant le non paritarisme politique, s'efforçant d'écarter les petits partis de l'assemblée, peuvent elles autant se méconnaître. La France de la IIIème république, jacobine, raciste (la mission civilisatrice des races supérieures, du cher Jules Ferry), autoritaire et militariste (n'en parlez jamais, pensez y toujours, tu seras soldat mon fils) a été le modèle d'Atatürk, ce qui n'a pas été sa meilleure idée.

Aujourd'hui, c'est un juste retour des choses, les grands esprits français puisent là ou il est le plus fort un esprit cocardier anachronique. Sarkozy, dans son discours sur les croisades, aurait omis de faire une déclaration initialement prévue, sur la charte européenne des langues régionales. En substance "je ne veux pas qu'un jour un juge européen vienne imposer à la France d'enseigner des langues minoritaires à l'école". Une bonne réaction de chef d'Etat Major Turc ça! La méchante Europe, qui fait rien qu'à vouloir diviser la république unéindivisble!

Marie-Ségolène, elle , a décidé que la seule réaction qu'un parti de gauche peut avoir quand son adversaire se vautre dans le patriocardisme, la franchouillardise et "l'identité françaîîse" (mot sale et dégradant quand elle est bretonne pourtant...), c'est... de faire pareil. Après avoir soutenu les "forces démocratiques" hongroises en octobre quand les Skinheads défilaient à Budapest (ils ont remis le 15 mars, juste quand j'y étais, c'est mignon), c'est cohérent.


(Budapest, 15 mars)

Bon, ce n'est pas si méchant, mais ça nous renvoie à notre idée de départ, la turquisation de la politique française. Marie-Ségo donc, a eu une idée.

"Je pense que tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore. Dans les autres pays, on met le drapeau aux fenêtres le jour de la fête nationale"

Oui, en Turquie par exemple, ou flottent partout les "ay yildiz" à chacune des nombreuses fête nationale (dont la "fête des forces armées", le 30 aout je crois), et ou il existe une véritable surenchère dans la taille des drapeaux, certains couvrant la moitié des facades d'immeubles de 20 étages. Ou quand des gamins kurdes brûlent un drapeau turc devant les caméras, la presse entière éructe et pleure sur la patrie en danger. Où quand une animatice de télé shoote dans un ballon de baudruche décoré du drapeau, elle est attaquée en justice, ou un militaire refuse de couper un gateau d'anniversaire décoré du même drapeau pour "ne pas diviser la nation".

On en est pas là, mais on y arrive. Après tout un député sarkozyste avait proposé une loi punissant l'outrage au drapeau et aux symboles de la nation. Il faudrait lui refiler le ministère de l'identité nationale, il pourrait nous pondre un article 301 "alafranja"...

Qu'on ne se méprenne pas, le drapeau français ne me dérange pas, il ne me fait ni chaud ni froid. Il le faut partout, chez tout le monde, pour que vive la République.

Bon chez moi désolé, j'ai pas la place


Et puis les couleurs ne vont pas ensemble, rien à faire. Je pense néanmoins être à l'abri des poursuites légales qui ne manqueront pas de s'ensuivre. Et puis la Bretagne étant "2 fois française", son drapeau ne peut que l'être non?

Un bon résumé pour finir, du blog de Claude Askolovitch

La France, ce n'est pas rien. Certes. Mais est-elle vraiment en jeu à ce point, dans cette campagne? Croit-on vraiment que Le Pen va nous le voler, notre pays? Ou joue-t-on. La France, messieurs-dames! Ils nous le disent tous, et Sarkozy qui s'en gargarise, se drape de patriotisme pour effacer ses vulgarités identitaires, et Bayrou, qui devrait mettre un bémol à son pathos populiste (sa vocation à être le "Président du peuple" m'a fait irrésistiblement penser aux communicants de Blair inventant l'expression "People's princess" à propos de Diana -allez voir the Queen si ça joue encore!). Et Royal donc. La France, la France, la France, sautons tous sur nos chaises comme des cabris! Pendant ce temps, on ne parle pas politique. Ca manque.

jeudi, mars 22, 2007

Au top de sa forme

La Ségolène de Silvan a frappé très fort hier pendant le Newroz à Diyarbakir



Speaking in Kurdish,
Leyla Zana said: "The Kurds have three comrades. All of them are very
precious. They occupy a significant space in Kurdish hearts," and
continued: "First of these is Uncle Jalal [Jalal Talabani], the
president of Iraq. He is a Kurdish leader and a believer in
brotherhood, he accepts all of us. The second one is Uncle Masood
[Massoud Barzani], the leader of the Kurdistan region. The third one is
the one you call the guide, the leader: he is the will of the Kurdish
people as we all know in our hearts, Ocalan. All three are our pride,
ears, hearts and brains. They are etched in our hearts."



C'est amusant, j'aurais juré qu'Öcalan détestait, méprisait et jalousait les deux leaders kurdes irakiens, traités à longueur de temps de chefs de tribus féodaux, et de "nationalistes" (car lui est bien au dessus de ça). On rappelle que le cher Apo avait aussi déclaré qu'un Kurdistan Irakien serait "un second israël" et "une catastrophe"



De plus mettre sur le même plan un gourou raté qui s'est laissé prendre comme un bleu au Kenya après une fuite pitoyable d'un an, ne parle pas la langue de son peuple et n'a jamais tiré un coup de fusil, et deux combattants chevronnés qui se battent depuis les années 60 pour leur peuple, ca me semble léger...





mardi, mars 13, 2007

Montjoie! Neuilly!

Nicolas Sarkozy ne me fait pas peur. Il me terrorise, me révulse, me dégoute.

Son dernier discours contient une perle, qui j'espère sera reprise par la presse et commentée jusqu'à plus soif, car elle est potentiellement plus dévastatrice que tous les karchers du monde mis à bout.

Je cite la dépêche afp

"Il nous faut retrouver cette foi dans l'avenir, cette foi dans les capacités humaines et dans le génie français", a-t-il dit en se référant à "la France des croisades et des cathédrales, la France des droits de l'homme et de la Révolution".




Il est fort le nabot atrabiliaire, parce que mine de rien il vient de donner sa référence spirituelle principale: LA FRANCE DES CROISADES! Laquelle monsieur Sarkozy??? Celle lancée contre les albigeois à coup de "Dieu reconnaîtra les siens" et de bûchers d'hérétiques pour justifier la conquête, par les barbares du nord, de la brillante occitanie? La première, la vraie, la pure, celle qui a vu massacrer en terre sainte dans un grand élan les musulmans, juifs et chrétiens d'orient? La quatrième, qui s'est arrêtée à Constantinople, dans un grand massacre de chrétiens et le pillage organisé de la première ville d'Europe à l'époque? La France des croisades... Monsieur Sarkozy a appris à l'école que la Turquie était en Asie, mais il dû ronfler près du radiateur quand son prof a évocé les croisades? Ou bien en a-t-il eu une version édulcorée et magnifée par les bons pères?

"Du sang jusqu'au genoux", c'est ce que décrit le chroniqueur Joinville lors du sac de Jérusalem en 1099. Les Juifs enfermés et brûlés dans la synagogue. Les chrétiens d'orient (orthodoxes, arméniens, nestoriens, maronites) expulsés et interdits de culte.

Il devrait lire Amin Maalouf, Monsieur Sarkozy. Non, ce n'est pas un sans-papier, ni un chef de cellule dormante d'Al Quaïda. "Les croisades vues par les arabes", ça vaut le détour, et ca donnera une idée de cette "France des Croisade", avec ces saints hommes francs qui massacraient indiferemment chrétiens, juifs et musulmans, et se sont ancrés comme cannibales dans l'imaginaire arabe pour des siècles....

Et l'autre courge qui parle de "non choix" entre Sarkozy et Bayrou...

dimanche, mars 11, 2007

Jamais mieux servi que par soi-même

L'armée turque a découvert dimanche dans le sud-est anatolien à la population en majorité kurde les cadavres de sept rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et en a abattu un huitième, ont affirmé des sources locales de sécurité. afp

L'armée affirme qu'ils n'ont pas été tués dans le cadre d'opérations et penche pour un règlement de compte.

Que penser? Quand l'armée bute un PKK, elle s'en félicite. De là à supposer que ces 7 là aient été froidemen exécutés par leurs "heval" (camarades) pour tentative de désertion et reddition à l'armée...

L'ambiance dans le parti du soleil de l'humanité ne doit pas être au beau fixe...

samedi, mars 03, 2007

Résumé des épisodes précédents

L'actualité turque n'est pas toujours drôle, mais le niveau atteint cette semaine pousse à la franche rigolade! A me faire regretter de ne pas avoir plus de temps à consacrer à ce blog.



Dans le désordre: Kenan Evren (le pinochet turc leader du coup d'Etat de 1980) se dit contre une intervention turque en Irak, et surtout pour une Turquie FEDERALE! Hurlements à gauche, crises d'épilepsie à droite! Le leader du DSP Zeki Sezer accuse carrément Evren d'être séparatiste, tandis qu'un leader régional du MHP émet des doutes sur sa santé mentale et propose de lever l'immunité qu'il s'était auto-attribué en 1983 (article 15 de la constitution).



Eh oui, le mot "fédéralisme" en Turquie est un crime passible de poursuite. Rien de moins. En France on en a guillotiné pour moins que ça, et on se contente de traiter la question par quelques pirouettes et un mépris amusé. Mais en Turquie, l'idée incongrue de modifier un système de 81 "districts" directement administrés par Ankara ne passe décidemment pas. Pourtant, "'l'état d'urgence" en vigueur de 1987 à 2002-2003 au Kurdistan n'était il pas un fédéralisme de fait? Des lois pour les régions "OHAL" (nom de l'Etat d'urgence) des lois pour le reste de la Turquie. Des publications kurdes autorisées à Istanbul et interdites à Diyarbakir. Aujourd'hui des "super-gouverneurs" qui appliquent les directives d'Ankara selon leur humeur.



Ahmet Türk, qui n'a pas de raison valable de ne pas être mesquin, étant condamné à 1 an et demi de prison et surement inéligible en octobre, n'a pas manque de persifler "si moi je faisais ce genre de remarque, je finirais au trou"



Bref, je fais encore du mauvais esprit.



Un autre qui est très fort pour ça (oui j'ai la comparaison modeste ces jours ci) c'est Massoud Barzani.



"La Turquie devrait commencer à se faire à l'idée d'un Kurdistan indépendant!" Et boum! Un Toréador agitant un chiffon rouge sous les naseaux d'un Taureau caractériel dopé aux corticoïdes ne ferait pas mieux.



Mehmet Ali Birand prend tout ça à la rigolade, "Espère-t-on de lui qu'il dise "Nous vénérons l'armée turque! Elle devrait envahir l'irak du nord, en commençant par Kirkuk", mais s'égare franchement dans le reste de son article "Le monde entier voit que Barzani utilise le PKK"



Le brave Yasar Pasha (Buyukanit, chef des forces armées) s'oppose carrément à tout dialogue avec le chef Kurde. Ca en devient franchement désobligeant: Voila un voisin direct sans intention hostile, reconnu par la communauté internationale et élu démocratiquement lors d'élections reconnues par la constitution irakienne, et traité comme un vulgaire Taliban!



Réponse d'Erdogan: c'est l'opinion personnelle du général, et je fais ce que je veux. Et d'envoyer un télégramme de prompt rétablissement à Mam Jala (Talabani), victime d'un gros coup de mou la semaine dernière. "Le gouvernement a le dernier mot!". Et toc! Réponse de l'armée "non c'est l'opinion institutionnelle des forces armées" Et vlan! Silence poli du coté du gouvernement.



Coté Kurde de Turquie, prédomine une sale impression de déja vu. Le DTP, sous la direction d'Ahmet Türk, vient d'annoncer vouloir représenter des candidats indépendants aux élections législatives, ce qui permettrait de contourner le très démocratique seuil de 10% et de propulser des députés kurdes élus des kurdes au parlement. Ca n'a l'air de rien et on se demanderait bien pourquoi ils n'y ont pas pensé avant. Tout simplement parce que le cher PKK s'y est toujours opposé, de peur de perdre le contrôle sur les élus. Tuncer Bakirhan, ex président pantin du DEHAP ne s'y est pas trompé, en protestant bruyamment.



Du fond de sa cellule, après avoir fêté le 8eme anniversaire de sa glorieuse capture au Kenya, Abdullah "Apo" Öcalan souffre d'empoisonnement aux métaux lourds. Et ça a l'air sérieux. La bonne nouvelle, c'est qu'il ne se plaint plus d'écoulement du cerveau, mais si "sa santé est notre santé", l'ensemble de la population kurde a un pet de travers en permanence, à commencer par les 20 neuneus qui ont envahi le siège de l'ONU à Genève avant de s'en faire éjecter.



lundi, février 26, 2007

Le degré zéro du journalisme

Extrait d'une dépêche AFP titrée "les minorités irakiennes menacées de disparition" et reprise dans "Le Monde"

Ces minorités (chrétiens arméniens et chaldo-assyriens, Baha'is,
Failis, Juifs, Mandéens, Palestiniens, Shabaks, Turkmènes et Yezidis)
représentent 10 % de la population du pays. Certaines sont installées
depuis plus de deux mille ans en Irak et sont visées par les
communautés chiites, sunnites et kurdes dans la montée en puissance de
la bataille pour le pouvoir et les terres.

On atteint le sommet! Je sais je sais, il faut respecter des règles absurdes avec un nombre de "signes" sacré par page, et surtout, surtout ne pas fatiguer le lecteur. Avec trop d'informations.



Que retient on de ce résumé terrifiant? L'Irak est un énorme merdier du Nord au SUD, avec un massacre général des minorités par les méchants Arabes sunnites et chiites et par les Kurdes.



Alors bon, si on rentre dans les détails, il est hautement improbable que les Kurdes massacrent des Yezedis. Eh oui, ils sont kurdes, mais ca serait trop finasser. La situation des Assyro-chaldéens n'est pas la même à Bagdad et à Amedi ou Duhok, et de nombreuses familles chrétiennes émigrent d'abord au nord, où certes tout n'est pas rose, mais où la probabilité de se faire déchiqueter par une bombe humaine est faible, et où leurs droits sont reconnus et protégés avec plus ou moins d'efficacité. Pas d'attentat contre les églises au Kurdistan, pas de bombes sur les marchés, pas de décapitations de groupe, d'enlèvements et de prises d'otages.

La situation n'est pas la même pour les Türkmènes à Erbil, paisible, qu'à Kirkuk, où les forces Kurdes ne sont pas irréprochables, et où les djihadistes et les chiites infiltrés ciblent méthodiquement Kurdes, Turkmènes et Chrétiens.

Bref, quel intérêt de pulbier ce genre de dépêches, qui à force de concision et de raccourcis n'apprennent rien sur rien et faussent la vision...affligeant.

Sur le reste et sur le fond, on ne peut qu'être d'accord. L'Irak se vide, et pour avoir travaillé avec les réfugiés en Turquie, j'ai pu voir que les chrétiens formaient le gros des troupes...

Je cède le clavier (par commentaire interposé) à Piling

Continuons dans le décorticage mode "emmerdeurs" :

Déjà en Irak, à part les Turkmènes et les Arméniens, il y a pas mal de monde qui peut prétendre être là depuis au moins 2000 ans, quelles que soient leur religion et leur langue, c'est commes ces journalistes qui croient que les Coptes sont une population forcément plus ancienne que les musulmans égyptiens...

Les Faylis sont des Kurdes chiites. Quasimment anéantis par des déportations et tueries de masse sous Saddam, dès les années 80. A l'époque ça avait peu ému les journalistes.

Les Mandéens : jolie religion gnostique mi héllénisante mi babylonienne ; considéré comme kakirs par les Takfiris et autres allumés, cet été 150.000 d'entre eux qui vivaient à Bagdad avaient annoncé leur intention de se réfugier... chez les méchants Kurdes du nord.

Les Palestiniens : intéressante "minorité" toute neuve en Irak que Saddam avait chouchouté en se servant d'eux comme militiens, en général détestée par les Irakiens et peu aimée des Kurdes (oui parce que l'ancien régime les utilisait aussi pour réarabiser le Kurdistan confisqué par les méchants Kurdes aux Arabes); récemment le GRK a essuyé une volée de bois vert de sa population au sujet de ces réfugiés palestiniens que Barzani aurait peut-être accepté d'accueillir au Kurdistan avant de démentir. Il est à noter qu'aucun de ces Palestiniens ne semble pouvoir (ou vouloir ?) vivre dans une autre nation arabe "soeur".

Les Shabaks (secte religieuse assez ressemblante aux Alévis), les Turkmènes (chiites), les Yézidis vivant en dehors du GRK, soit au nord de Mossoul ou à Kirkouk doivent se prononcer par référendum s'ils veulent rester dans l'Irak actuel ou le Kurdistan. Les Shabaks et les Yézidis sont particulièrement visés par les Takfiris en tant que kafirs et ils envoient leurs gosses étudier à Arbil de préférence à Mossoul on se demande pourquoi.

Sinon au Kurdistan tout le monde cherche à s'installer, même les Arabes sunnites qui arrivent du sud, et les prix des logements flambent. Mais c'est sûrement parce qu'ils sont masochistes. ..

vendredi, février 16, 2007

Etat des troupes

Les relations Turco-Kurdes sont pourtant très simple: la ligne de fracture est la même que celle observée sur tous les grands débats en Turquie.



Contre toutes relations diplomatiques avec le GRK (gouvernement régional kurde) et pour une intervention militaire:



  • Le président Sezer
  • Le CHP, le MHP, le BBP, etc
  • Yasar Büyükanit
  • Le Front Türkmène Irakien
  • Le PKK

Pour des bonnes relations:



  • Le gouvernement Kurde
  • Le gouvernement AKP, plus ou moins (certains députés sont un peu à la masse)
  • Les américains
  • Les Türkmènes du Kurdistan
  • Les démocrates turcs
  • Les entreprises turques
  • L'Union Européenne
Le plus amusant, c'est peut être de voir le PKK être cité comme une terrible menace pour la sécurité turque. Le fait qu'il soit à peu près silencieux depuis son cessez le feu d'Octobre et qu'il vienne d'être décapité dans sa structure européenne n'a pas l'air de changer la donne. On en revient à l'éternelle constatation: une certaine classe du pouvoir en Turquie a BESOIN d'ennemis...



Le gouvernement kurde a interdit au PKK d'organiser une manifestation à Erbil pour demander la libération d'Öcalan (comme tous les ans à la même époque). Cela devrait être considéré comme un signe de bonne volonté par Ankara, tout comme la fermeture de bureaux du PKK à Erbil et Kirkuk. Et c'est bien ce que fait Erdogan... De bonnes relations avec la Turquie sont vitales pour le Kurdistan, et les Kurdes du Sud le savent. De bonnes relations seront aussi profitables pour les kurdes du nord, mais on considère encore dans les cercles nationalistes qu'un Kurdistan reconnu agira comme une incitation séparatiste au Kurdistan Turc. "Big news" comme dirait l'autre, les Kurdes de Turquie n'ont pas attendu 2003 pour être tentés par le séparatisme...



Erdogan joue gros en cette année d'élections. Il peut choisir de parier sur le désir de normalisation et de démocratisation, ou tomber dans la facilité du nationalisme cocardier en essayant de voler des voix au CHP et au MHP. Il semble pencher pour la première solution, mais ne fait pas l'unanimité dans son propre parti (dans lequel se trouvent d'ancien membres d'autres partis), et a une grande partie de l'establishement contre lui....





A qui se fier...

Le représentant des Turkmènes irakiens au parlement kurde est probablement un traitre à sa race qui ferait mieux de Sev un peu plus si il ne veut pas terket vite fait. Toujours est il que contrairement aux pleurnicheries du Front Turkmène Irakien, auto-proclamé leader du peuple Turkmène (de 300 à 800 000 personnes selon la police, de 2 à 5 millions selon eux, plus si la discussion s'enflamme), M. Altiparmak (six doigts!) appelle Ankara à cesser de dire des c... et à ouvrir une représentation dans la région kurde irakienne.



Or pour Ankara, ouvrir une représentation officielle à Erbil (comme l'Iran par exemple), celà équivaudrait à reconnaître que la région du Kurdistan Irakien existe. Inacceptable. Officiellement il y a un Iraq du Nord, des nord-irakiens, dont la population, manipulée par le PKK, refuse la protection bienveillante du grand frère turc. Ce qui, depuis environ 3 ans, devrait changer incessamment sous peu.



Altiparmak, lui, reconnaît l'existence du Kurdistan, et ose dire que le fédéralisme ce n'est pas la division. Il appelle Ankara à arrêter de gesticuler et à établir de bons rapports avec l'administration kurde. Disons le tout net, il serait en cela soutenu par les entreprises turques qui investissent la bas, les kurdes de Turquie qui commercent et trafiquent avec leurs frères du sud, bref un peu tout le monde, sauf les excités qui continuent à croire à une intervention militaire turque.



The Shiites have no
intention of giving anyone any rights. They won't give any rights to
their brothers the Sunni Arabs or anyone else. We saw how we were
treated by the Sunnis and the Shiite Arabs. There are only the Kurds we
can live with. Only they have a positive approach towards the Turkmens.
They give Turkmens their rights. We have two Turkmens in the Kurdistan
regional government and four deputies in the regional parliament. If
Kirkuk becomes a part of the Kurdistan region then the Turkmen
population of the region will increase and we will be the largest
minority in northern Iraq. With the help of our Kurdish brother, we could
enhance our representation in the Baghdad government and the Iraqi
parliament."




C'est parler pour l'intérêt des Turkmènes (il est même en faveur du referendum de Kirkuk!), mais pas dans celui de certains cercles à Ankara...



Des Turcs qui disent qu'ils sont tous Arméniens, des Turkmènes qui font ami-ami avec les Kurdes... il va en alloir des Ozgun Samast pour recadrer tout ça...







mardi, février 13, 2007

Mise au point!

Je n'ai pas bien compris pourquoi mais apparemment certains ont cru que j'arrêtais ce blog pour de bon

Que nenni, je continue, mais moins qu'avant, pour cause de boulot par dessus la tête! Quand aux messages inadmissibles en turc... boarf, j'efface!

dimanche, février 04, 2007

Commentaire

Mustafa Akyol, dans l'article ci-dessous résume parfaitement mon sentiment, et me rassure: quand vous émettez ces hypothèses en tant qu'étranger, on vous réplique que vous ne pouvez pas parler, n'étant pas turc. Or là c'est un Turc qui le dit. Probablement pourri d'idéologies étrangères subversives visant à l'éclatement de la république, comme Pamuk, Safak ou Orhan, mais Turc quand même.



La confusion Nation/République/Idéologie/Etat/Armée en Turquie rend difficile toute discussion rationnelle. Critiquer l'Etat, c'est critiquer le pays. Dire "la république est corrompue" c'est critiquer tous les Turcs, dire "l'armée a commis des crimes", c'est vouloir l'effondrement de l'Etat. On peut remercier Mustafa Akyol pour rappeller la phrase de Mussolini "Tout pour l'Etat, rien hors de l'Etat, rien contre l'Etat"



J'ai toujours été frappé par le degré d'endoctrinement du turc moyen, qui n'a jamais remis en cause ce qui lui a été inculqué à l'école à coup de poèmes à la gloire du surhomme, histoire réécrite, défilés paramilitaires, slogans douteux et hymne national obligatoire tous les matins. Abreuvé du sang des martyrs, élevé dans le culte du fondateur, l'adoration de la république "déifiée", la haine du traître et rangé sous le drapeau et derrière une armée "victorieuse", qui à part quelques grecs chypriotes et quelques coréens n'a servi depuis 1924 qu'à massacrer des citoyens turcs, l'écolier turc, s'il n'a pas la chance d'entendre chez lui un autre son de cloche (un autre ezan), n'aura aucune raison de douter.



Un étudiant en levis, fan de reggae, philosophe à ses heures, justifiera l'oeil fixe et les mains tremblantes les villages vidés de leur population et les crimes de guerre au Kurdistan: "ils veulent la fin de la république, il faut la défendre".



L'impossibilité de remettre l'armée et la république en question aboutit aux délires observés actuellement : ce sont les arméniens qui ont tué Hrant Dink. Impossible de croire à un complot ultra-nationaliste pourtant on ne peut plus avéré.



La vidéo, pas si effarante, des gendarmes posant fièrement aux côtés de l'assassin de Hrant Dink, explique pourquoi les partis ultranationalistes comme le MHP et le BBP peuvent agir impunément, et comme le MHP a pu assassiner en toute impunité des dizaines de journalistes, étudiants, syndicalistes, hommes politiques kurdes et de gauche depuis les années 70: ils ne sont pas réprimés.



La loi turque punit les appels à la haine raciale. "Paix dans le sud-est!", c'est un appel à la haine raciale, puisque c'est proposer une solution négociée à un problème de terrorisme séparatiste. "YA SEV YA TERKET" (soit tu l'aimes soit tu la quitte), ce n'est pas un appel à la haine raciale. Dire "Fraternité entre turcs et kurdes", c'est de la haine raciale. Dire "on a massacré les arméniens, on massacrera bien les kurdes", ce n'est pas de la haine raciale. Les "lois anti-haine" de la Turquie sont faites pour protéger la république de la subversion, par pour protéger les minorités ou la liberté de culte.



Sur le blog de Guillaume Perrier, quelques commentateurs s'élèvent contre la notion d'"islamo-nationalisme", apparemment une invention d'européens qui n'y connaissent rien. Pourtant BBP et MHP haïssent les Kurdes, Grecs, Juifs, Arméniens, Alevis turcs et kurdes dans distinction de religion. Ils ne sont pas purement nationalistes, parce qu'ils haïssent les alevis, ethniquement turcs pour beaucoup, pas purement islamistes parce qu'ils haïssent les Kurdes, sunnites comme eux. Ce qu'ils haïssent, ce qu'ils veulent éradiquer du territoire turc, ce sont les non turcs-sunnites. C'est un couple indissociable, et c'est pour celà que les turcs convertis au protestantisme vivent un enfer. La nation turque dans leur esprit, et dans l'esprit des putchistes de 1980, des Jeunes-turcs de 1915, des assassins de Dink, est une entité turque et sunnite. D'où la nécessité de nier la différence tant qu'il l'a été possible sans se couvrir de ridicule, d'où la nécessité de faire taire aujourd'hui ceux qui revendiquent cette différence.



Le problème semble insoluble. La mentalité générale ne permettra pas l'élection d'un parti désireux de réformer l'idéologie d'Etat. Aucun des partis actuel n'ose réellement briser les tabous. Erdogan, par conviction ou par calcul, a reconnu le problème kurde et a parlé pour la première fois de l'Etat Profond (Derin Devlet). Il risque gros. Au CHP, au DSP, au DYP, l'appareil est tenu par des dinosaures au discours surréalistes pour des partis se disant "de gauche". La "gauche" turque est composée de groupuscules qui additionnés doivent totaliser 3% de l'électorat, des stalinistes du TKP aux maoïsto-nationalistes du Isçi Partisi, en passant par l'ÖDP, parti libertaire sympathique mais impuissant... la sociale-démocratie est représentée par des intellectuels courageux, une élite qui tente de faire crouler les murs mais qui est menacée aujourd'hui physiquement.



L'immense mouvement populaire d'Istanbul et d'Ankara pour condamner le meutre de Dink représente la Turquie que j'aime. Celle qui me dégoute est celle qui aboie aujourd'hui dans les "courriers des lecteurs": "Nasil ya Hepimiz Ermeniyiz?? TÜRKÜM BEN" (comment ça "nous sommes tous arméniens", MOI JE SUIS TURC"), celle qui de fait condamne les centaines de millers de manifestants comme des "traîtres" et des "ennemis de l'intérieur". Dire que la société est coupée en deux serait optimiste. Mais de fait un mouvement de démocratisation, d'ouverture des esprits et des espaces de débat s'est enclenché. La question est de savoir s'il peut être anéanti.

samedi, février 03, 2007

L'ennemi de l'intérieur

Article de Mustafa Akyol publié par The Turkish Daily News:

Il est simplement dramatique et répugnant de voir des personnages éminents en Turquie incriminer avec insistance d’hypothétiques " ennemis extérieurs". Hélas, trop c’est trop, et il est temps d’être honnête. Nous sommes confrontés à un ennemi interne. Et qui mérite d’être nommé " fascisme Turc"

Hrant Dink, guide de la conscience et de la liberté, a été abattu le 19 janvier. Depuis ce Vendredi noir, de nombreux Turcs ont démontré leur volonté de condamner ce crime haineux et ont appelé à honnorer la mémoire de cet homme noble. Pourtant, quelques uns de nos leaders d’opinion ont aussi imaginé derrière ce meurtre public un complot contre la nation Turque. Ils se sont empressés de conclure à une manoeuvre des pouvoirs étrangers et de leurs services secrets déterminés à mettre la Turquie dans une position difficile sur la scène internationale.

Mais voilà que la police Turque a attrapé l’assassin, et il s’est avéré qu’il n’était, ni agent de la CIA, ni du Mossad, ni de M16, ni de Mukhabarat, ni d’une armée populaire de libération d’une Turquie occupée quelque part. Il n’est ni Arménien, ni Kurde. Il est, comme sa famille l’a fièrement précisé, de pure souche Turque. De plus, comme lui-même l’a précisé, il est un nationaliste Turc pur et dur, qui a tué Dink par zèle pour le sang Turc. Il en ressort également que le jeune apparatchik de 17 ans était manipulé à Trabzon par ses frères, qui ont un lourd passé de violence nationaliste. La ville est, aprés tout, un bastion de l’ultra-nationalisme : c’est là, qu’il y a un an, le prêtre Catholique, le Père Andrea Santoro a également été abattu par un militant de 16 ans, dont le profil est similaire à celui de son camarade assassin de Dink.

Face à tout celà, il est simplement dramatique et répugnant de voir des personnages éminents incriminer avec insistance d’hypothétiques "ennemis extérieurs". Hélàs, trop c’est trop, et il est temps d’être honnête. Nous sommes confrontés à un ennemi interne. Et qui mérite d’être nommé " fascisme Turc".

Mesurer le crâne Turc


Le terme n’implique pas un lien organique entre les Turcs et l’idéologie fasciste. Cette dernière est une maladie moderne qui a influencé de nombreuses nations à travers le 20 ème siècle. Les Allemands et les Italiens en sont les exemples les plus évidents, mais il en existe de nombreux autres. Même les Anglo-Saxons libéraux par essence ont expérimenté le monstre. ( Se souvenir du Ku Klux Klan et de l’Union Britannique des fascistes.)

En Turquie, l’histoire du fascisme est des plus ironiques, parce que, bien que nos fascistes contemporains soient fanatiquement anti-occidentaux, l’idéologie est une importation de l’Ouest
dans des terres traditionnellement multiculturelles du Grand Empire Ottoman. Tout a commencé avec le Darwinisme social que quelques jeunes intellectuels Turcs, tels que Yussuf Akçura, ont acquis dans les capitales Européennes au tournant du siècle. Leur vision d’un état entièrement turquisé s’est avérée dans les années 1920, avec la création de la République Turque. La vision d’Ataturk de ce nouvel état n’était pas raciste, bien au contraire il a défini la Turquitude en termes de culture et de citoyenneté, mais les choses ont commencé à changer dans les années 30. L’ Italie fasciste et l’ Allemagne nazie faisaient l’admiration de Recep Peker, le secrétaire général de longue date du CHP ( le parti qui est aujoud’hui présidé par son descendant spirituel, Deniz Baykal.) La Turquie des années 30 a également imité le corporatisme, modèle économique de l’Italie fasciste, et de la devise internationalisée de Mussolini : "Tout pour l’Etat, rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat."

A la même période, la Turquitude a également acquis un sens ethnique. Lors d’un congrès scientifique tenu à Ankara en 1932, et officiellement sanctionné, ont été auréolés les traits évolués du crâne Turc, et des Turcs ont fièrement été déclarés Aryens. Durant la même période, on a exigé des candidats aux postes des bureaux du gouvernement d’être de souche Turque. Tevfik Rüstü Aras, le ministre des affaires étrangères, a affirmé, les Kurdes seront battus par les Turcs dans la lutte pour la vie. Et Mahmut Esat Bozkurt, ministre de la justice, a notoirement
annoncé : En Turquie, les non-turcs sont les domestiques et les esclaves des turcs.

Pendant les années de guerre, la Turquie instaure aussi l’impopulaire impôt sur les grandes fortunes, qui a été concu pour confisquer les propriétés de ses citoyens Chrétiens et Juifs. En 1942, le premier et seul camp de travail Juif a été établi dans Askale, un district d’Erzurum. Si le troisième reich avait gagné la guerre, la Turquie n’aurait eu aucune difficulté à s’insérer dans son ordre nouveau.

L’hystérie à propos des ennemis internes

Bien sûr la Turquie n’est jamais devenue entièrement fasciste, mais de toute évidence , elle a été profondément influencée par cette idéologie monstrueuse, et il lui a hélàs été difficile de s’en libérer totalement. L’Allemagne, l’Italie, et le Japon d’après-guerre ont fait table rase du passé, mais la Turquie n’a eu qu’une transition partielle à la démocratie. En 1950, le Parti Démocrate (PD) est parvenu au pouvoir au cours des premières élections libres et justes depuis le début de la République , avec pour devise : " Assez, la nation a la parole ! " Mais avec le coup d’état militaire de 1960, le PD était écrasé par les despotes en uniforme, qui n’ont pas hésité à exécuter le Premier Ministre Adnan Menderes et deux de ses ministres, après un simulacre de procès.

Depuis , le fascisme a survécu en Turquie, non comme un système, mais comme un état d’esprit. La description de toutes les autres nations comme ennemies de la Turquie, le culte de la personnalité construit autour du fondateur du pays, et la déification de l’état, sont autant d’éléments de cet état d’esprit. Ces dernières années, en réaction à l’incitation de l’ UE pour plus de démocratie et de liberté, la rhétorique fasciste a progressé. Quelques éléments parmi les médias, mais aussi des bandits, bureaucrates et politiciens, répandent systématiquement la peur que la Turquie fait face à des menaces existencielles. Les Kurdes, Arméniens, Juifs , Grecs, missionnaires, Muslumans non-nationalistes - quiconque ne rentre pas dans le cadre de la définition étroite du bon Turc - sont tous considérés comme ennemis internes, et mis dans le même panier que les ennemis extérieurs - les Européens, Américains, Kurdes Irakiens, et en fait le monde entier.

Le militant qui a tué Dink est le fruit de cette hystérie populaire. A moins d’accepter ce constat amer, et commencer à penser sérieusement à notre fascisme interne, il est tout à fait probable que la Turquie en produise davantage. Le nationalisme est le dernier refuge des vauriens, a dit Samuel Johnson, Nous ne devrions pas tolérer devenir une nation de vauriens.

Mustafa Akyol

mardi, janvier 23, 2007

Hepimiz Hrant Dink'iz


Des dizaines de milliers de personnes ont accompagné le cercueil de Hrant Dink dans une marche silencieuse de 8 km jusqu'au cimetière arménien de Balikli. Aux obsèques, la France était représentée par, tenez vous bien, une vague conseillère du président de la république et l'assistant du président du parlement. "Les gars, on a un voyage gratuit pour Istanbul mais il faut se farcir un enterrement, ça vous dit??" "je prends". Qu'attendre de plus à l'international d'un pays potentiellement dirigé par Marie-Ségo?



La femme et les filles de Hrant Dink


Images CNN TÜRK

Enfin une chanson que j'aurais aimé ne plus jamais être de circonstance




Ne bir haram yedi ne cana kıydı
Ekmek kadar temiz su gibi aydın
Hiç kimse duymadan hükümler giydi
Yiğidim aslanım burda yatıyor

Il n'avait commis aucun crime, aucune faute
Il était propre comme le pain, pur comme l'eau
Sans que personne n'entende, il a été condamné
Mon brave lion repose ici




Le très compromis Monsieur Petit

Si la police annonce ne pas encore avoir trouvé d'origine politique au meurtre de Hrant Dink, les théories s'ébauchent librement dans la presse turque.



Inutile de s'arrêter sur celles de partis comme le BBP, qui voient dans le meutre de Hrant Dink une "provocation arménienne", examinons plutôt les pistes qui mènent au général à la retraite Veli Küçük (petit).



Le commanditaire direct du meutre est, selon se propre aveu,Yasin Hayal, proche du MHP et de groupes islamistes, entraîné en Azerbaïjan. Il a avoué sans remords avoir fourni le revolver et 200 YTL (120 euros) à Ogun Samsat, l'assassin. Selon lui il avait d'abord ordonné à un certain Zeynel Abidin Yavuz de tuer le journaliste, mais celui-ci avait refusé. Yasin Hayal semble avoir endoctriné un petit groupe de jeunes dans la haine des "traîtres à la nation" et l'idée qu'il fallait les "punir".



L'avocat de Hrant Dink avait rappelé le jour de sa mort qu'il avait été menacé directement par un général de la gendarmerie à la retraite, Veli Küçuk. Celui-ci semble avoir des fréquentations douteuses, puisqu'il a été photographié avec Alparslan Arslan, avocat nationaliste et islamiste qui avait tué un juge et blessé quatre autres en mai dernier au conseil d'Etat à Ankara. Interrogé à l'époque, Veli Küçük avait affirmé ne pas connaître le meutrier, ce qu'une photo publiée récemment et prise lors d'un congrès Azeri à Stockholm semble contredire!



Selon l'agence Firat (pro-pkk) qui a publié la photo, Küçük aurait de plus pris part à l'organisation de réseaux azeris spécialisés dans le meutre d'arméniens, et l'entraînement de commandos MHP en Azerbaïjan. Evidemment, tout ça peut sonner un peu "Metal Firtina", mais rappellons que le PKK est supposé bien connaître le sujet, lui qui observait un statut-quo avec les loups gris au Nakitchevan, plaque tournante du trafic d'héroïne, et y connait un rayon en assassinat politique.



Si on ajoute que le nom de Küçük est souvent revenu dans l'enquête sur le scandale de Susurluk en 1996, on voit de quel genre de personnage il s'agit.















dimanche, janvier 21, 2007

Sans surprise

L'assassin a été arrêté à Samsun.


Il s'appelle Özgun Samsast et a 17 ans... Il a été dénoncé par son père, qui l'a reconnu sur les images télévisées. Originaire de Trabzon, ville décidemment très productive en assassins et lyncheurs, il est membre des Alperen Olackalari (foyers nationalistes et islamistes).

Il aurait fait 5 fois le voyage entre Trabzon et Istanbul, en avion. Pour un fils de famille ouvrière, c'est un luxe qui peut suprendre, et il serait intéressant de savoir qui lui a payé ces billets...

D'après ses parents, il est instable psychologiquement et drogué.

Je rappelle ce que j'ai dit 10 minutes après avoir appris la nouvelle:

L'enquête revelera (ou pas) si comme on peut le penser il s'agit d'un énième post-pubère fanatisé, proche des "foyers idéalistes" qui ont fourni la crème des tueurs d'extrême-droite en Turquie.

Pas tellement envie de rigoler... mais avouez que c'est lassant quand tout est prévisible...

vendredi, janvier 19, 2007

colère


J'ai pleuré en découvrant l'assassinat de Hrank Dink.
C'est la Turquie que j'aime qu'on tente d'assassiner en frappant un de ses hommes libres. Ceux qui ont le courage de refuser de se taire mais refusent aussi la voie de la haine.
Ma colère est immense contre la bêtise de tous ceux qui appelaient à la haine et contre la bêtise bien pensante et la lâcheté des députés français. C'est la Bêtise qui tenu la main haineuse qui a tiré.

Anne

Et merci à vous, messieurs les députés!

Le principal argument contre la stupide loi anti-négation du génocide arménien votée à la sauvette dans un hémicycle désert en octobre dernier? Un coup porté aux démocrates de Turquie, dont Hrant Dink.

Résultat un peu plus de trois mois plus tard. Dire que nos abrutis de députés franchouillards ont du sang sur les mains est il un raccourci? Et bien je le fais.

Hrant Dink, rédacteur en chef du quotidien arménien Agos a même déclaré qu’il viendrait en France se faire condamner pour que « ces deux mentalités irrationnelles se rejoignent pour me mettre en prison"

Il aurait peut être été bien inspiré de le faire... au final ces "deux mentalités" ont préféré le condamner à mort.